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« Je veux qu'on reconnaisse le Gabon dans mes écrits...! » Entretien exclusif avec l'écrivaine gabonaise Justine Mintsa

Parmi les nombreux romanciers que compte le Gabon, les femmes ont réussi à se faire une place de plus en plus honorable sur l'échiquier littéraire national et même international. Pour cette première édition, "Echos Littéraires", le désormais cyberjournal du CRELAF a rencontré l'une d'elle. Il s'agit de Justine Elo Mintsa qui nous livre ses secrets avec le monde de l'éducation et de la littérature.


Echos Littéraires: Bonjour Justine Mintsa, pouvez-vous nous parler un peu de vous?

Justine Mintsa: (rires) Que voulez-vous que je vous dise? Je m'appelle Justine Mintsa, je suis gabonaise, enseignante de littérature anglaise à l'Université Omar Bongo, écrivaine, mariée, mère de famille...

Echos Littéraire: Comment êtes-vous arrivée à l'écriture?

Justine Mintsa: Par la lecture ! Mon père était instituteur, j'ai donc grandi dans un univers où le livre faisait partie de mon quotidien. Nous lisions la Bible et autres choses. Il se trouvait aussi qu'à l'école, les matières scientifiques n'étaient pas mon fort. J'affectionnais plutôt les matières littéraires. D'où mon goût pour la lecture. A 12 ans, j'avais déjà avalé les grands classiques de la littérature française. Par voie de conséquence, j'ai développé aussi la rédaction, l'art de rédiger, d'écrire. J'adorais lire et j'aimais vraiment écrire. Ecrire, c'est m'évader à travers mon imaginaire, à travers ma plume, c'est vraiment un plaisir.

Echos Littéraires: Cela voudrait donc dire que c'est tout narurel que vous soyez venu à l'enseignement ?



J. M. : Oui, quand j'enseigne, je n'ai pas l'impression de faire un travail. Expliquer un sujet littéraire, parler d'un auteur ou d'une pièce de théâtre est tout à fait naturel pour moi. C'est -à- dire que je me sens pleinement investie et je peux partager ce plaisir avec les étudiants. Les cours deviennent alors des sujets sur lesquels on débat comme si on était dans un corps de garde. Bien sûr, il y a l'aspect magistral parce qu'on ne peut pas se départir de la rigueur. C'est juste pour dire qu'enseigner pour moi est un véritable plaisir, un grand moment de partage. Je fais en sorte que mes étudiants essaient de s'exprimer, qu'ils fassent sortir ce qu'ils ont dans leur tréfond.

E. L : Après votre première oeuvre, Première lecture, une poésie pour enfants, sous sommes un peu surpris qu'àprès cet ouvrage, vous passiez au roman pour « adultes ». Est-ce un processus préparé d'avance ou une contingence?

J. M. : Je vais commencer par rectifier. Première Lecture n'est pas ma première oeuvre , mais la deuxième. Ma première oeuvre s'intitule Un seul tournant Makôsu qui parle des problèmes que rencontrent les jeunes Universités africaines. Là, les thématiques sont nombreuses: les problèmes de recherche, la culture traditionnelle, le modernisme, le conflit des générations, la politique parce que je l'ai écrit à une époque où la démocrtaie était à peine émergente. J'aborde ce thème de démocratie pour voir comment il est vécu dans certains pays africains à travers les Institutions. Il s'agit aussi d'analyser l'impact de certaines visions politiques sur les Institutions qui sont au tournant de la République. Un seul tournant Makôsu est donc mon premier roman qui reconstruit mon univers naturel qui est l'Université.
Pour revenir à votre question, Première lecture est un livre que j'ai écrit en cinq jours. J'ai été inspirée par ma vocation d'enseignante en me disant qu'il fallait que j'instruise les jeunes pour qu'ils aient certaines aptitudes dans la société un fois qu'ils auront grandis.

E. L.: Première Lecture est alors un ouvrage à caractère pédagogique?

J. M. : Etant chargée d'un cours intitulé Théorie des Genres Littéraires à l'Université, Première lecture est en fait le condensé romancé de trois genres littéraires que sont le conte, le théâtre, et la poésie. Mais il y a aussi dans la narration la musique des mots, leur rythme, etc. Je voulais sensibiliser les jeunes dès le bas âge. Je voulais que l'enfant soit déjà initié à la lecture. Grâce au style, grâce à l'auteur, on peut voyager, on peut voyager dans sa tête et découvrir. Et puis le théâtre c'est quelqu'un qui raconte une histoire avec le corps d'un groupe. Au lieu de raconter seulement avec les mots, le théâtre raconte avec le corps. Pour les enfants, je l'ai fait un petit peu avec naïveté pour qu'ils sachent ce qu'est le théâtre. Et puis la poésie, c'est la musique des mots, c'est un chant parlé, c'est le rythme, c'est l'imaginaire. J'ai donc contruis cela autour d'une histoire d'amour entre un Anglais et une Africaine. J'ai joué avec la communication à un autre degré; c'est-à-dire le père qui est aveugle, mais qui sait lire à travers les sons... et cela a été pour moi un prétexte pour introduire de petites valeurs pour les jeunes.

E. L. : devons-nous comprendre que votre livre est également un moyen pour inculquer des valeurs traditionnelles aux enfants nés dans la modernité?

J. M. : Je me dis qu'être moderne ne signifie pas renoncer à ses valeurs, à ses racines. Nous avons des valeurs positives que nous devons conserver. Voyez-vous, nous sommes Africains, un enfant africain ne doit pas soutenir le regard d'une vieille personne. Dans Première lecture, Obone, bien que son père soit aveugle, n'a jamais daigné le regarder en face. Ce sont ces petites choses que j'ai voulu introduire dans cet ouvrage. Et puis, il y a de petits plaisirs que nous procure la nature: une goutte d'eau sur une feuille de tarot. Est-ce que les jeunes savent encore apprécier cela? Mais le but général de cet ouvrage est finalement d'interesser les jeunes à la lecture.

E. L. : Quel est finalement le sens que vous assignez à la lecture?

J. M. : Qu'est-ce qu'on ressent quand on lit? Quand je lis un beau texte, je suis heureuse. Je reste émerveillée à l'idée de savoir qu'il puisse exister des personnes qui sachent si bien écrire. Des fois je me dis que c'est prétentieux de dire que je suis écrivain. Devant de nombreux textes, je me dis « Qu'est-ce que les autres écrivent bien! » Voyez-vous, je suis encore là à m'émerveiller de ce que les autres ont écrit, à trouver qu'un beau livre est une bonheur.

E. L.: qu'est-ce qui constitue le matériau, la matière première de vos textes? En un mot, où tirez - vous votre inspiration?

J. M. : Dans mes oeuvres en fait, mon matériau, c'est mon univers, mon environnement, c'est le contexte, c'est la vie de tous les jours, le quotidien. Je suis un peu comme une caméra qui se promène et filme tout ce qu'elle voit. Je présente le fait tel qu'il est et je laisse au lecteur le soin d'en juger. Bien évidemment, il y a de la créativité, mais je pars des faits réels. Ma préoccupation est réelle, ce qui me motive, c'est d'injecter nos valeurs dans les écrits. Certains disent « qu'il faut l'universalité. Pour être un grand auteur, il ne faut pas que les gens sachent d'où vous venez, il ne faut pas qu'on devine votre nationalité etc. » Je suis absoulment contre. Nous sommes dans la mondialisation où chacun apporte ce qu'il a de spécifique, mais si on se dilue dans un mimétisme à outrance, si on se dilue dans l'identité des autres, qu'est-ce qui restera de nous ? On n'existera plus! Dans une tournée organisée par ma Maison d'édition, en 2001 au Canada, j'ai été heureuse de présenter aux Canadiens la culture gabonaise, et je crois qu'eux aussi étaient heureux de connaître des choses qu'ils ignoraient sur la culture de notre pays; il y a des relens positifs de chez nous qu'ils ont apprécié et qu'en tant que Gabonais, nous avons le devoir d'imposer , d'exposer. Je veux qu'on reconnaisse le Gabon dans mes écrits, vous savez bien que Sheakespeare est Anglais, mais le Gabonais se retrouve dans Sheakespeare. Le gabonais se retrouve dans O'thello. Sheakespeare a parlé d'un problème qui se trouvait dans un contexte donné, il n'a pas parlé du monde entier, et pourtant les Français, les Italiens, etc. se retrouvent dans ses écrits.

E. L.: Que représente le monde aujourd'hui, pour vous écrivaine ?

J. M. : je me dis que le monde d'aujourd'hui doit être un énorme bouquet de fleurs, un immense jardin dans lequel chaque fleur a sa place et vante sa beauté et non un bouquet où des fleurs cherchent à se greffer pour imiter d'autres fleurs. Abondonner sa culture, c'est faire preuve de lâcheté. Il faut que notre monde soit ce lieu du rendez-vous du donner et du recevoir.

E. L.: Lorsque nous lisons "Histoire d'Awu", d'aucuns en sont arrivés à dire que c'est «plutôt  un traité d'anthropologie, un traité d'ethnographie,etc. ». Vous disiez d'ailleurs que lorsque vous écriviez "Un seul tournant Makôsu", vous avez reconstitué votre élément naturel: l'Université avec sa culture, la culture africaine et autres. Nous aimerions savoir ce que vous en pensez. Quelle est votre opinion?

J. M. : Je crois qu'un texte peut être exploité de différentes manières. Un ethnologue lira mon livre à travers le prisme de l'ethnographie. Le sociologue avec ceux du sociologue etc. En écrivant, je n'avais aucune intention de faire un travail ethnographique.

E. L.: De la même manière, comment jugez-vous l'opinion de certains critiques nationaux, tels Ambourhouet-Bigmann, lorsqu'il dit que « la littérature gabonaise est une littérature du mini terroire »? C'est-à-dire que l'on retrouve dans presque toutes les productions littéraires gabonaises, les écrivains transposant la culture de leur terroire d'origine. On peut citer Ludovic Obiang qui parle des Fang, Jean Divassa qui parle, lui, des Punu,etc...

J. M. : Ecoutez, j'estime que c'est une richesse. C'est un moyen puissance de faire vivre notre culture. Voyez-vous, le tout est de créer, mais chacun recree un microcosme. Ce que je dois dire c'est que la littérature gabonaise en tant que telle est engagée, n'en déplaise à ceux qui pensent le contraire. Parler de la culture, c'est aussi une forme d'engagement. L'engagement, qu'on se le dise a des degrés. Parler de son ethnie, c'est aussi s'engager. C'est une manière d'être témoin de son temps, de sa culture. Cela n'exclut pas la créativité, la beauté du texte, la littérarité. Même les écrivains africains de l'immigration, tel qu'Alain Mabanckou qui vient d'obtenir le prix des cinq continents, recreent quand même leur environnement africain dans leurss textes. Je crois que les lecteur d'ailleurs ont parfois envie de voir ce qui se passe au Gabon. Les Autres ont déjà écrit sur eux, alors que nous sommes si peu représentés . Faut-il abandonner ce que nous faisons pour faire ce que les autres ont déjà fait ? Je trouve que c'est regrettable !

E.L. : Dans le même ordre d'idées, un autre critique littéraire, Fortunat Obiang disait, il y a quelques années, que « la littérature gabonaise n'existe pas ». Il a certainement dû changer de positions aujourd'hui, vu qu 'il a écrit un article intéressant intitulé « Eloge et défense de la littérature gabonaise ». Quel est votre avis à ce sujet ?

J.M.: C'est son point de vue. Il dit qu'elle n'existe pas, d'autres penseront le contraire.

E.L: Dans "Histoire d'Awu", vous abordez avec pertinence la question de la stérilité de la femme. Cette question est-elle si préoccupante pour vous ?

J.M: Evidemment. La stérilité de la femme est vraiment un sujet très douloureux, surtout dans notre contexte où avoir une progéniture est le projet de tout homme et de toute femme. Voyez-vous, un homme, lorsqu'il n'a pas d'enfants, n'est pas considéré. Il n'a pas le même statut que les autres hommes qui ont pu en avoir. Il est « écarté de la  participation », il n'a pas un statut de sage, il est pris pour quelqu'un qui n'a pas d'expérience et ne peut donc pas prendre certaines décisions pour la vie de la communauté.

E.L: Et celui de la femme ?

J.M: Effectivement, c'est pour dire que si pour l'homme c'est déjà difficile à plus forte raison pour la femme. D'ailleurs, notre culture veut que ce soit la femme qui est stérile. Une femme qui n'a pas d'enfants, vous le savez, fait tout pour mériter sa place au foyer. Elle est obligée de faire un océan de sacrifices: elle devient la mère de son mari, de ses coépouses. Elle doit supporter les quolibets de sa belle-famille. Tout cela parce qu'elle ne peut accomplir sa mission première: Enfanter. La femme stérile doit donc, trouver des compensations presque surhumaines, je dirais pour se faire pardonner. Elle devient alors très malheureuse et je trouve, pour moi qui suis mère de famille, que c'est très injuste tout le calvaire que l'on fait vivre aux femmes sans enfants. C'est pour cela que j'en parle dans mon livre.

E.L: Oui mais nous savons aussi que la tradition a une grosse part de responsabilité dans cette considération qu'on a de la femme stérile. Est-ce qu'on doit aussi lire dans vos ouvrages une forme de dénonciation de ce côté pervers de la tradition ?

J.M: Evidemment ! Vous, vous l'avez compris. C'est une réalité, n'est-ce pas ? Nous devons reconnaître que nos traditions ont un côté pervers qui est inacceptable. A cause de la tradition, des hommes et des femmes font vivre un calvaire spécialement aux femmes stériles et aux veuves. Et ça c'est inacceptable! C'est pour cela que j'en parle parce qu'il faut que certains comportements changent.

E.L: On voit dans "Histoire d'Awu" tout comme dans Un seul tournant Makôsu que la femme reste très attachée à son mari, au maintient et à la stabilité de son foyer. Est-ce que c'est votre idée de la femme ?

J.M: Certainement. Je pense que les femmes doivent être attachées à certaines valeurs comme la famille dans laquelle elle a un grand rôle à jouer.

E.L: Effectivement, mais d'un autre côté, Oyomo et Awu dont les vies sont très semblables sont des femmes au foyer comme vous. Est-ce qu'on ne peut pas dire que vos productions littéraires subissent l'influence de votre propre vie. Est-ce que vos oeuvres ne sont pas finalement autobiographiques ?

J.M: (Rires) je m' y attendais, c'est une question presque reccurente ! Vous savez, on ne parle mieux que des choses qu'on connaît. Je ne peux pas dire que je parle exclusivement de moi. En fait, je voudrais un peu corriger l'image qu'on se fait de l'époux africain: père fouettard qui bat sa femme, ivrogne, etc. J'en ai assez! Je veux qu'on découvre un autre mari africain; Un homme aimant et responsable. Un homme qui inspire des valeurs. C'est cette image-là que je voudrais insérer dans le registre des hommes africains que l'on peut retrouver dans la littérature.

E.L: Donc vous ne partagez pas l'avis de beaucoup qui pensent que les hommes noirs ne savent pas aimer ?

J.M: Oh que non ! Je suis foncièrement opposée à cette idée préconçue selon laquelle les hommes noirs sont des brutes ! Il y a des Noirs qui savent aimer. Ils sont certes rigoureux, mais ils sont doux aussi. Les Noirs aimants, ça existe. Et puisque ça existe, il faut le dire, il faut en parler, il faut que cette catégorie-là soit représentée dans la littérature.

E.L: Justine Mintsa, êtes-vous toujours membre de l'UDEG ( Union Des Ecrivains Gabonais)?

J.M: Oui bien sûr, je suis toujours membre de l'UDEG. C'est ma famille culturelle. J'en suis la Présidente honoraire depuis que j'ai quitté le poste de Présidente en 2001 et j'ai de bons rapports avec mes confrères.

E.L: Quelles sont les projets de l'UDEG cette année ?

J.M: hum! Bien qu'étant toujours membre, je ne peux vraiment pas vous parler du programme d'activités qui a été mis en place cette année.

E.L: Et en ce qui vous concerne ?

J.M: Je suppose que vous voulez parler de mes prochaines productions ? Hum ! Disons que le livre est comme un enfant. Dans notre culture, lorsqu'une femme est enceinte, elle n'en parle pas. C'est quand la grossesse se laisse voir que les gens s'en rendent compte. Il en va de même pour ma production littéraire (rires). Quand le livre sortira, vous le verrez, mais en attendant, je ne dirai rien.

E.L: Justine Mintsa à la fin de cette entrevue, si on devait vous faire un voeu, ce serait quoi ?


J.M: (elle regarde le plafond, un moment, puis rire ) La possibilité de créer, créer, créer...

E.L: Merci Justine Mintsa...

J.M: C'est moi qui vous remercie.


Propos récueillis par Wilfried Idiatha (4ème Année Lit. Af.), Désiré Clitandre Dzonteu (4ème Année Lit. Af.) et Serge Koffi Koudouovo (1ère Année Lit. Af.)
Photos: Serge Koffi


January 11, 2007 | 4:48 AM Comments  0 comments

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Le "granfrèrisme" à la lumière du jeune officier

Par Brice Levy Koumba




Recueillement. Méditation profonde. Invocation du parti resté dans nos mémoires. Un an écoulé. Déjà ? Comme le temps passe vite. Temps s’écoulant, se révélant finalement sur son vrai visage : tragique. Le temps se révèle tragique, car il nous fait prendre conscience de notre finitude et de notre impuissance à surmonter notre échec fondamental : la victoire sur nous de la mort. En ce moment de recueillement pensons, méditons sur ce que le grand frère Monsard nous a légué en héritage. Ebruitons l’héritage, le reste, à partir de ce roman de Bouchard : Le jeune officier.

De Monsard, nous avons hérité de ce sobriquet « Petit Barthes » que nous revêtons en ce jour de recueillement afin de lui rendre hommage. Nous avons aussi hérité à l’instar de la communauté universitaire gabonaise, de ce concept renvoyant à l’idée de grand frère à savoir le granfrèrisme. Selon ce que retient un des nombreux étudiants esseulés de Monsard, Désiré Clitandre Dzonteu, le granfrèrisme serait la reconnaissance des prérogatives du grand frère. Il stipulerait que « le plus grand, le plus âgé, l’ainé des frères et des sœurs, l’ainé de la famille, le yaya soit toujours respecté et célébré ». Dire cela, c’est peut-être cité Monsard, mais ce n’est pas atteindre la dimension du dire de Monsard. En disant que le granfrèrisme renvoie à la vénération du grand frère qui doit toujours être respecté et célébré, on ne restitue pas Monsard dans son dire. On dit tout sauf le dire de Monsard.

Le granfrèrisme est d’abord un constat. Le constat que les ancêtres semble-t-il, ont fait, ont pensé, ont laissé et que finalement il n’y a plus rien à proposer sinon que de suivre le chemin tracé. Cette subordination au chemin déjà tracé, veut que le grand ait toujours raison. Le granfrèrisme, loin d’être une posture de respect envers l’aîné, est l’attitude de violence par laquelle le grand s’arroge de tous les droits. Il stipule l’incapacité du petit à décider, à proposer, à diriger. Le granfrèrisme c’est le règne du grand frère. Il est une grandfrèrocratie.
Le granfrèrisme comme pensée, prend acte de la dictature du grand frère et promulgue ensuite son dépassement. Elle se veut, cette pensée, une critique du grand frère en tant qu’il étouffe les élans spontanés du petit l’empêchant d’éclore. Le granfrèrisme n’est pas le respect toujours du grand, mais la dictature du grand qui se réfugie derrière sa prétendue grandfrèrité afin d’avoir toujours raison. La critique de la minoration du petit frère par le grand amène Monsard à considérer le jeune dans sa capacité à opérer des bouleversements. Ceci non pas dans un antagonisme, mais dans une complémentarité générationnelle. Le granfrèrisme est une critique visant à faire confiance aux jeunes là où les anciens ont échoué ou demeurent bloqués. Telle cette confiance qu'accorde le commandant au jeune officier dans l’œuvre de Bouchard :

"Je vous ai demandé de venir afin de vous mettre au courant des nouvelles fonctions qui vous attendent ici. Vous êtes le plus jeune officier du bord, et, si j’en crois votre dossier, c’est la première fois que vous embarquez sur un navire de Guerre. Je suis en droit d’en déduire que vous êtes aussi le plus inexpérimenté et le plus ignorant de ceux qui ont mission de me seconder dans mon travail. J’ai cependant décidé de vous confier une tâche d’une extrême importance : vous serez chargé sur ce navire de la lutte contre les rats."

Le granfrèrisme comme critique de la dictature du grand frère, invite à avoir foi en la jeunesse étouffée par la génération de l’aîné. Ce dernier repose son autorité et ses privilèges sur l’expérience. De par ce principe d’expérience, le grand ou l’ancien, connaîtrait plus. Ses idées, actions et décisions sont vérité car découlant de son habitude des choses. Cependant, comme on peut le noter dans Le jeune officier, l’expérience démontre que le grand ne connaît que son expérience, c’est-à-dire que sa limite.

"Vous vous dites : si vraiment c’est là une tâche essentielle, ce dont j’étais loin de me douter, comment se fait-il qu’elle me soit confiée à moi, qui accomplis mon premier voyage sur un navire de guerre, plutôt qu’à l’un de ces officiers que je vois autours de moi et qui me dépassent infiniment par leur connaissance et leur habitude des choses de la mer ? Et n’ai-je pas dit à l’instant qu’une véritable compréhension d’un problème comme celui des rats ne saurait être donnée qu’à celui qui aurait accompli un immense travail intérieur et acquis une grande expérience ?"

Devant l’essentiel, la connaissance infinie soit-elle, n’a de pertinence que dans son efficacité. Comme le souligne Heidegger, « Faire une expérience […] c’est atteindre quelque chose en passant par un chemin ». L’aboutissement de ce cheminement doit être l’apport de la solution en tant que solution. Le granfrèrisme invite à cheminer sur un chemin déjà frayé. Or dans Le jeune officier, on note que face au problème séculaire acculant les marins, les chemins proposés constituant l’expérience des anciens n’ont rien donné de convaincant. Aussi, le réalisme voudrait que l’on recherche d’autres voies de résolution qui ne peuvent s’obtenir que dans cela qui a longtemps été minoré ou n’a pas encore été expérimenté. Le commandant refuse le granfrèrisme, l’entêtement du grand devant son incapacité à concrétiser. Il s’efface dans sa grandfrèrité afin de laisser éclore les potentialités qui sommeillent en la jeunesse. Pour le commandant, l’expérience n’est pas une donnée achevée et extérieure. Elle est ce que « chacun doit apprendre par lui-même ». Parce que son expérience à lui et celles de ses officiers n’ont rien donné, le commandant se donne la chance d’expérimenter la voie du jeune officier qui devient l’espoir, le chemin possible vers une dératisation réussie. Il ne donne pas la chance au jeune officier, mais se donne la chance. Car la résolution du fléau lui incombe au plus haut point en tant que chef d’un navire à conduire à bon port. Il est le garant de la félicité de son équipage. Et cela passe par la restauration des conditions saines à la vie.

Le jeune officier comme œuvre, est la foi en la jeunesse, la reconnaissance en sa capacité à diriger et à réussir là où les anciens ont échoué. La pensée du granfrèrisme comme critique de la dictature du grand frère, nous amène ainsi à nous « méfier de cette façon de raisonner qui consiste à dire que ‘’cela a toujours été comme ça’’ […] et qu’en conséquence, il est absolument vain de vouloir changer quoi que ce soit à un tel état de choses ». C’est la mise à contribution des compétences générationnelles au bénéfice de l’objectif de félicité commune. Le granfrèrisme de Monsard n’aboutit pas à un conflit des générations, mais à une complémentarité entre les générations afin d’endiguer le mal séculaire, afin de lutter ensemble contre le tragique de la vie. Cette lutte passe par le rire et la promotion des élans spontanés.





December 11, 2006 | 11:33 AM Comments  0 comments

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Etude de " Le jeune officier" de Georges Bouchard

Par Brice Levy KOUMBA,



En 1999, un roman vient révolutionner la pratique littéraire au Gabon : Le jeune officier. Œuvre dédiée à Martin Heidegger, elle développe à sa manière les préoccupations du philosophe concernant l’être, l’oubli de l’être et le caractère aléthéique de la vérité. Les pages qui suivent sont consacrées à ce roman d’un style particulier qui insère le roman gabonais entre modernité et post-modernité. A travers un résumé, un commentaire du discours du jeune officier et la lecture du discours de soutenance de Brice levy Koumba1, nous tenterons de découvrir l’œuvre. Le résumé est à la première personne, fait par le jeune officier lui-même.


I. Résumé littéral du roman


Le commandant me fit appeler pour me mettre au courant des nouvelles fonctions qui m’attendaient à bord de l’aviso colonial dans laquelle je venais d’embarquer. Il m’a chargé de la lutte contre les rats qu’il a qualifié de tâche essentielle.  « Un point pourtant me semblait devoir être étudié en premier lieu : la lutte contre les rats avait-elle vraiment une importance spéciale et convenait-il de la prendre très au sérieux? ». Je ne comprenais pas pourquoi c’est à moi, jeune officier inexpérimenté, que l’on confia une si lourde tâche. Après quelques hésitations, j’entrepris d’enquêter sur l’existence des rongeurs et de prendre à cœur ma tâche. Ce qui me valut de souffrir la solitude car on me reprochait « mon absolutisme, ma raideur et peut-être ce irritant dogmatisme des gens qui prétendent croire à quelque chose d’important et d’inaccessible ». Paradoxalement, on me reprocha encore mon incompétence, lorsqu ’arrivé aux environs de l’équateur, la présence des rats devint insupportable. Finalement le parallèle zéro traversé, je présentais mon plan de dératisation, au commandant et aux autres officiers. Selon moi, l’ancien code basé sur le savoir technique et scientifique, ne visait pas la destruction des rats, mais tout en favorisant leur développement, avait pour dessein « nous cacher ce qu’il y a de misérable et d’inopérant dans notre condition ! ». Je préconisais alors le refus de cet Antique code pour une véritable solution au problème nous préoccupant en martelant que chacun de nous pouvait dire : « Je suis capable d’anéantir tous les rats de ce navire ». Car nous étions des officiers et non des politiciens ou des diplomates. Je trouvais la solution en une force alliée nous aidant à notre insu et limitant la prolifération murine. Nous devions alors conjuguer, avec les rats, coopérer avec eux enfin de les anéantir. Pour atteindre cette fin, en prenant argument sur la nature, ma méthode radicale d’anéantisation de la population murine consista à les affamer, à les assoiffer, et à les empêcher de circuler. Le commandant décida d’appliquer incessamment ma stratégie. Ce qui se fit pendant une semaine dite du rat. Celle-ci achevée, nous avons procédé à leur évacuation au port d’une cité équatoriale pris au hasard. Avec succès, cent pour cent de réussite. Notre propre victoire nous dépassa. La question des rats était définitivement close. Ce qui me valut de recevoir à destination la légion d’honneur par l’amiral qui loua, au nom de la République, ma bravoure, et le rare privilège que je leur accordais de voir un navire sans rat. Sans rat ! On ne tarda pas à voir surgir une superbe portée de petits rats sur la farine devant servir à alimenter notre navire en provision.


II. Commentaire du discours du jeune officier


A.L’antique code

Le discours2 du jeune officier dégage deux centres d’intérêt. Dans un premier temps le propos de l’agent de la dératisation pointe les « faiblesses » et « l’extraordinaire habileté » de « l’Antique code ». Par cette dernière expression, il entend l’ensemble des méthodes traditionnelles utilisées en vue d’éradiquer les rongeurs. A savoir : le « système de prime », la pose de pièges, l’« asphyxie » des rats, leur « empoisonnement », l’« utilisation d’animaux antagonistes »…et une « énumération des procédés » réunis dans une brochure « publiée par la Direction Centrale du Service de Santé de la Marine et qui concerne la dératisation en général et en particulier à bord des navires de guerre3 ».


1. Apaiser l’inquiétude intérieure

Pour le nouvel officier4, l’Antique code, encore appelé « Ancien code » ou « Ancien règlement », est un système ingénieux, cependant inutile et trompeur. Son ingéniosité vient de ce qu’il est conçu pour aider l’homme à supporter l’existence en passant sous silence sa misérable et véritable condition symbolisée par les rats. Car comme le souligne le jeune officier, « les rats ne signifient rien d’autre, en réalité, que notre misère et notre impuissance, et leur image qui nous poursuit jusque dans nos nuits, et leurs cris affreux qui déchirent l’invisible silence sont les témoins irréfutables de notre malheureuse condition5 ». Pour rendre supportable la vie, les promoteurs de l’ « Ancien code » ont trouvé la parade. Ils ont développé des méthodes propres à apaiser l’inquiétude intérieure. « L’Ancien code » évite à l’homme de connaître le désespoir par la dissimulation du misérable et de l’inopérant. Cette particularité au service du psychologique, et de la « nature humaine », se présente comme élément positif, permettant au jeune officier de qualifier l’Ancien code de système ingénieux et extraordinaire né d’une réflexion profonde et puissante.

2. Habileté inutile

Cependant, malgré cette habileté, l’Ancien code demeure inutile. Car s’il apaise la souffrance de l’homme, il converge vers un objectif secondaire, passant à côté de l’essentiel : l’éradication véritable des rongeurs. Utile pour calmer le trouble intérieur, il s’avère proprement inefficace quant au but de la dératisation. Ce qui est visé n’est nullement l’annihilation de la population murine mais plutôt quelques avantages heureux. La dératisation sous l’ancienne législation, est perçue par les marins comme « un prétexte à festoyer et à faire ripaille6 ». Aussi fixent ils leurs pensées sur la quantité de boisson qu’ils peuvent s’octroyer. Le rat n’étant pas leur préoccupation véritable, il s’ensuit que la population des rongeurs prolifère disons en toute quiétude. Les pratiques génèrent du prolifique : « les moyens mêmes que nous employons se tournent à l’encontre du but recherché7 ». Outre cet inconvénient, l’Antique code se révèle source de désordre et de confusion. Il porte atteinte à la discipline et à la hiérarchie. De telles pratiques (celles inclues dans le code ancien) nuisent à l’ordre dans le navire et effritent « grandement [le] privilège des officiers8 ». Aussi sont-elles vraiment inutiles car «  prendre quelques rongeurs, cela ne sert à rien9 ».


3. Opération de tricherie


Cette inutilité de l’Ancien code ne visant nullement la néantisation des rats, concourt à le concevoir comme une vaste opération de tricherie, de tromperie, de ruse. Une opération portant à faire croire à un pseudo-bonheur d’un côté, et à un pseudo-pouvoir de l’autre. En dédramatisant le malheur évoqué par le rat, l’Antique code s’étale au jeune officier comme un système «  du bien-être et du bonheur à bon marché10 », traduisons : un bonheur sans véritable bonheur, un bonheur en trompe-l’œil, un bonheur d’état d’ébriété. Celui que transmet une consommation prononcée d’alcool. C’est donc un effet psychique recherché en vue de distraire l’homme, le perdre. Il est trompé dans son bonheur, mais aussi dans sa puissance. L’ancien système joue avec l’« équivoque » et dans l’équivoque tout se joue. Tout se joue dans le « des11 ». « L’Ancien Règlement ne visait rien d’autre qu’à nous faire croire que nous tenions entre nos mains la vie des rats, je ne dis d’un rat, je ne dis pas de tous les rats, l’équivoque est précisément là12 ». Dans le fait de « confondre l’unité avec le chiffre infini13 ». Les marins trouvent leur puissance par la capture d’un individu murin chacun. Ce qui est insignifiant devant la multitude de rats. « A quoi peut bien servir […] la destruction quotidienne de quelques rongeurs, alors qu’il en existe sur chaque navire de milliers qui ne cessent de se reproduire et de proliférer d’inquiétante façon14 », sinon qu’ « à redonner ce sentiment de supériorité que des animaux stupides et obstinés avaient bafoué15 », à donner l’illusion de puissance, la conviction de tout maîtriser.

Ainsi s’interprète pour le jeune officier « l’Antique code » : un système ingénieux profondément et puissamment pensé pour perdre l’homme, le voiler de la réalité en suscitant (fait positif) un apaisement intérieur de tous les maux. Cette tricherie voilant l’équivoque trouve au yeux du jeune officier défaveur. Aussi proclame- t-il solennellement son refus.  « Je viens de dire non au plus cohérent des systèmes du bien-être et du bonheur à bon marché. Je suis ici pour vous demander de refuser l’équivoque et, du même coup, l’emploi de tous ces moyens faciles dont nous n’arrivons pas à être dupes au fond de nous-mêmes16 ».
Les méthodes antiques évincées, le jeune officier décline la sienne.


B.La méthode « ratique »

1 . Le refus de l’illusion

Récusant la politique du silence, de l’oubli, du rire, de l’ironie et de la plaisanterie devant les rats soutenue par l’ancienne législation, le jeune officier refuse de bâtir la vie sur l’illusion, notamment le leurre d’un apaisement de l’âme. Il propose une alternative basée sur une finalité existentielle. A l’opposé des instaurateurs de « l’Ancien code », il refuse le placebo; leur pseudo-remède contre l’inquiétude. Il postule à la place une restauration de la dignité humaine.  «  Et quand même il serait en notre pouvoir de prolonger l’illusion, est-cela une attitude compatible avec notre dignité17? ». Cette question entrouvre le projet du jeune officier : restaurer, nous l’avons dit, la dignité de l’homme par un principe de non tolérance caractérisé par la visée d’une destruction effective des rongeurs. Ce faisant, il recherche des « fondements solides » sur lesquels pourrons se dresser justement l’état de dignité correspondant au bonheur véritable.


2. Reproblématiser le concept de dératisation

Devant ses interlocuteurs, le jeune officier remet en question la possibilité de la dératisation, il la reproblématise : «  sommes-nous capable d’exterminer les rats18 ? », demande t-il. Sa rigueur de jeunesse lui impose l’affirmative. « Je crois que nous pouvons venir à bout des rats19 ». Il pense apporter une véritable solution au problème murin. Aussi localise-t-il le lieu de l’erreur. Pour lui toutes les méthodes utilisées jusqu’alors ont en commun le défaut qu’elles venaient des marins. Elles étaient des pratiques extérieures à l’objet considéré. C’est pourquoi il va récuser l’extériorité et adopter une attitude attentive à l’immanence  « ratique ». Il déterritorialise le lieu de la solution. Elle n’est plus humaine mais ratique. C’est pourquoi dans son objectif de dératisation, le jeune officier place les rats au centre de son succès possible. Pour lui, la dératisation n’est pas l’usage des méthodes façonnées par la technique où la science, mais « l’étude du caractère du rat, de ses habitudes et de toutes les choses qui sont nécessaires à sa subsistance20 » afin de dégager les « conditions fondamentales de l’existence des rats ».


3. Les conditions fondamentales de l’existence des rats

Le jeune officier part pour expliquer sa démarche de l’observation qu’il y a un principe de contradiction régissant les rats et les empêchant de proliférer indéfiniment. Le but est de composer avec ce principe ou force et l’orienter à agir selon la détermination souhaitée. Procédant ainsi, s’aidant de l’objet à exterminer, il pense s’assujettir à une dératisation à la lumière de la vérité.

Ayant réduit au terme de son observation des bêtes, les conditions fondamentales de leur existence, il énonce à ses pairs celles-ci : l’appétence de la nourriture, de l’eau et du mouvement. Aussi, sa méthode à lui s’articule selon ces trois conditions fondamentales. Telle est la manière par laquelle le jeune officier préconise aboutir à ses fins de dignité, de félicité, de vérité et de totalité : « Affamer les rongeurs, les assoiffer, leur interdire toute circulation à bord21 ».


III. Discours de Brice Levy Koumba lors de la soutenance22 de son mémoire consacré au mouvement derridien de la différance dans Le jeune officier de Georges Bouchard, le 21 septembre 2004.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, veuillez recevoir le bonjour poli qui vous est adressé. Bien avant de commencer, nous aimerions remercier tous ceux qui de près ou de loin nous ont soutenu tout au long de ce pénible séjour universitaire. On est venu, on a vu, on a vécu, on a également retenu les enseignements dispensés par des maîtres ô combien louables. Nous espérons par cet acte de passage restituer ce qui a été donné dans les termes de la satisfaction.
La question du sens a susurré, nous a interpellé, nous a convié, nous a invité à suivre le chemin tortueux qui est toujours déjà le sien. Le chemin du sens est périlleux. C’est celui que nous avons choisi d’emprunter afin d’accéder au déploiement de la vérité telle qu’elle se donne à lire, si vérité il y’a, dans Le jeune officier de Georges Bouchard.

Le jeune officier de Georges Bouchard, est l’histoire de la dératisation d’un navire par des marins se définissant comme étant des français. D’une manière séculaire, le problème des rats fait l’objet de très hautes préoccupations. Toutes les intelligences se sont concentrées sur ce problème crucial et capital. Malheureusement malgré la pléthore de solutions à la disposition des marins, aucune n’est parvenue à éradiquer les rats. Aussi le jeune officier, personnage central du roman, a pour mission de reconstituer le sens en débarrassant une bonne fois pour toute, les rongeurs du navire. Il y réussi presque. Les rats affamés partiront du navire, mais reviendront par le truchement de la farine servant à nourrir les marins. Et là se dresse le véritable enjeu. Tout ce que l’homme mange, le rat mange. Il devient alors clair que pour prétendre à une véritable dératisation, il faudrait que l’homme cesse ou se prive du manger. L’homme doit-il s’arrêter de manger pour que se réduise à jamais la rature ? Question véritablement question qui pose question. Celle-ci laisse entrevoir la dubitativité quant à la prétention de l’homme à vouloir en finir avec les rongeurs. Car à ce niveau s’affiche la différance. Différance avec « a », différance derridienne. C’est elle qui retarde à jamais la réduction totale et radicale des rats.

La différance, notamment avec « a », est ce qui effrite les acquis, les désagrège, les dissémine et les éparpille. Elle est ce qui raye tout court. Au constat du vouloir des marins (réduction des murins) et de ce qui établit une differance dans le vouloir et dans l’action, est sortie la problématique centrale de notre méditation, cogitation et ratiocination sur l’œuvre de Bouchard Le jeune officier. Elle se formule comme suit : peut-on raturer ce qui rature ? Peut-on réduire le mouvement de la differance ?

Le phénomène de la différance avec « a », qui n’est pas du tout évident au premier regard, nous est venu après une étude matérielle des signifiants nature, culture, brochure, fermeture, de laquelle nous avons cerné un invariant « Ure ». Il caractérise ce qui est déchaîné. S’acceptant comme invariant, Ure est présent à tous les niveaux du texte et communique à ce dernier son déchaînement. Du terme « rat » additionné à l’invariant Ure, nous sommes arrivé à ressortir un nouveau signifiant, celui de rature. Rat+Ure = Rature ; indiquant ce qui raye, efface, occulte, dérobe, éloigne et diffère à la fois. La rature dit autrement la différance, bien sûr avec « a ».
Noter hypothèse de recherche se décline comme suit :

1-Le jeune officier de Bouchard met en œuvre le mouvement derridien de la différance avec « a » ;

2- Celle-ci est sujette à une action visant à la réduire, à la dératiser.

3­­- Cependant dératiser sonne comme « d’air attiser », c’est-à-dire comme une injonction invitant à activer ce qui tel un feu a besoin d’oxygène. La dératisation serait donc une action d’oxygénation, c’est-à-dire une action amplifiant ce qu’elle désire réduire (c’est comme arrêter un feu avec de l’essence).

Pour mener à bien nos investigations, nous nous sommes reposé sur la déconstruction derridienne. C’est une méthode non méthode permettant de lire l’irréductible de l’œuvre. Celle-ci au-delà de toute littéralité, préserve une réserve, un reste, une restance. Cette dernière bouscule, insère le tremblement dans les certitudes. Elle est l’objet de la déconstruction visant à ressortir le négatif de chaque discours. C’est une approche immanente des textes dérivée des travaux de Jacques Derrida. Elle postule que :

La langue ne renvoie qu’à elle-même, c’est-à-dire qu’à sa propre vision du monde.
Qu’il y a une inaptitude structurelle du langage à dire quoi que ce soit sans laisser un écart entre un dit et un non-dit.

Tout ce qu’on dit d’une chose se révèle inadéquat à la chose.
En l’absence de référent absolu, un texte se prête alors à des interprétations multiples.

La déconstruction permet au lecteur d’identifier les apories et les contradictions inhérentes à la logique de tout discours. Elle a trois étapes. Enfin…c’est selon. Une étude du niveau matériel, ensuite de la dimension notionnelle et enfin une analyse du niveau méta-opérationnel montrant l’entrelacement du sémantique et du syntaxique qui révèle la difficulté du concept à s’assurer une place unique, stable et maîtrisé. Le méta-opérationnel introduit le multiple, l’ambiguë, le catastrophique, l’errance et la destinérance. Notre opération de déconstruction s’est développée en deux parties. La première porte pour titre : « Des bordures aux structures » lorsque la deuxième s’intitule : « Dératisation dératisation.  Pour une herméneutique déconstructive».
Les résultats de cette scrutation déconstructive s’informent de la façon suivante :
L’étude des bordures commencée par une titrologie, nous a permis de cerner que le titre du corpus de base est une réalité ternaires et même quaternaire. Il peut se dire « jeune officier », « jeûne officié », « jeu n’officié » ou « je n’officié ». Le premier moment de l’intitulé nous parle d’une personne bas dans l’âge capable de mener dans l’armée des opérations d’importance, c’est donc un officier. Le second moment du titre exprime une privation de nourriture forcée ou instituée parce qu’officiée. Le troisième indique un jeu sans foi ni règle car inofficié. Le moment quatrième de la dimension titrologique nous situe au niveau du sujet, un sujet disloqué, non maîtrisé, un je non officié. Le jeune officier, est donc un titre complexe. Il est un titre démultiplié, disséminé, disloqué et invite à penser toute l’œuvre dans cette dislocation.

Notre recherche s’est poursuivi, au-delà des bordures et des présupposés philosophiques de la pensée derridienne par une étude structurale. Elle nous a servi à énoncer le projet et les lois qui gouvernent l’œuvre dans son entièreté. Ayant fait ressortir des structures et des oppositions, ce qui ici est apparu intéressant, c’est l’itinéraire du sens qu’elles offrent. D’après ces structures, le sens se noue au niveau de la spatialité, de la stabilité et de la propriété. Ses nœuds tournent autour des oppositions de concept dont un des termes est privilégié. Le sens est téléologisé, orienté. On le veut maîtrisé, stabilisé et familier.

L’élément pertinent ressortant de cette étude structurale, c’est notre contribution à une sémiotique du destinateur. Elle tente à sa manière de savoir si dans un parcours narratif, il n’y a qu’un seul et unique destinateur, si le destinateur initial est identifiable au destinateur final, ou bien si le récit génère d’autres destinateurs. Cela semble être le cas dans Le jeune officier où, sans vouloir porter à l’exhaustivité, en dehors des destinateurs initial et final, il semble surgir un troisième à qui nous avons attribué le nom de destinateur intermédiaire. Chaque destinateur a un parcours autonome et jouit d’une fonction spécifique dans le déploiement de la narrativité. Le destinateur inaugural vit dans un monde dépourvu de sens, un monde chaotique que vient organiser le destinateur intermédiaire qui lui, introduit le sens auroralemnt absent. Le destinateur terminal vient garantir ce dernier non pas par reconnaissance mais par adhésion. Greimas ayant repéré deux destinateurs, nous pensons que le troisième dit intermédiaire est à mettre à l’actif de ce travail sanctionnant la classe de maîtrise, et déployé par votre humble serviteur.

La deuxième partie de ce mémoire venant à la suite de l’étude structurale et portant le titre de « Dératisation dératisation », développe une exploration herméneutique reposant sur une interprétation à la lumière des oppositions de concept. Nous avons ressorti ces derniers du discours même du jeune officier qui oppose une dératisation assujettie à la nature à une autre se dressant sur un sol culturel. Pour le jeune officier, si l’on a toujours échoué devant les rats, c’est parce qu’on a privilégié l’homme et l’utilisation des techniques offertes par la science. Il recommande une attitude attentive au monde des rats, c’est-à-dire à la nature. La nature devient une arme propice à une dératisation radicale, de même que la parole ou la voix. Il faut alors écarter toute forme d’acceptations culturelles parmi lesquelles on note l’écriture. De ce discours du jeune officier, il ressort alors quatre concepts de base qui permettent d’expliciter le corpus de base : nature, culture, parole ou voix et écriture. La nature et la voix étant ici les armes pour une dératisation efficace et radicale. Une question survient : peut-on opposer les concepts ? Poursuivons avec gourmandise, peut-on distinguer ce que l’on désire isoler ?
Il nous est apparu la présence d’une part de feu vacillant les stabilités. La part du feu est cette part de l’œuvre qui résiste, qui reste au-delà de toutes intentionnalité, au-delà de toute oppositionalité. Elle est ce qui rend toute opposition de concept intenable.

De par la vertu du feu, disons de la différance, qu’on se le rappelle avec « a », l’opposition nature/culture demeure caduque. La nature se complète dans son manque en produisant la culture. Cette dernière est à la fois condition de possibilité et d’impossibilité de la nature ; la différance au sein de celle-ci. La différance raye, rature, non seulement la nature dans son soi, mais aussi la culture et rend décidue la discernabilité. La différance, le feu ou la rature détermine le lieu ou nature et culture communiquent. Elle porte en elle ces deux valeurs. La rature ou la différance est la nature hors de soi. C’est la nature dans son supplément. C’est ce par quoi la nature se complète en voulant rayer son manque originaire à soi. La nature sécrète des suppléments qui se succèdent et se rayent. Chaque supplément caractérise un moment culturel accepté comme nature à la quête de sa sérénité. La nature est l’état et le processus dans lesquels nature et culture se complètent pour intégrer leur indécidable totalité. La culture c’est le revenir à la maison de la nature ; l’arme de sa réalisation. Néanmoins cette dernière ne se passe nulle part ailleurs que dans la nature. Elle est ce vers quoi se destine le monde sans s’y destiner, le lieu de toute dicibilité, donc de l’impossible dicibilité. La culture et la nature sont indissociables. On ne peut parler de l’un sans l’autre. La structure de supplémentarité les relie. La différance navigue indifféremment de la culture à la nature établissant entre eux des ponts par lesquels les virtualités de l’un produisent l’autre et vis-versa. Un mouvement de rature raye l’homogénéité à soi de chaque concept. Cette indissociabilité s’illustre aussi à prendre l’opposition parole/écriture.
La différance, bien sûr avec « a », étant au cœur de ce qui rature, brûle et disperse, peut-on la raturer ?

Nous pouvons utiliser la voix, ou encore la nature, mais nous avons vu comment elles sont sujettes à la brûlure. A vouloir faire une épistémologie de la différance, nous pouvons toujours prendre arguments auprès de la cosmologie ou de la théorie des catastrophes. Cependant la méthode que nous avons utilisée ne nous permet pas d’envisager la possibilité d’une réduction de la différance. La déconstruction vise ce qui résiste à toute opération de maîtrise. Cela signifie que même dans le cas d’une réduction de la différance, elle viendra quêter ce qui reste, c’est-à-dire la différance même. C’est pourquoi malgré tout le dire ici déployé, rien n’a été dit et tout est à recommencer. Notre problématique se démultiplie, poursuit et tien la route, se réserve pour des cogitations différées et en différance. Elle attend le nouvel jeune officier critique qui viendra l’achever : la relever.

Tels sont les résultats auquels nous avons abouti après notre analyse du mouvement derridien de la différance dans Le jeune officier de Georges Bouchard.

Comme principales difficultés rencontrées en chemin nous avons d’abord, le caractère périlleux se rapportant à l’exploration du sens. Ensuite de façon paradigmatique il nous est apparu laborieux de lire les écrits de Jacques Derrida propres à décourager l’intelligibilité, la compréhension et l’entance. Enfin, ne soulignons pas le tragique problème financier. Ayant installé notre production intellectuelle sous le sceau de l’enfantement, nous savons combien est douloureux et pénible celui-ci. Cette dernière difficulté est le signe de cette douleur propre à tout enfantement.

Sur ce, nous entrons en silence et nous tenons prêts pour d’éventuels explicitations. Nous vous remercions.







September 20, 2006 | 1:36 PM Comments  0 comments

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L ’inscription du "moi" dans Péronnelle et L’Enfant des Masques de Ludovic Emane Obiang


Par Clovis Elie Mouelle, Vice-Président du CRELAF.





PLAN


INTRODUCTION



I/ INSTANCES DU RECIT


a/ Le Narrateur

b/ Le Narrataire

c/ Le focalisateur


II/ LES TRACES DU "MOI"


a/ La crise de l’identité

b/ L’ancrage anthropologique


III/ STYLE DE L’AUTEUR


-Style hermétique



CONCLUSION







INTRODUCTION

Le recueil de Nouvelles l’enfant des masques et la pièce théâtrale Péronnelle de Ludovic EMANE OBIANG, écrivain gabonais de la nouvelle génération sont au cœur d’un débat. Une certaine opinion pense que se sont des œuvres autobiographiques. Autrement dit, nous pouvons lire le "moi" profond de l’écrivain dans ces (ses) œuvres. D’ailleurs les défenseurs de cette thèse soutiennent que la construction de manière musicale avec des temps forts et des temps faibles de l’enfant des masques n’est pas fortuite. Elle est révélatrice déjà de la présence du "moi". En effet, pour les tenants de cette thèse cela est en rapport avec sa formation de musicologue. Une telle thèse suscite quelques interrogations autour de l’œuvre de Ludovic EMANE OBIANG. Est- ce que l’enfant des masques et Péronnelle sont des œuvres autobiographiques ? Peut- on y déceler les traces du "moi" de l’écrivain ?
Avant que d’entreprendre notre travail d’analyse, il convient de souligner que pour nous, Péronnelle n’est pas une œuvre à caractère autobiographique. Nous pensons plutôt que les thèmes développés dans cette œuvre participent de la thématique générale de l’écrivain. Pour Ludovic EMANE OBIANG, le thème de l’identité nègre est central. Cette idée reste en effet liée dans le texte aux masques, à la culture tant incarnée par le vieux Logbo. A travers ce texte il reste que la tradition africaine, du point de vu de Ludovic EMANE OBIANG demeure le garant d’une véritable identité nègre. C’est à juste titre qu’à chaque fois le vieux Logbo, digne représentant de cette culture, invoque le masque pour découvrir sa vérité, son être propre. Au regard donc de tout ce qui précède, nous avons jugé inutile de nous attarder sur Péronnelle car, comme nous l’avons dit au préalable, nous estimons que ce n’est pas une œuvre autobiographique. Par contre, nous allons travailler sur l’enfant des masques. Pour nous il est possible de lire les traces du "moi" de l’écrivain dans cette œuvre.

I/ INSTANCES DU RECIT

Un texte narratif est un texte dans lequel une instance raconte un récit. Retrouver le narrateur dans le récit consiste à poser la question « qui parle ? », les instances focales, elles, sont déterminées par la question « qui perçoit ? » dans le récit.

a/ le narrateur dans l’enfant des masques

L’instance narrative, ou narrateur, se définit comme l’instance qui assure la narration ou la relation événementielle dans le récit. C’est une instance verbale qui prend place dans le récit et peut être envisagée comme instance typique du texte narratif littéraire. C’est une « figure autonome, créée par l’auteur, comme les personnages du roman », affirme Lintvelt.

Aussi Roland BARTHES dans « introduction à l’analyse structurale des récits », communication 8 fait- il remarquer à juste titre que « narrateur et personnages sont essentiellement des "êtres de papiers". » le narrateur set donc essentiellement intra narratif, et ne peut être ni confondu, ni assimilé à l’auteur. C’est dans cette optique que GENETTE soutient que : « la situation narrative d’un récit de fiction ne se ramène jamais à sa situation d’écriture ». Ainsi le narrateur ne peut que raconter les faits exécutés par les personnages, de sorte que l’opposition fonctionnelle entre personnage et narrateur se trouve neutralisée.

Dans le récit de l’enfant des masques, nous distinguons d’abord une première instance d’énonciation que nous appelons « narrateur I ». Il est homodiégétique, c’est - dire qu’il raconte sa propre histoire. Mais l’homodiégéticité a des degrés. Le Narrateur peut en effet, soit raconter une histoire dans laquelle il joue un rôle principal, soit raconter l’histoire dans laquelle il figure comme personnage secondaire, c’est le cas du Narrateur II dans l’enfant des masques. C’est lui qui commence la première phrase de la nouvelle « Nous sortions Eva et moi d’une exposition de masques anciens… »

Ce narrateur I installe dans le récit un Narrateur second qui se trouve être Eva Meyo, personnage centrale de la nouvelle. Ce Narrateur second raconte l’histoire dans laquelle il figure comme personnage principal. Il est autodiégétique et se consoit à la première personne "je" ; j’ai voulu P.12, je jouais, P.13.Ce narrateur second prend le relais à la page 12 de la nouvelle. (p.12).


b/ Le Narrataire dans l’enfant des masques.

Le narrataire est le partenaire de la communication linguistique. C’est l’instance à laquelle s’adresse le narrataire. Ces traces sont visibles dans le récit puisqu’il est souvent pris à partie par l’instance narrative. C’est donc le narrateur qui dessine l’image du narrataire, il est toujours au même niveau diègétique que lui, c'est-à-dire intradiègétiques et le narrateur l’est, extradiègétique et le narrateur l’est aussi. Comme le narrateur, le narrataire est donc une instance intra narrative lui aussi. Dans l’enfant des masques, nous pouvons dire que nous avons deux catégories de narrataire. La première catégorie est Emmanuelle. C’est le narrataire du narrateur second .Il s’adresse à lui afin qu’il découvre « les fadaises pour lesquelles il (se) tourmentait jadis » p.11

La deuxième catégorie du narrataire est le public, les lecteurs. C’est le partenaire de communication du narrataire premier. En effet, cela est visible à la page 11, « Les révélations de mon ancien compagnon survolèrent mes plus hautes espérances. Je fus et enchantée, si « charmée » pour entrer dans sa logique ; que je décidai d’aller plus loin encore, de me servir de son indifférence pour porter ces révélations à l’attention du plus grand nombre. J’allais en faire un livre que je publierai »


c / Le focalisateur

La narration est aussi la description du monde qui se trouve autour de soi ; elle est la capacité de décrire le monde dans lequel on vit. Lorsqu’on a une description, il y a souvent l’utilisation de la perception visuelle, la perception auditive...un récit peut être soit focalisé, c'est-à-dire qu’il s’attache à la démonstration du détail soit non focalisé, c'est-à-dire qu’il présente une large ouverture de champ. Lorsqu’il est focalisé, il peut s’attacher aux détails extérieurs, c’est la focalisation externe ou rendre compte de la vie interne des personnages. En gros, le focalisateur c’est celui qui perçoit. Notre récit est focalisé c'est-à-dire qu’il s’attache à la démonstration du détail .Nous avons pour preuve son attachement à donner les détails sur les masques, leur portrait, leur mode de vie .Et, il n’arrive pas à pénétrer les pensées des masques « Même si je crois deviner quels torrents d’amertume ma question libera en elle » p.24. En gros, nous avons une focalisation externe même s’il fait remarquer que quelquefois il plonge dans son intérieur. P.30



II/ Les traces du "moi"

Comme nous l’avons dit au préalable, nous pensons qu’il est possible de lire le "moi" de l’écrivain dans l’enfant des masques. Ce recueil de nouvelles est presque une autobiographie car les thèmes y découlant sont des thèmes chers à l’auteur à l’instar de la quête de l’identité, l’enfance, le retour à la tradition, aux masques aux valeurs essentielles. L’enfant des masques est donc l’expression de l’écrivain qui tente de revisiter, de revivre son passé, de décrypter le message des masques et de renouer avec le moi profond jadis dénaturé. Recherchons hic et nunc les traces du moi dans cette nouvelle qui donne son non au Recueil.


a/ La crise de l’identité.

Eva Meyo personnage principale de la nouvelle intitulée l’ enfant des masques et péronnelle, personnage éponyme de la pièce théâtrale de Ludovic Emane Obiang sont assimilés avec cette assimilation de la culture occidentale,Eva Meyo tout comme Péronnelle sont arrivés à renier leur propre culture.Ecoutons ce que dit le narrateur premier au sujet d’Eva Meyo : « Il aurait préféré éviter le reproche de leur regard (des masques), le mépris qu’ils n’auraient pas manqué d’affecter à l’encontre de sa propre émission, de sa lâcheté de « petit blanc ». P8 Il en ressort qu’Eva Meyo a rêvé ses valeurs traditionnelles. D’ailleurs, il parle des masques au passé : « J’ai été leur aval, je les ai connu ». Tout cela traduit une crise d’identité, une crise de personnalité. « J’ai beaucoup souffert, de ne m’en suis jamais remis » déclare Eva Meyo à la page 9.Ce qui est valable pour Eva Meyo l’est dresse pour Péronnelle : « Je ne suis plus de votre monde, je n’appartiens plus à votre peuple » P35 dit-elle à son père le vieux Logbo. Dans une interview qu’il accordât au tam-tam littéraire, Ludovic Emane Obiang déclare ceci : « Je vivais une crise de personnalité. J’ai estimé que la littérature allait m’amener à la résoudre. Et je ne me suis pas trompé puisque l’écriture a été pour moi un parcours initiatique. Elle m’a permis de renouer avec le moi profond et de retrouver une forme de stabilité ». En gros, le mythe personnel de Ludovic Emane Obiang est la quête identitaire. C’est cela que l’on rencontre dans la nouvelle l’enfant des masques. Faut-il rappeler que son travail de thèse a eu pour question centrale la quête de l’identité africaine.


b / L’ancrage anthropologique.

Les traces du "moi" peuvent être décrypté à travers l’ancrage anthropologique. Dans le texte nous avons des masques, symbole de la croyance africaine .Toutefois, il convient de souligner que dans notre texte ces masques vivent, communiquent, cela est en contradiction avec les idées que certains hommes se font des masques. Pour eux, ce ne sont que des vestiges. Mais en choisissant de faire vivre les masques dans la nouvelle, l’écrivain a mis en application sa théorie, Pour lui tout est vitalisme. Nous retrouvons dès lors l’expression du moi de l’écrivain. Dans le texte, nous avons plusieurs masques notamment : mbarle, asep, bisèbiman, nsap, odabor, bibang, bo ndong, mefe menguele, okoukoua otoughe, ngane ngome, tous ces noms sont révélateur de l’appartenance dé Eva Meyo à l’ethnie fang. De plus, nous sommes confortés dans cette idée par la phrase suivante : « j’avais donc été tout naturellement recueilli par des masques fang, pour être né parmi les fang ». Il y a là un trait commun entre Eva Meyo et l’écrivain, leur appartenance à l’ethnie fang. Mais à travers le texte nous pouvons également déterminer le pays d’Eva Meyo. En effet, les noms des masques suivants « okoukwè », « moungala », « mokuyi », « mbouanga » et le mot myèné aux pages 19 et 50 nous renseignent sur son pays, il est originaire du Gabon. Car c’est dans ce pays que nous retrouvons ces masques, le peuple fang et le peuple myèné. Eva Meyo tout comme l’écrivain sont tous originaire du Gabon.


III/ STYLE DE L’AUTEUR


- Une écriture hermétique.

Selon le dictionnaire petit Larousse, le style c’est la manière particulière d’exprimer sa pensée, ses émotions, ses sentiments. L’écriture de Ludovic EMANE OBIANG n’est pas simple. Elle set hermétique. On dit d’une chose qu’elle est hermétique lorsqu’elle elle est difficile à comprendre. Cet hermétisme couvre- corve également le sens. En effet l’expression est travaillée, élaborée. Le sens n’est pas accessible au lecteur moyen. Pour cerner ses écrits il faut être cet être dont le regard peut percer les apparences pour atteindre le monde intelligible et entrer en possession du savoir original. Toutefois, s’il est vrai que l’hermétisme est un frein à la compréhension, il n’en demeure pas moins que l’essence de la beauté réside dans son hermétisme. Si le sens était visible de prime abord, où résiderait son mystère qui fait objet de quête en littérature.



CONCLUSION

En somme, l’enfant des masques peut être considéré comme une œuvre autobiographique. Nous pouvons déceler des traces de l’auteur. Quant à Péronnelle , elle pas une œuvre autobiographique parce que les thèmes développés dans cette œuvre participent de la thématique générale de l’écrivain. Le style de l’auteur est hermétique.






BIBLIOGRAPHIE


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Roland BARTHES, « Introduction à l’analyse structurale des récits », in communication, no8, Paris, Seuil, 1966, p.19


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André Patient POKIBA, 2criture et identité dans la littérature africaine, Paris, l’harmattan, littérature, 1998


JAAP LINVELT, essai de typologie narrative, le point de vue, Paris, Josconti, 1981


Jacques FONTANILLE, les espaces subjectifs, Paris, Hachette, 1982


Ludovic EMANE OBIANG, l’enfant des masques Paris, harmattan/Ndzé,
2001






July 5, 2006 | 12:49 PM Comments  1 comments

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"Jardins intimes" (Ed. Raponda walker, Libreville,2002, 91 p.) de Hervé Ona

"Jardins Intimes" est la première production littéraire de Hervé Ona Ndong .

Dans cette œuvre l’écrivain place au devant de la scène une jeune fille d’une vingtaine d’années, Sophie, en proie à une angoisse existentielle .

Ainsi, butant contre l’utopie, l’instabilité et la fausseté d’un monde où l’anarchie reste de mise ; et se refusant de vivre dans cet espace qui l' écarte de son « essence », qui met en question le bien fondé de l'existence, Sophie trouve refuge et consolation dans l’imaginaire,  dans le rêve. Imaginaire qui constitue chez elle le fondement d’une volonté ferme et radicale de retrouver l’île, de retrouver sa grand-mère et donc de se retrouver elle-même.

Une fois encore, la question de l’équilibre trouve ici son rebondissement. La retraite, la solitude que s’octroie le personnage n'est que le cheminement vers cette harmonie spirituelle génératrice d’une totale révolution personnelle.



Aymar Pambo, 4ème année littérature gabonaise.

June 26, 2006 | 1:46 PM Comments  0 comments

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Le langage et l'expression dans "L'Age d'or n'est pas pour demain" de K. Armah et "Ces fruits si doux de l'arbre à pain" de U T

Plan

Introduction

I/ La localisation des dichotomies saussuriennes dans les deux œuvres

1)le langage
2)la langue
3)la parole

II./ Les composantes textuelles
1)L’instance narrative
2)Les descriptions
3)Les procédés de rhétorique

III/ Le langage et l’expression littéraire : Entre appropriation et créativité
1)Les techniques narratives locales
2)L’écriture de l’humour comme stratégie de révolte

Conclusion



Introduction


La littérature se définit comme un aspect particulier de la communication verbale - orale ou écrite - qui met en jeu une exploitation de toutes les ressources de la langue pour multiplier les effets sur le destinataire, qu'il soit lecteur ou auditeur. La littérature - dont les frontières sont nécessairement floues et variables selon les appréciations personnelles - se caractérise donc, non pas par ses supports et ses genres, mais par sa fonction esthétique : la mise en forme du message l'emporte sur le contenu, dépassant ainsi la communication utilitaire limitée à la transmission d'informations même complexes.
Par définition, le langage est une faculté propre à l’homme d’exprimer ou de communiquer sa pensée par un système de signes vocaux (parole) ou graphiques (écriture). En tant que tel, c’est un truisme d’affirmer qu’il existe un rapport entre le langage et l’expression littéraire qui, elle, renvoie à l’usage esthétique du langage. Toute la question revient à s’entendre sur la nature des rapports que ces deux notions entretiennent. Ainsi allons-nous porter notre regard sur Ces fruits si doux de l’arbre à pain1 de TCHICAYA U TAM’SI et L’Age d’or n’est pas pour demain2 de AYI KWEI ARMAH. On se demandera en outre comment s’inscrit le langage à travers ces deux romans et quel rôle il y joue.

I- La localisation des dichotomies saussuriennes dans Ces fruits si doux de l'arbre à pain de TCHICAYA U TAMSI et L'âge d'or n'est pas pour demain d' AYI KWEI ARMAH.

Père de la linguistique moderne, Ferdinand de SAUSSURE (1857-1913), dans son Cours de linguistique générale1, distingue la langue de la parole, toutes deux composantes du langage, qui régissent la linguistique moderne. Dans cette première partie, la question essentielle est de définir ces notions et d'observer leurs manifestations dans les deux oeuvres au programme.


1°) Le langage

Si le langage est la matière première de la pensée, il est aussi l'élément même de la communication sociale. Il n'y a pas de société sans langage, pas davantage qu'il y a de société sans communication. Tout ce qui se produit comme langage a lieu d'être communiqué dans l'échange social. Selon Ferdinand de SAUSSURE, les hommes à la différence des animaux ont le langage comme propriété commune qui relève de leur faculté à symboliser. Autrement dit, pour le linguiste, le langage constitue l'élément déterminant de l'échange entre les individus. C' est un processus de communication d'un message entre deux sujets, au moins l'un étant le destinateur ou l'émetteur, l'autre le destinataire ou le récepteur.

Dans les oeuvres d'AYI KWEI ARMAH et de TCHICAYA U TAM'SI, la présence des différents dialogues justifie clairement l'usage du langage qui permet la communication entre les différents personnages. De plus, Ces fruits si doux de l'arbre à pain et L' âge d'or n'est pour demain prennent pour cible le continent africain qui constitue, de ce fait, le destinataire. Les auteurs fustigent le pouvoir en place caractérisé par la négrophobie, d'où leur révolte pour le redressement du sujet africain.

Dans les deux romans, il ne s'agit pas d'un langage ordinaire, mais plutôt d'un langage littéraire travaillé et élaboré par les auteurs. C' est un langage soutenu, caractérisé par les éléments stylistiques qui préfigurent une valeur esthétique, véhiculant une idéologie. Leur message est ainsi porteur de sens grâce à l'usage du langage qui est la faculté à utiliser une langue.


2°) La langue

L'une des deux composantes du langage selon Ferdinand de SAUSSURE, la langue est un trésor déposé par la pratique de la parole dans la matière grise des sujets appartenant à une même communauté. Une somme d'empreintes déposées dans chaque cerveau, la somme des images qui existent dans la conscience de tous les membres de la communauté linguistique. Autrement dit, la langue est une convention sociale, un ensemble de signes utilisés par une communauté, un produit social en ce que l'individu l'enrégistre facilement. La langue est un contact collectif auquel tous les membres de la communauté doivent se soumettre s'ils veulent communiquer. C'est donc un moyen propre de communication relatif à une société ou à une communauté donnée.

En ce qui concerne les oeuvres d'AYI KWEI ARMAH et TCHICAYA U TAMSI, il s'agit de la langue française, du moins, le roman Ces fruits si doux de l'arbre à pain a été écrit en français et L'âge
d'or n'est pas pour demain a été traduit de l'anglais. Le Congo et le Ghana étant respectivement des colonies française et anglaise. Toutefois, on peut observer l'usage de l'onomastique et de la toponymie locales dans les deux oeuvres. En effet, dans Ces fruits si doux de l'arbre à pain, le surnom “ Tchilolo” donné à Marie-Thérèse est le nom de l'arbre à pain “ venu d'Asie du Sud-Est ( qui ) s'est acclimaté et fait partie du paysage, avec le palmier à huile, l'avocatier. Il a le tronc argenté, pas toujours droit. On le voit tout le long de la côte atlantique du Congo, de Loango à Mayumba, jusqu'à Setté Cama”1. De même, dans L'âge d'or n'est pas pour demain, on peut localiser les lieux typiquement africains à travers le dialogue entre l'homme et le commissaire :
“- Tu vas corrompre un fonctionnaire ! L'homme sourit.
- C'est le Ghana, répondit le commissaire en s'éloignant.
Le télégraphe Morse reprit vie
-Gare de Kojokrom
-Ici Kansawora
-Vérification : quelle heure vient, ing. chef ?
-Départ Kansawora, 8 h”
En outre, les noms propres des personnages tels que Oyo, Koomson, Maanan, traduisent cette africanité dans le récit d'AYI KWEI ARMAH.
De ce qui précède, il ressort que TCHICAYA U TAM'SI et AYI KWEI ARMAH, ont le souci de réhabiliter les réalités culturelles de leurs pays respectifs, bien qu'ils usent d'une langue d'emprunt, legs de la colonisation.


3°) La parole


La parole, dans son sens étymologique, est au commencement de tout. Son caractère sacré se traduit par son homologie avec Dieu, d'où la citation biblique “ au commencement était la parole, la parole était avec Dieu, la parole était Dieu”. Ce caractère sacré de la parole sera recupéré par beaucoup d'écrivains, notamment Hamadou Hampaté Ba qui stipule que la parole a le pouvoir de grandir et d'abaisser l'homme, de le bénir ou de le maudir, tout comme Jean-Baptiste Tati LOUTARD qui, dans Les normes du temps2, met l'accent sur le pouvoir et le poids des mots. Jean Paul SARTRE, en ce qui concerne l'engagement dans la littérature, affirme que “ les mots sonts des pistolets chargés”, pour montrer que les mots sont une arme de combat au service de la vérité et de la liberté, en sens ce qu'ils dénoncent les tares et les vices qui minent les sociétés.

La parole se définit comme un acte inviduel et d'intelligence , en cela qu'elle relève de la capacité d'un individu à produire une pensée. Pour Ferdinand de SAUSSURE, la parole est l'énoncé d'un locuteur dans une langue donnée. C'est un acte de volonté et de partage. En effet, la parole ne se donne pas pour être confisquée par un seul individu, elle doit être libérée afin que chacun dispose de sa liberté de penser et de dire.

Dans Ces fruits si doux de l'arbre à pain, contrairement aux chefs tropicaux qui font de la parole leur monopole, TCHICAYA U TAM'SI use des micros-récits, en faisant intervenir un narrateur secondaire pour élucider tel ou tel aspect du récit. Il s'agit par exemple de Mouissou ( p.181-191) qui raconte l'histoire de Mavoungou et sa soeur, similaire à celle de Gaston et Marie-Thérèse qui ont commis l'inceste. Il apparaît à cet effet que TCIKAYA U TAM'SI s'insurge contre la confiscation de la parole, car il la considère comme un don de Dieu qui devrait être mis à la disponibilité de chaque individu. Dans Lâge d'or n'est pas pour demain, on observe la volonté d'AYI KWEI ARMAH de libérer la parole en faisant intervenir d'autres presonnages que le narrateur, s'affirme par leur liberté d'expression. Oyo, la femme de l'homme, est le personnage qui bénéficie le mieux de cette liberté d'expression lorsqu'elle blame son mari d'avoir refuser un pot-de-vin qui lui a été offert :
“- Aujourd'hui, quelqu'un m'a proposé un pot-de-vin, avance (l'homme), au bout d'un moment.
Et comme un bon petit soldat du Christ, tu as refusé ?
(...)
Mais pourquoi aurais-je accepté ,
Et pourquoi non ? Quand tu as serré la main d'Estelle, est-ce que le parfum qui est resté sur la tienne n'était pas agréable ? Peut-être que cela te plaît de croupir comme nous le faisons ? Moi, j'en ai assez, J'aimerais bien, moi aussi, avoir un chauffeur
pour me conduire où j'ai envie.1

Ainsi peut-on affirmer que dans cette première partie, le langage et ses composantes que sont la langue et la parole, se manifestent sur un plan strictement littéraire dans les deux oeuvres. TCHICAYA U TAM'SI et AYI KWEI ARMAH mettent en pratique ces trois notions pour exprimer leur révolte contre les abus de pouvoir des chefs tropicaux, d'où l'ambition de leurs oeuvres de délivrer un sens à travers les composantes textuelles dont ils usent.


II- Les composantes textuelles

Pour mieux cerner le fonctionnement ou la mise en discours d'un texte littéraire, il faut au préalable savoir ce qui fait que l'on le qualifie de littéraire. Dès lors, cette partie ambitionne de traiter des composantes textuelles, c'est-à-dire les éléments qui font partie intégrante de la diégèse et donnent au texte sa valeur esthétique. Il s'agit donc ici de voir entre autre l'instance narrative, les descriptions et enfin les procédés de rhétorique afin de jauger de la pertinence du langage et de l'expression littéraire chez TCHICAYA UTAM'SI et chez AYI KWEI ARMAH.

1°) L'instance narrative

“ Dresser le statut du narrateur, c'est élucider la question de la voix dans le récit, c'est-à-dire répondre à la question ( qui parle ) ?”2. Le narrateur pour le définir est la principale instance vocale du récit. C'est cette instance fictive qui assume l'acte de narration. On distingue des récits à narrateur présent ( narrateur homodiégétique), ou absent du récit comme personnage ( narrateur extradiégétique). Il existe également les récits où le narrateur est le personnage central ( narrateur autodiégétique). Tout narrateur est intra narratif. Il est partie prenante de l'histoire qu'il raconte. Il est toujours présent dans le récit, puisqu'il en assume la narration. Le narrateur apparaît débarrassé des ses racines existentielles de la personne humaine. Son statut et sa fonction varient selon les options esthétiques et/ou idéologiques des auteurs.

Ainsi, les narrateurs de Ces fruits si doux de l'arbre à pain et L'âge d'or n'est pas pour demain adoptent plusieurs régistres narratifs qui sont assimilables à ce que Gerard GENETTE nomme “fonctions du narrateur” dans Figures III3. Il s'agit des fonctions de narration, de régie, de communication, testimoniale et idéologique. Dans ces textes, ces fonctions y sont intégralement mises en oeuvre. En effet, bien que dans l'un comme dans l'autre ouvrage, le narrateur soit pour la majorité extradiégétique, il envisage, à bien des égards, rendre plus crédibles son discours à travers un langage savamment constriut et des descriptions à couper le souffle. Ce besoin de clarté est soutenu par le niveau de langue non moins travaillé des narrateurs, qui entendent orienter leurs narrataires, agir sur eux, tout en rendant témoignage des atrocités vécues dans cet univers belliqueux, dénudé de toute morale. Dès lors, on peut voir le narrateur parler des crimes rituels dans Ces fruits si doux de l'arbre à pain. Il dit : “ Des crimes ont été commis. Des crimes se commettent. Qu'a t-il fait, lui le juge ? Ce n'est un secret pour personne. Ces corps de toutes les petites filles que le fleuve rend par tous les temps, ces corps qu'on a trouvés enterrés la tête en bas, les pieds en haut, la plante des pieds au ras du sol, ces corps encore dont a vu les restes calcinés, rôtis sur des autels de branchage, ces corps, enfin, toujours avec la même blessure, le ventre ouvert du pubis jusqu'au sternum, on sait pour quels sacrifices ils ont été immolés et pour servir à l'ambition démesurée de qui, nous le savons.” p. 55. De même, le narrateur de L'âge d'or n'est pas pour demain raconte avec une pointe d'ironie les détournements menés par les hommes du pays. Cela se lit à travers ce propos persifleur qui fustige en filigrane ce genre de comportement : “ Zacharias Lagos, depuis le temps qu'il vivait ici, il avait même oublier qu'il était nigérian. Il travaillait dans une scierie et gagnait, du temps où l'on comptait en livres sterling, dix livres douze shillings par mois. Mais Zacharias vivait comme un riche. Tous les soirs, un camion de l'entreprise apportait chez lui des billets de bon bois sain que dans sa sagesse il avait fait passer à gauche, et il les revendait. Quand il se fit prendre, on répéta partout qu'il était généreux et bon; et l'on maudit le jaloux qui l'avait dénoncé ». P.113

A partir de l'histoire que les narrateurs narrent dans l'une et l'autre oeuvre, il est évident que c'est la fonction narrative qui est mise en oeuvre ici. En principe “ aucun narrateur ne peut se détourner de cette fonction sans perdre en même temps sa qualité de narrateur”. 1
Même si, au regard des textes, l'homme a un véritable souci de clarté et entend bien agir sur son interlocuteur ou destinataire, il n'en est pas forcément de même pour le narrateur de Ces fruits si doux de l'arbre à pain qui utilise un langage peaufiné pour bâtir son histoire. Toutefois, on remarque que l'un comme l'autre a la capacité d'organiser les articulations internes, les connexions et les inter-relations du récit comme pour montrer la voie à ceux qui sont sensés être des guides, mais qui beignent dans un chaos déroutant. A travers cela, c'est à n'en pas douter une proposition de solution à ce que devrait être nos sociétés africaines, héritées de la colonisation.


2-) Les descriptions

Traiter de la description dans ce passage revient à voir son rôle, mais surtout son importance dans le texte de TCHICAYA et de AYI KWEI ARMAH.

La description se présente comme l'un des grands types formels du discours: narratif, argumentatif, poétique. Selon le Larousse du bac, “ la description est la présentation d'un lieu, décor, ou cadre de l'action. (...) La description donne les formes; la disposition des éléménts, leurs couleurs,, parfois leur évolution.”2 La description se présente comme la forme la plus contraire à la poésie. Elle est utilisée en littérature comme un type de composition et intervient comme une pause dans le récit

A la définition donnée supra, on peut y adjoindre celles que nous fourissent Phillipe HAMON et Yves REUTER. Pour Phillipe HAMON, “ la description est une expansion du récit, un énoncé continu ou discontinu”3 tandis que Yves REUTER pense que la “description est plutôt une séquence organisée autour d'un reférent spatial et produisant l'état d'un objet, d'un lieu ou d'une personne.”4Selon ces définitions, on s'aperçoit que la description revêt moult fonctions. Elle est ornement ou une décoration, tout comme elle est explicative et informative. Dans L'âge d'or n'est pas pour demain, le narrateur a un véritable soucis de clarté. Dès lors, dans sa narration, il met l'accent sur tout élément susceptible d'orienter son narrataire, mais surtout de mieux présenter le fait qu'il traduit. Il s'en suit que les descritions de cette oeuvre renseignent par exemple sur le cadre de l'action pollué par la pourriture. Ainsi, peut-on lire ce passage dans lequel, l'homme décrit avec une forte densité explicative et informative une poubelle en plein ville: “ le public en faisait un si bon usage qu'en moins de rien elles avaient été toutes remplies. Les gens continuaient à s'en servir et elles n'avaient pas tarder à déborder des peaux de bananes, des noyaux de mangues, d'écorces d'oranges bien sucées, de feuilles de canne à sucre et surtout des épaisses enveloppes brunes de centaines de boulettes de Kenkey. Il visaient de loin le tas d'ordures qui ne cessait de grandir et une bonne partie des déchets giclait sur le devant et les côtés de la caisse avant d'aller finalement attérrir quelque part au sommet du monticule.” p.15.

La description très réaliste de ce lieu comme de bien d'autres dans le texte présente l'aspect du chaos des nouvelles villes africaines issues de la colonisation et qui correspond à la situation du pays de l'auteur et par ricochet à la situation de la grande majorité des villes du continent. La description minutieuse de ce cadre dans lequel évoluent les protagonistes de L'âge d'or n'est pas pour demain n'est qu'une stratégie narrative qu'adopte le narrateur pour véhiculer son dire. Autrement dit, la description n'est employée ici avec une certaine rigueur que pour bien illustrer le rapport des personnage avec leur cadre d'action comme le prouve éloquemment ce passage : “ Voilà le spectacle que nous avions sous les yeux à cet époque-là. Les hommes qui s'étaient portés en avant pour représenter les affamés arrivaient vêtus comme s'ils s'attendaient à aller au Bal du Gouverneur pour l'anniversaire de la reine des Blancs; ils portaient des bouttons de manchettes qui brillaient de façon insultante à la face d'hommes qui avaient été réduits à voler quelques picaillons à leurs propres amis. Ils étaient toujours en retard et s'adressaient à leurs domestiques dans cet anglais de juristes qu'ils s'étaient évertués toute leur vie à imiter.” P.96-97.

Si la description revêt explicitement un caractère explicatif ou informatif dans L'âge d'or n'est pas pour demain, il n'en est presque pas de même pour Ces fruits si doux de l'arbre à pain. En effet, les segments narratifs de l'ouvrage de TCHICAYA semblent davantage relever de l'ordre du symbole. Ils donnent pour l'essentiel, sous une forme voilée l'image d'un monde complexe.

Concomitamment, les descriptions de TCHICAYA n'ont ni l'intention de décorer, ni d'organiser les lieux, les événements, les espaces et les personnages du récit. Ce sont des symboles dont la musique des mots, leur pouvoir de suggestion se mettent évidemment au service d'une sorte de décryptage de ce que l'univers de sensation, de sentiments et d'expressions peut avoir de secret. Cela peut se lire à travers ces lignes : « Il a l’obligation de garder le silence de tombe sur ce qu’il connaît. Car il est être double. Au double savoir. Le premier fermé au second. Bref, l'un ignorant l 'autre. Il est entier responsable de ce silence. C'est le silence de la tombe. Il est la tombe. Il est le silence, le silence est en lui. Il sait cela d’initiation » p.51.

De l’analyse globale des descriptions, le texte de Ayi Kwei Armah semble un documentaire fort centré sur le détail dans lequel le narrateur scrute, avec une minutie étonnante, les clichés sombres des pouvoirs post-coloniaux sur le continent africain. Pourtant, même si Tchicaya ne déroge pas, à travers ses descriptions, à cette règle, il n’en demeure pas moins que les siennes sont plus complexes et invitent les narrataires à un effort de décryptage de symbole pour se saisir du message. Mais, la restitution de ce message passe avant tout par un ensemble de procédés qui constiuent des procédés réthoriques.


1)Les procédés de rhétorique

Dès la lecture des textes de Tchicaya et de Ayi Kwei Armah, on est d’emblée frappé par la singularité de l’écriture. En effet, ces textes sont ensemencés d’une profusion de procédés stylistiques et rhétorique tels que les proverbes, les métaphores, les hyperboles et surtout l’ironie. La combinaison ou l’agencement de ces structures linguistiques habille le texte d’une valeur ou d’une charge symbolique qui lui confère un statut multivalent.

Ainsi, comme figure de rhétorique, l’ironie est abondamment utilisée par les auteurs de Ces fruits si doux et de L’Age d’or. Car, se situant dans l’ere d’après indépendance où les nouveaux dirigeants tropicaux se faisaient maître de toute sorte d’exaction sur leur peuple, ces écrivains usent de l’ironie soit parfois pour dire leur désapprobation ; soit pour dénoncer avec un recul certain ces travers du pouvoir, en évitant de succomber dans « Un piège sans fin »1 que tissent ces dirigeants à tout bout de champ. Autrement dit, l’usage littéraire de l’ironie comme une esthétique envisage à tout point de tourner en dérision, à la façon de Molière, la cour du roi, sans avoir à s’attirer les foudres de celle-ci.

Dans L’Age d’or n’est pas pour demain, le narrateur à cette grande tendance à souvent faire comme s’il approuvait les abus de ses pairs, parce que relevant de l’idéologie de ces derniers. Or, lui-même se refuse à entrer dans ce jeu et se révolte en filigrane à travers le langage qu’il utilise. On peut le voir à travers ce passage où Ayi Kwei Armah se moque des Ghanéens qui s’assimilent au Blanc à force d’imiter leur façon de parler : « Toutes les quelques secondes, il avait un tic qui lui plissait les narines et … comme un Anglais » p.33.

Aussi, Tchicaya fait de même avec son langage instrumentalisé au point de se moquer du parti Unique. Il dit : « Le président Lokou, qu’il recevait un jour, s’est permis de lui suggérer de rejoindre les rangs du parti, « l’union des trucs machins chouettes de mon c…, et je suis poli » p.40

A côté de l’ironie, les métaphores et les proverbes donnent une coloration particulière au texte de Tchicaya et d’Ayi Kwei Armah. Ce sont des procédés dont l’usage ambitionne de rendre plus visibles les scènes macabres afin de créer une certaine image, une correspondance impossible dans la réalité.
Cet usage des procédés rhétoriques chez l’un comme chez l’autre auteur ne sont pas toujours compréhensible. Le lecteur doit donc deviner la relation que l’auteur établit entre les faits qu’il relate et la société qui les a produits. Ainsi, à travers ces figures qui s’incorporent dans le langage, on découvre la manière de voir des auteurs et leur volonté. Il joue avec le langage et c’est grâce à notre effort d’interprétation que nous pouvons percevoir les messages qu’ils annoncent face à l’état de délabrement dans lequel se trouve leurs pays.


III- Le langage et l’expression littéraire : entre appropriation et créativité

A la lumière des deux romans que nous examinons, il ressort que les deux auteurs manifestent chacun une double volonté : d’une part il y a le besoin de s’approprier un langage hérité de l’Occident à travers un style plus ou mois élaboré et, d’autre part, il y a le souci de créer ou d’inventer une écriture qui intègre certaines valeurs de la tradition africaine.

1°) Les techniques narratives locales

Nous entendons par techniques narratives locales, l’ensemble de séquences narratives élaborées sous les traits de l’oralité. Ces séquences ont généralement la forme d’un conte, d’un proverbe, d’un chant, etc. Et leur inscription dans le script littéraire, particulièrement le roman, est récurrente dans la plupart des productions de bon nombre d’écrivains négro-africains. Ces fruits si doux de l’arbre à pain de TCHICAYA U TAM’SI et L’Age d’or n’est pas pour demain d’AYI KWEI ARMAH n’en font pas exception. En effet, nous trouvons dans ces deux romans plusieurs marques d’oralité, ce qui manifestement constitue un tremplin, voire un moyen pour les deux auteurs de «  faire ressortir la relative continuité du discours traditionnel oral au discours écrit. »1 Ainsi notons-nous l’inscription dans le roman de TCHICAYA U TAM’SI du conte de Mouissou qui commence par la formule d’ouverture habituelle du conte « Il était une fois.»2 Il y a aussi ce proverbe : « Rira bien qui rira le dernier »3 ou encore ce chant « Toi, le cueilleur de vin… »4 Dans le roman d’AYI KWEI ARMAH nous pouvons aussi relever ce chant qui commence par « Que ceux qui possèdent la puissance de l’aigle… »5 De même, ll y a ce proverbe « Les derniers seront les premiers. »6

Il convient de signaler l’effet de diglossie qui se dégage du roman de TCHICAYA U TAM’SI. En d’autres termes, deux langues semblent coexister de manière inégale eu égard à leur statut socio-politique. En effet, s’il est incontestable que le roman est majoritairement écrit en français, il n’en demeure pas moins que l’auteur emploie certaines expressions et des termes tirés d’une langue locale congolaise. Nous avons par exemples cette phrase « Tate Mavoungou oua voonda minou-éyé !»7 (Tate Mavoungou m’a tué, éyé !) ; cette expression « Mo yé mwana kitoko »8 ; les termes « Ya » ou « Aya » en signe de respect pour les aînés (Ya Gaston, Ya Mathilde).

Fort de tout ce qui précède, il semble que les deux romans sont l’expression d’une certaine révolte, non seulement contre l’impérialisme du modernisme littéraire occidental, mais également contre un certain langage qui s’impose comme étant la norme. Mais au-delà, on peut tout aussi affirmer que la mise en discours de ces éléménts traduit là une volonté des auteurs à ne plus faire allégeance à une langue qui ne permet pas toujours de traduire convenablement nos réalités. Dès lors, on y voit une certaine révolte face à cette hégémonie que voudrait avoir la langue de Molière sur le continent africain.

2°) L’écriture de l’humour comme stratégie de révolte

L’humour se définit comme étant une « Tournure d’esprit porté à l’ironie, à la raillerie sous une apparence sérieuse ou impassible.»9 Il constitue pour beaucoup d’écrivains africains un moyen subtil pour faire passer un message, traduisant ainsi leur vision du monde.Une des plus importantes caractéristiques de l’humour est sans doute la dédramatisation d’une situation difficile, afin de la rendre plus supportable ou plus agréable. L’humour est donc un moyen stratégique de libérer les angoisses accumulées, qu’elles soient conscientes ou inconscientes.

Comme dans la plupart des romans africains, l’humour transparaît dans Ces fruits si doux de l’arbre à pain et dans L’Age d’or n’est pas pour demain avec en filigrane l’idée de la révolte. C’est pour ainsi dire que l’humour qu’il y a dans certaines séquences des deux romans porte une charge idéologique, c’est un humour corrosif qui n’est pas que pour faire rire, comme le souligne ce passage : « Le juge sait avoir de bons mots pour rire. Ce sont parfois des mots à double tranchant, comme certaines lames. Il ne faut pas appuyer le doigt dessus pour couper ce que tu coupes, tu te coupes avec. »1 L’écriture de l’humour se présente donc comme une arme efficace dont se servent les deux auteurs pour manifester leur révolte. Dans L’Age d’or n’est pas pour demain, on peut relever ce passage dans lequel Etse fait le pitre : « Comme un voleur se repentant, il s’avançait en souriant vers le siège du gouverneur et balbutiait : « Missié, j’ai des nouvelles pou’vous, Missié. » (Sourire de chef africain.) Se tournant rapidement pour reprendre sa pose de gouverneur, Et se demandait :
-Et bien, qu’y a-t-il mon brave ?
-Missié, mes compat’iotes sont pas heu’eux, missié.
-Comment ? Après tout ce que nous avons fait pour eux ?
-Oui, missié.
-Alors, mon brave, dis-moi, qu’est-ce qu’il veulent donc ?
Le sourire de chef s’épanouit.
-Missié, si tu me fais chef, mes compat’iotes y se’ont heu’eux de nouveau. »2

On le voit, ce passage plein d’humour rapporte quelques faits anodins ayant certes un effet comique mais qui surtout préfigurent un caractère moqueur à l’égard de ceux qui détiennent le pouvoir.
Dans Ces fruits si doux de l’arbre à pain, nous pouvons signaler ce passage : 
« Isidore était visiblement troublé par Marie-Thérèse ; il chercha à se donner de la contenance. Le juge plaisanta :
« Si tu n’étais pas déjà marié et père de famille nombreuse, je te la donnerais bien volontiers. » Ces propos embarrassèrent davantage le pauvre Isidore. Marie-Thérèse éclata de rire :
« Mais papa, il est trop vieux ! »3

Dans ce passage empreinte d’humour nous pouvons constater qu’il y a une mise en exergue du conflit de génération ; bien plus, nous pouvons y entrevoir la critique des mœurs, notamment en ce qui concerne le mariage forcé. Mais en utilisant l’humour, les auteurs de Ces fruits si doux de l'arbre à pain et de L'Age d'or n'est pour demain peuvent vouloir faire partager le plaisir qu’ils éprouvent à se défaire de leur angoisse avec d’autres. Dans ces cas présents, l’humour est un peu comme une arme contre la déprime et l’angoisse à cause du climat morose dans lequel ils se retrouvent. « Mieux vaut rire que pleurer », dit le proverbe. C’est parce que l’humour réussit à dédramatiser les pires situations en nous laissant sourire, le temps de rire un peu. Au-delà, c'est toute une révolte qui appelle chaque individu à mieux considérer les situations qui sont traduites afin de mieux gérer notre société.


Conclusion



En définitive, la dimension esthétique est donc la finalité d 'une oeuvre littéraire, critère qui la différencie des autres types d'écrits comme le journalisme ou la politique qui répondent à certaines contraintes spécifiques.
Il apparaît ainsi au regard de l'analyse des deux ouvrages soumis à notre attention que le langage et l’expression littéraire participent des convictions des auteurs à traduire leur vision du monde. Leurs romans sont porteurs de sens en ce que les auteurs traduisent dans un langage savamment élaboré les exactions commises dans leur cité par les chefs et des personnes sans scrupule, et luttent de ce fait pour le redressement du continent africain.
Dès lors, à travers les composantes textuelles propres à chacun, leur révolte se traduit par la libération de la langue française et l’intégration des valeurs culturelles, par le refus de la confiscation de la parole et des abus de pouvoir des chefs tropicaux.
Ainsi, riche de sa diversité formelle et langagière sans limite autant que de ses sujets sans cesse revivifiés qui disent l'humaine condition, la littérature de ces deux auteurs est d'abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement.






BIBLIOGRAPHIE

1- Tchicaya U Tam’si, Ces fruits si doux de l’arbre à pain, Paris, Seghers, 1988.
2- Ayi Kwei Armah, L’Age d’or n’est pas pour demain, Paris, Présence Africaine,1976.
3- Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale,publié par Balley et Sechehaye, Paris, Payot, 1916
4- Tati Loutard, Les normes du temps, Paris, Hatier, 1998
5- Larousse de poche 2005, Paris, Larousse, 2004, p.402
6- Mohamadou Kane, Roman africain et tradition, Thèse d’Etat, Université de Lille 3, Lettres et Sciences humaines, 1977-1978, Abidjan, N.E.A., 1983
7- Gerard Genette, Figures III, Paris, Seuil, 1972 .
8- BEAUTIER François, BENICHI Régis et alii, Le Larousse du bac, de A à Z les notions essentielles pour réussir , Paris, Larousse, 1992
9- Philippe HAMON, Du descriptif, Paris, Hachette, 1993.
10-Yves REUTER, Introduction à l’analyse du roman, Paris, Bordas, 1991.
11- Cours de narratologie dispensé par Nicolas MBA ZUE, Licence , Littératures africaines, UOB, 2004-2005.







June 24, 2006 | 4:46 AM Comments  0 comments

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"La fille du Komo", 2004, Paris, L'Harmattan: ( Sylvie Ntsame).

Resumé:

Publié à Paris aux éditions L'Harmattan en 2004, La fille du Komo est le premier roman de Sylvie Ntsame.

Cet ouvrage retrace l'histoire de Roberte, une jeune fille gabonaise qui se retrouve en France pour y poursuivre ses études. Son diplôme obtenu et en attendant une meilleure offre d'emploi, Roberte passe ses journées dans un magasin dans lequel elle travaille comme vendeuse. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Georges, un jeune chef d'entreprise issu d'une famille riche de Blancs. Une relation amoureuse naît entre les deux. Mais celle-ci est entâchée par des préjugés que les parents de Georges se font sur les Noirs, et surtout par le souvenir amer que les parents du jeune homme ont gardé de la première relation de leur fils aîné. Georges et Roberte vont mener une vie commune marquée par des malentendus et des suspicions jusqu'à ce que ce nuage sombre qui hante leur amour se dissipe. Georges et Roberte vont se marier et avoir des jumeaux dont un décedera.



Paterne Etsellah, Directeur Pôle pédagogique Littérature gabonaise du CRELAF.



June 1, 2006 | 1:26 PM Comments  0 comments

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BRAVOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!!

Félicitations à tous les membres du CRELAF qui ont honoré le Département de Littératures Africaines et l'Université toute entière pour leur brillant succès aux concours littéraires organisés par le Ministère de la Culture, des Arts et de l'Education populaire lors de la Journée Mondiale du livre.

Ce sont, pour le concours "Prix Meilleur lecteur":

-Wilfried IDIATHA (1er Prix, Président du CRELAF)

-Thierry MAMBANA (2ème Prix,Chargé des Relations Extérieures du CRELAF)

-Désiré Clitandre DZONTEU (Prix d'encouragement, Secrétaire Général du CRELAF)



Pour le Concours "Prix du Grand littéraire":

-Mesmin GOTOA ( 1er Prix, membre du CRELAF)

-Thierry MAMBANA (2ème Prix)

-Wilfried IDIATHA (3ème Prix)



Par ailleurs, nous encourageons notre Président et notre Secrétaire Général pour avoir donné la voix du CRELAF et s'être faits les porte-paroles de la jeunesse gabonaise, pendant la Journée Mondiale du Livre:Conférence (pour le Prési') et table-ronde à la télé( pour notre S.G)aux cours desquelles, ils ont témoigné des attentes des jeunes par rapport au livre qui nous sont très difficiles d'accès. Nous osons espérer que les pouvoirs publics auront entendus vos voix.


CRELAF oyé !



Les Crélafites.

April 27, 2006 | 11:30 AM Comments  0 comments

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La réception du Livre par les jeunes lecteurs: élèves et étudiants au Gabon

Communication de M. Guy Wilfried IDIATHA, étudiant en Maîtrise au Département de Littératures Africaines de l'Université Omar Bongo, Coordinateur du CRELAF à l 'occasion des I ères journées thématiques du Ministère de la Culture, des Arts et de l'Education Populaire lors de la Journée Mondiale du Livre le 23 avril 2006 à Libreville, sous la Présidence de son Excellence Pierre Marie NDONG, Ministre d'Etat à la Culture de la République gabonaise.





Madame, Messieurs les membres du Gouvernement,
Chers Acteurs du Livre,
Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs,
Distingués Invités,


C'est avec un réel plaisir que je prends la parole ici, à l'occasion des Ières Journées Thématiques du Ministère de la Culture, lors de la Journée Mondiale du Livre et du Droit d'Auteur.

On m'a demandé de m'exprimer ici en tant qu'étudiant, ma communication va donc porter sur: « La réception du Livre par les Jeunes lecteurs: les élèves et les étudiants. » Mon exposé va s'articuler en trois (3) points, à savoir: La fonction du Livre, le rapport Livre-Jeune lecteur et les Perspectives. Cela, en vue de dire les préoccupations et les attentes de la jeunesse gabonaise, par rapport à l'objet qui est le Livre.


1.La fonction du Livre:

Il y a quelques années, le regretté écrivain guinéen William Sassine déclarait à Jacques Chévrier, universitaire français et spécialiste de littérature africaine: « dans le mot écrivain, il y a écrire et il y a vain[...]Cela résume la condition de l'écrivain en Afrique: On écrit en vain, on n'est pas lu. » Ceci pour dire que la lecture sinon le livre ne suscite aucun intérêt particulier pour les Africains pauvres et affamés dont les besoins premiers sont tournés vers les désirs de la chair plutôt que ceux de l'esprit.

Mais il faut dire que si les Africains en général et les Gabonais en particulier semblent être tournés vers d'autres préoccupations, il n'en demeure pas moins, comme le souligne l'universitaire et écrivain gabonais, Ludovic Emane Obiang dans un article publié dans la Revue Africultures1 intitulé: « Le rôle du livre scolaire dans l'élaboration d'une culture de la lecture en Afrique » que ceci « varie dans le cadre propre à chaque pays, on peut noter des relations différentes à l'écriture en fonction de la couche de la population choisie ou du milieu étudié. »Ainsi, si le public se détourne du Livre, ce n'est pas le cas de TOUT le public; car, le Livre connaît une forte réactivité dans les milieux scolaires et universitaires parce que ces milieux sont pour le Livre un terrain d'accueil.

En effet, le livre constitue pour le jeune lecteur un matériau important, un outil indispensable; car, il sert à l'appropriation des connaissances, et pour reprendre encore Ludovic Obiang, «  il est le ferment d'une véritable culture intellectuelle. Il repond alors aux objectifs propres à ces institutions du savoir; c'est-à-dire promouvoir la connaissance, évaluer l'information, aider à la création »2. Il permet à chaque apprenant de se réaliser. Vous conviendrez avec moi qu'aucun élève, aucun étudiant, si brillant soit-il, ne peut parvenir à la connaissance seulement en écoutant son professeur même si ce dernier est excellent. Il faut à l'apprenant de la réflexion, de la méditation, tout en accomplissant un travail personnel qui sera essentiellement constitué de lectures assidues.

Le livre est donc pour le jeune lecteur qui veut réussir ses études un moyen de dépassement, une arme indispensable; lire devient alors pour lui, un devoir s'il veut parvenir à des resultats probants.


2.Le rapport Livre-jeune lecteur:

Comme on peut le voir, l'étudiant entretien avec le livre un certain rapport. C'est un rapport d'interdépendance parce que l'étudiant a besoin du livre pour se réaliser et le livre a besoin de l'étudiant pour exister.C'est l'institution académique qui légitime une oeuvre littéraire et cette légitimation concoure à la survie d'une oeuvre.

Toutefois, si l'apprenant et le livre entretiennent un rapport d'interdépendance, ce rapport, il convient de le souligner, a souvent été entâché par un fait: L'absence d'une politique global du livre caractérisée, notamment par l'absence de bibliothèques, mais surtout par la la cherté des livres.
Vous conviendrez une fois de plus que comme bibliothèque, le CCF seul ne suffit pas. Il faut des bibliothèques partout. Il en faut dans nos écoles, nos lycées et collèges, dans nos munipalités...

Donc l'absence de bibliothèques est un handicap certain qui nuit à la formation du jeune lecteur. A côté de cela, on l'a souligné tantôt, c'est la cherté des livres, notamment les livres de littérature gabonaise- je sais de quoi je parle, je suis psécialisé en littérature gabonaise-.
Nous avons par exemples, des ouvrages tels que Histoire d'Awu de Justine Mintsa qui coûte 9.900 Fcfa; La flamme de Crépuscule de Ondo mendamne 15.000Fcfa, Pétroleum de Bessora 19.000 Fcfa; Un seul tournat Makôsu de Justine Mintsa 13.000 Fcfa. Avec de tels prix, voyez-vous, il est difficile à un jeune étudiant qui n'a pas les moyens, de se les procurer.

Il y a également le problème du renouvellement des ouvrages. Il est aujourd'hui difficle à un étudiant de s'approprier par exemple Histoire d'un enfant trouvé de Robert Zotoumbat, Chants du Gabon de Georges Rawiri, Ainsi parlaient les Anciens de Pierre Edgar Moundjiégou ou encore Au rythme des pagaies de Richard Moubouyi.On a l'impression quand on nous parle de ces ouvrages que ce sont des grimoirs, des livres anciens dont l'édition s'est arrêtée depuis des lustres ! Cet état de chose n'encourage pas les jeunes à s'intéresser aux oeuvres littéraires et pose problème dans la relation que le jeune lecteur doit entretenir avec le livre et de la promotion de notre littérature, à cause de son accès qui reste difficile. A ce niveau que devons-nous faire ?


3. Perspectives et conclusion :

Si le livre coûte cher – les éditeurs nous le dirons-, c'est parce qu'il est d'abord un objet commercial; c'est parce que les maisons d'édition sont des entreprises qui calculent les dépensent et les bénéfices.
Le livre coûte cher parce que dans un pays comme le nôtre où le livre ne figure pas parmi les bjets prisés des consommateurs, il doit pouvoir faire vivre, faire profiter à l'écrivain et à son éditeur.

Toutefois, nous souhaiterions, parce nous estimons que le livre est objet de valeur, bien plus qu'un objet commercial, il est un vecteur de transmission culturel, que des engagements soient pris pour qu'à l'issue de cette Journée mondiale du Livre, le livre soit accessible au plus grand nombre.

Nous savons que nous appartenons à une société orale où la parole sonore est privilégiée, mais devons également savoir que nous vivons à une époque où l'on fige toutes les richesses du passé, des pans entiers de l'Histoire de l'Humanité dans les entrepages des livres, des encyclopédies, etc.
En considération de cela, on peut alors se demander: Comment les jeunes gabonais d'aujourd'hui peuvent-ils connaître leur culture, s'ils n'ont pas un accès facile au livre ? Comment pourrions-nous, nous rendre compte des richesses incommensurables de nos valeurs traditionnelles transmises depuis les temps immémoriaux par les Anciens et qui se trouvent aujourd'hui consignées dans les livres de littérature, d'anthropologie ou d'histoire si on ne nous donne pas l'opportunité de lire ?

Nous voulons donc plaider pour un commerce équitable, comme le dit si bien l'universitaire et écrivain gabonais, Auguste Moussirou-Mouyama pour que le livre revienne raisonnablement aux étudiants et aux élèves.
Nous plaidons pour une démarche citoyenne qui puisse permettre aux jeunes d'avoir un rapport au livre qui soit juste et équitable.

Enfin, nous lançons un appel au Gouvernement qui est fortement representé ici, et qui s'est resolu à poser des Actes, de les diriger en faveur de la jeunesse gabonaise afin que celle-ci puisse s'informer en ayant un rapport au livre qui soit raisonnable parce que même si nous vivons à une époque où l'on parle de l'Internet, l'autoroute de l'information et de la communication, il n'en demeure pas moins que l'Internet même dans son apogée, ne parviendra jamais à déclasser le livre parce qu 'il demeure pour le jeune lecteur comme pour tous d'ailleurs, un outil indispensable et irremplaçable.


Je vous remercie.







Wilfried Idiatha, Président du Cercle de Réflexion des Etudiants en Littératures Africaines -CRELAF-,UOB.
Tel:+241.07.40.70.61
E-mail:willyidiatha@yahoo.fr
E-mail:crelaf_uob@yahoo.fr
Website:www.refer.ga/lit-afq

April 25, 2006 | 7:59 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.


Quelques membres du bureau directeur du CRELAF en photo de famille.

debout:
Wilfried Idiatha, Rodrigue Boutoto, Désiré Clitandre Dzonteu, Clovis Elie Mouelle, Owanlélé Baggio.

Accroupis:
Charlène Kelly Milébou, Michaëlle Mayombo Moussonda, Jean-François Ndong Ebé.

April 13, 2006 | 9:21 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

Deux éminents membres du Bureau Directeur du CRELAF, Clovis Mouelle en tissu-pagne, Vice coodonnateur et Parterne Etsellah juste à sa gauche, Chargé du Pôle pédagogique de la littérature gabonaise.

April 13, 2006 | 9:14 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

Les conférenciers:l'écrivain Ludovic Emane Obiang et Maître Farafina Boussougou-Bou-Mbine.

April 13, 2006 | 8:53 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

Maître Farafina Boussou Bou Mbine a traité de la question de "la réception académique de l' oeuvre de Cheikh Anta Diop »

April 13, 2006 | 8:35 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

L'un des conférenciers, Jean Bédel Mabika qui a entretenu le public sur « Le Gabon antique à l'origine de l'Egypte antique: L'oeuvre de Cheikh Anta Diop en sa vérité ».

April 13, 2006 | 8:13 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

Le coordonnateur du Crelaf,Wilfried Idiatha, assurant la modération des conférences.

April 13, 2006 | 8:01 AM Comments  0 comments

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e CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, la cérémonie en images.

Vue des étudiants, assistant aux conférences

April 13, 2006 | 7:51 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB, La cérémonie en Images

Le Sécrétaire Général, Désiré Clitandre Dzonteu ( en rouge ), assistant aux travaux.

April 13, 2006 | 7:45 AM Comments  0 comments

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Le CRELAF a Célébré Cheik Anta DIOP à l'UOB



Le 08 mars, pendant que le monde entier célébrait encore cette journée consacrée spécialement à la femme, journée qui accentue sans le nommer la disparité homme/femme, l'UOB à travers le département des littératures africaines, le Crelaf, l'ICAD, et le Cercle littéraire Quaestio célébrait Cheikh Anta Diop. Il s'agissait de la commémoration du 20ème anniversaire de sa disparition intervenue un 07 février de l'an 1986.

Placée sous le sceau du thème « Ce que commémorer veut dire », l'objectif des cete célébration, initiée par le Cercle de Réflexion des Etudiants en Littératures Africaines avait pour but, premièrement d'inviter les intellectuels, les étudiants, les hommes de culture, mais aussi le peuple sans exception à se souvenir de ces hommes qui ont contribué à redonner à la culture africaine déniée, au continent africain taxé d'ahistorique, son lustre d'antan.

Deuxièmement, les thèmes des conférences ont consisté à restituer aux étudiants d'une part la substance fondamentale des travaux de Cheikh Anta Diop, mais aussi, ils ont permis de restituer ces travaux et leur apport dans le développment des sciences sur le continent africain.

Dans ce sillage, le professeur Farafina Boussougou-Bou-Mbine, enseignant au département de droit et avocat à la Cour a amplement axé son propos sur « la réception académique de l' oeuvre de Cheikh Anta Diop », tout en montrant son importance et son apport pour la jeunesse universitaire gabonaise et africaine qu'il qualifie de consciente. Car, il est a noter que cette initiative fut celle des étudiants.

Ensuite le tour est venu à Ludovic Emane Obiang, théoricien littéraire, Chercheur, Enseignant à l'UOB, Directeur du Grilna-Ourika et Ecrivain d'entretenir l'assistance sur « Le Discours identitaire de Cheikh Anta Diop, l'Egypte et le matriarcat fondamental ». Il s'agissait pour lui de montrer que, même dans les travaux de Cheikh Anta Diop, la femme a toujours eu un rôle prépondérant dans la société africaine. Elle est très représentative en ce sens que nous avons bien des eu des reines telle que la reine Pokou de la Côte d'Ivoire en pays Baoulé qui, pour sauver son peuple jetta son seul et unique enfant au génie.

S'étant excusé pour un agenda trop surchagé, M. Renombo Steeve, enseignant, chercheur, Directeur de L'Institut Cheikh Anta Diop de Libreville n'a pu tenir sa conférence dont le thème était : «  Ce que commémorer veut dire: la dette de la différence ». Ce thème est d'ailleurs le géniteur du thème central de ces conférences qui entendaient inviter le peuple africain à se souvenir de ses grands hommes disparus.

Le plus attendu et le plus acclamé fut un « philégyptologue » enseignant du secondaire: Jean Bédel Mabika qui, lui a tenu à utiliser son talent pour débrouiller les travaux de Cheik Anta Diop afin de montrer la descendance égyptienne du peuple gabonais. Ce fut à travers ce thème très éloquent : «  le Gabon antique à l'origine de l'Egypte antique: l'oeuvre de Cheikh Anta diop en sa vérité ». Ses explications et ses lectures des hiéroglyphes ont permis surtout de juger la qualité et la pertinence du savoir de cet enseignant.
Cette journée fut réhaussée par la présence respective du premier consul de l'ambassade du Sénégal au Gabon, son excellence M. Aly Camara et de celui de l'attaché diplomatique de l'ambassade d'Egypte au Gabon son excellence M. Ahmed M. El Soukkary.

La journée s'est achevée sous un lot d'ovations et avec le cocktail préparé à cet effet.


Désiré Clitandre DZONTEU
Secrétaire Général du CRELAF

April 13, 2006 | 7:34 AM Comments  0 comments

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"Le chemin de la mémoire": 1998, Paris, L'Harmattan,Coll.encres noires, 238 p. (Okoumba-Nkoghé)

Resumé:



Dans son oeuvre, Le chemin de ma mémoire, Maurice Okoumba-Nkoghé nous présente Pepo,un brillant et jeune professeur de Mathématiques à l'Université de Pomi.

Depuis le départ de Lana, sa jeune fiancée allemande, Pepo est très instable; c'est pourquoi, ses parents décident de convoquer une réunion pour lui faire prendre femme. Un jour, au cours de ses promenades, Pepo fait la rencontre de Barbadji. Il éprouve une forme de pitié pour elle, mais celle-ci fait place bientôt, à de l'amour. Aussi, Pepo ne tardera-t-il pas à faire d'elle son épouse, malgré la réticence de ses qui ne comprenaient pas pourquoi Pépo s'obstinait à épouser une femme dont ils ne connaissaient les attitudes, les comportement et les origines.

Pepo croyait à l'amour idéal, mais ce n'était malheureusement pas le cas de Barbadji qui avaiot d'autres ambitions. Celle-ci ne tardera donc pas à rompre leur union pour s'en aller à d'autres aventures.

Perturbé par cette séparation, Pépo subira une initiation spirituelle par son grand-oncle Wani, qui lui sera très bénéfique. Il apprit à regarder le monde avec des yeux de l'esprit et réalisa enfin qu'il avait "vécu avec un hibou sans le savoir".

Plus tard, Pépo rencontrera la belle Tamariva avec qui il entretiendra une relation amicale pendant deux années. Face à cette entente entre les deux jeunes gens, la famille Pépo prendra l'iniative d'aller rencontrer les parents de la jeune femme afin de leur demander sa main. Or, cette démarche provoquera la colère de Tamariva qui n'entendait pas voir les gens comploter un mariage derrière son dos.

Après les explications de Pépo qui clama son innocence dans l'initiative prise par sa famille pour aller voir les parents de la jeune femme, ils décidèrent de fonder un foyer; ils vécurent heureux avec leurs deux enfants, Anriké leur fils et Sani le fils que Pépo eut avec Barbadji.



April 6, 2006 | 10:16 AM Comments  0 comments

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"Deux bébés et l'addition":2002, Paris, Le Serpent à plumes, 275 p. ( Bessora )

Résumé:



Myrtille est une jeune femme qui est sur le point d'accoucher . Sentant ses douleurs arriver, elle va à l'hôpital de Groseilles qui, malheureusement, est en grève. Mais son état ne laisse pas indifférent Yeno Anguilè, le narrateur de l'oeuvre, un homme devenu sage-femme parce qu'il voudrait selon ses dires, "changer le cours de l'histoire".

Toutefois, il s'avère que si Myrtille semble disposer à donner des enfants, tel n'est pas le cas de Waura, une jeune femme acariâtre et grognonne, soeur jumelle de Waura et épouse de Modeste Dieulafait dont elle est enceinte.

Convoitant, la scierie de leur grand-père, Waura désire avorter pour ne pas élever un enfant qui héritera de l'entreprise à sa place. Puis, s'ensuit une longue discussion autour du rôle de la femme dans le processus du renouvellement de la création . Waura est conquise.

Paru en 2002 à Paris, aux éditions Le Serpent à plumes, l'oeuvre de Bessora "Deux bébés et l'addition", relate de façon plaisante et avec humour, le ressentir des femmes avant et pendant l'accouchement. Mais c'est certainement aussi un véritable plaidoyer en faveur des sages-femmes dont le rôle demeure à tout jamais non négligeable : " (...) Et que renaisse notre profession (sage-femme) ! Renaître... On fait 70 % des accouchements, on a des responsabilités pénales, et après quatre ans d'études, dont deux de stages, on nous considère comme des Bac+2 . Comme de vulgaires BTS...La reconnaissance universitaire de notre diplôme est nécéssaire, de même qu'un statut véritablement médical . Et je ne parle pas de nos salaires..." ( p.116 ).





Wilfried Idiatha .


February 28, 2006 | 3:08 PM Comments  0 comments

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