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"Deux bébés et l'addition":2002, Paris, Le Serpent à plumes, 275 p. ( Bessora )

Résumé:



Myrtille est une jeune femme qui est sur le point d'accoucher . Sentant ses douleurs arriver, elle va à l'hôpital de Groseilles qui, malheureusement, est en grève. Mais son état ne laisse pas indifférent Yeno Anguilè, le narrateur de l'oeuvre, un homme devenu sage-femme parce qu'il voudrait selon ses dires, "changer le cours de l'histoire".

Toutefois, il s'avère que si Myrtille semble disposer à donner des enfants, tel n'est pas le cas de Waura, une jeune femme acariâtre et grognonne, soeur jumelle de Waura et épouse de Modeste Dieulafait dont elle est enceinte.

Convoitant, la scierie de leur grand-père, Waura désire avorter pour ne pas élever un enfant qui héritera de l'entreprise à sa place. Puis, s'ensuit une longue discussion autour du rôle de la femme dans le processus du renouvellement de la création . Waura est conquise.

Paru en 2002 à Paris, aux éditions Le Serpent à plumes, l'oeuvre de Bessora "Deux bébés et l'addition", relate de façon plaisante et avec humour, le ressentir des femmes avant et pendant l'accouchement. Mais c'est certainement aussi un véritable plaidoyer en faveur des sages-femmes dont le rôle demeure à tout jamais non négligeable : " (...) Et que renaisse notre profession (sage-femme) ! Renaître... On fait 70 % des accouchements, on a des responsabilités pénales, et après quatre ans d'études, dont deux de stages, on nous considère comme des Bac+2 . Comme de vulgaires BTS...La reconnaissance universitaire de notre diplôme est nécéssaire, de même qu'un statut véritablement médical . Et je ne parle pas de nos salaires..." ( p.116 ).





Wilfried Idiatha .


February 28, 2006 | 3:08 PM Comments  0 comments

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L'inscription de l'absurde dans le rivage des syrtes (Julien Gracq) et le désert des tartares ( Dino Buzzati )


NTRODUCTION


I - Quelques conceptions de l’absurde


I-1 : Jean-Paul Sartre

I-2 : Albert Camus

I-3: Samuel Beckett


II – L’absurde à travers l’espace et le temps dans les
deux œuvres


II-1 : A travers l’espace

II-2 : A travers le temps


III – L’absurde à travers le comportement des
personnages


III-1: Psychologie des personnages

III-2 : L’attente

III-3 : Le règlement militaire


CONCLUSION








INTRODUCTION

Dans sa conception originale, l’absurde est une notion
philosophique, un sentiment né du divorce entre
l’homme et le monde et le refus de toute espérance.
Dans cette perspective, l’absurde s’oppose à tout
système qui prétend révéler le sens ultime du réel que
peuvent-être les religions et les philosophies. Cette
notion loin d’être uniquement philosophique est aussi
observable en littérature : elle désigne le sentiment
que ressent l’homme confronté au no-sens du monde et
de son existence. Ce courant de pensée a des origines
anciennes. PASCAL à son temps évoquait déjà la misère
humaine, et en est ainsi de SCHOPENHAUER et KIERKEGARD
avant de se développer au 20èmes après la seconde
guerre mondiale.

Comment se manifeste alors l’absurde dans Le Désert
des Tartares de Dino BUZZATI et Le Rivage des Syrtes
de Julien GRACQ ?

Nous ne saurons parler de l’absurde sans évoquer au
préalable la conception de quelques auteurs. Ensuite,
nous verrons les manifestations de l’absurde à travers
l’espace et le temps. Et enfin à travers le
comportement des personnages dans les œuvres soumises
à notre étude.


I - QUELQUES CONCEPTIONS DE L’ABSURDE

I.1 Jean-Paul SARTRE

Dès La Nausée (1938), se profilent les thèmes
fondateurs de la philosophie sartrienne : l’un après
l’autre, les mythes rassurants qui cachaient
l’absurdité fondamentale de l’existence s’effondrent.
L’aventure est une illusion, les instants de bonheur
n’existent pas. Dans cette perspective, Antoine
Roquentin, le héros sartrien, fait l’apprentissage
difficile de l’existence. Il découvre avec effroi que
celle-ci se dévoile horrible, gluante, pâteuse et cela
lui donne la nausée qui est le titre évocateur du
roman.

A travers donc le personnage de ROQUENTIN, l’homme
découvre malgré lui que tout change au tout de lui, qu
doit-il faire ? Doit-il rester insensible face à ces
changements ?

SARTRE préconise donc « l’existentialisme » qui est
un « humanisme ». En effet, l’existentialisme est une
doctrine philosophique qui s’interroge sur la notion
d’être à partir de l’existence vécue par l’homme et
l’humanisme est la position philosophique qui met
l’homme et les valeurs humaines au-dessus des autres
valeurs.

Il apparaît clairement chez SARTRE que le sentiment
de l’absurde est au cœur de l’expérience
existentielle. Mais qu’en est-il chez CAMUS ?


I.2 Albert CAMUS

D’abord proche des existentialistes, il s’en sépare
après la guerre et devient le seul chantre de la
philosophe de l’absurde. Pour lui : « L’Absurde naît
de cette confrontation entre l’appel humain et le
silence déraisonnable du monde ». Cette conception
camusienne se vérifie dans L’Etranger (1942), qui est
la plus connue et la plus étudiée de ses œuvres et qui
reste aussi la plus énigmatique. En effet, par de-là
les questions toujours ouvertes qu’il pose, ce livre
doit peut-être son pouvoir de fascination au sentiment
de tragédie qui s’en dégage : l’incessant recherche de
sens qui se dérobe toujours. L’opposition structurelle
entre la conscience et l’univers social, la certitude
chez MEURSAULT d’une totale innocence liée à un désir
de lucidité, l’omniprésence de bout en bout de la mort
et du châtiment, font de L’Etranger une « cérémonie »
tragique avec Dieu absent.

L’expérience de l’absurde conduit à une double
défaite de la sensibilité et de l’intelligence.
Cependant, dès Le Mythe de Sisyphe, Camus en tire la
leçon d’une vigueur nécessaire qui exalte en retour
l’existence, par la triple conquête de la révolte, de
la liberté et de la passion. C’est que contrairement à
SARTRE de La Nausée, CAMUS est toujours resté celui
qui consent ingénument à s’émerveiller du monde, celui
pour qui l’absurde conserve son envers d’enchantement.
De ce fait, si pour Roquentin la nausée est un défi
lancé à l’intelligence, poussant celle-ci à
reconquérir ses droits, l’absurde est pour Meursault
ce qui permet d’en appréhender les limites, et invite
à une salutaire modestie intellectuelle : la haine du
monde pouvait conduire SARTRE à élaborer une
philosophie fut-ce celle de la liberté, l’amour des
biens terrestres empêchait CAMUS de donner une telle
légitimité à l’intelligence.



I.3 Samuel BECKETT (1906-1989)

Contrairement à Jean-Paul SARTRE et Albert CAMUS qui
peignent l’absurde à travers le genre romanesque,
Samuel BECKETT , lui, l’illustre dans le théâtre dit «
de l’absurde ».

L’appellation « théâtre de l’absurde » a été
construite en référence au courant philosophique de
même nom et par distinction d’avec d ‘autres courants
dramaturgiques. Il se trouve en porte-à-faux à l’égard
du théâtre engagé de l’Après-Guerre qui pose un regard
critique sur la société.

Chez BECKETT, le monde se transforme en une
formidable machine à broyer l’individu. Dans En
Attendant Godot (1953), ce constat est d’autant plus
palpable qu’il met en jeu les thèmes tels que : le
sentiment d’étrangeté, le vieillissement, l’échec, la
présence de la mort, l’incommunicabilité des êtres, la
parole insensée. Ses personnages semblent n’avoir
d’autres issues que d’être là : deux clochards,
Estragon et Vladimir, attendent un certain Godot.
Pourquoi ? Ils ne le savent pas. Qui il est ? Ils
l’ignorent… Ils restent donc là, pris entre la
tendresse et la répulsion, dérisoires pantins d’un
cirque vide : pour tout décor, un seul arbre décharné.
Et le temps n’en finit pas de finir. Ils parlent de ce
Godot absent, dans une étrange bouillie verbale qui
ressasse tout en échos. En même temps ils évoquent
leur misère par petites formules sans rien dramatiser
. Peut-être Godot viendra-t-il demain ? Peut-être,
mais le lendemain, toujours rien.





II - L’ABSURDE A TRAVERS L’ESPACE ET LE TEMPS DANS LES
DEUX ŒUVRES


II.1 A travers l’espace

Dans les deux romans qui nous occupent, on distingue
deux catégories d’espace. Il y a l’espace physique tel
qu’il apparaît géographiquement, et un espace qualité,
c’est-à-dire la perception ou le sentiment que l’on a
de cet espace physique. On parlerait alors de l’espace
topographique pour l’espace physique et de l’espace
topologique pour l’espace qualité.

Il existe donc dans les deux romans une démarcation
entre l ‘espace topographique et l’espace topologique.
Le premier est chargé d’une valeur négative ; cet
espace apparaît rebutant et hostile à nos deux héros.
Au contraire le second est chargé d’une valeur
positive. C’est un espace qui fascine, qui charme pour
ainsi dire.

Les deux héros ont le pressentiment que malgré le
caractère inhospitalier de l’espace où ils se meuvent
respectivement, ces endroits sont le lieu où ils
doivent découvrir l’essentiel de leur vie.

Le Fort et l’Amirauté définissent respectivement le
cadre spatial du Désert des Tartares et du Rivage des
Syrtes. L’un et l’autre espace inspirent d’abord un
sentiment de répulsion. Pour Drogo, héros du Désert
des Tartares de Dino BUZZATI, jeune homme ayant fait
une brillante formation militaire au sortir de
laquelle il est officier, son affectation au Fort est
perçu comme une punition. Cela se justifie d’ailleurs
dans ces propos du capitaine Ortiz : « Jadis aller au
Fort Bastiani était un honneur ; maintenant on dirait
presque que c’est une punition. » (p21). Il est donc
absurde de constater qu’un jeune homme qui vient à
peine de terminer des études brillantes et qui devrait
jouir des plaisirs de la vie soit affecté dans un lieu
semblable à une prison. En effet : « Il considérait
d’un regard fixe les sombres murailles, les parcourant
lentement des yeux, sans parvenir à en déchiffrer le
sens. Il pensa à une prison… »(p23). Ceci donne
l’impression que Drogo se voit entrer dans une
nouvelle vie, loin de celle qu’il a mené en ville. Le
rapprochement que l’on peut faire entre le Fort et une
prison livre par conséquent une des images de la vie
au Fort, une vie au paysage monotone et sans intérêt.
La première nuit de Drogo dans sa chambre ressemble à
celle d’un incarcéré dans sa cellule : « … Dans cette
chambre, sur ce lit solitaire devait se consumer sa
jeunesse. » (p39). Les bruits fins, les incommodités
auxquels Drogo va pouvoir s’habituer durant le temps
de son casernement.

Aldo de sont côté va vivre un curieux destin qui va
l’amené dans un lieu hostile : l’Amirauté. Celle-ci
est reculée d’Orsena. C’est un endroit inhospitalier
comme le dit Fabrizio : « N’importe quoi vaut mieux
que ce trou perdu. »(p39). Il s’avère sans doute que
cette inhospitalité est liée au relief, au manque de
loisir. Cette région est quasiment un désert
sablonneux ici et marécageux là. Comment comprendre
qu’un endroit aussi hostile puisse servir de réconfort
à Aldo, héros du Rivage des Syrtes qui vient de subir
un chagrin d’amour ? En effet, à la suite d’une
déception amoureuse, Aldo prie son gouvernement de lui
accorder la faveur d’une affectation lointaine et
cette affectation le conduit à l’Amirauté. C’est un
environnement qui vit de manière renfermé sur
lui-même, coupé de toute communication avec le monde.
C’est un espace de peine : « l’Amirauté est une sorte
de purgatoire où l’on expie quelques fautes de service
pendant des années d’ennuies interminables. » (p11).
En dépit de son caractère carcéral, l’Amirauté exerce
un charme sur certains de ceux qui l’habitent. Déjà
Aldo « trouve un charme à cette vie retranchée » (p28)

Toutes proportions gardées, l’Amirauté dans Le Rivage
des Syrtes est comme le Fort dans Le désert des
Tartares, il apparaît comme une région sans vie, sans
grâce, un endroit hostile et inhospitalier. Pourtant
l’Amirauté et le Fort représentent le point d’un
magnétisme particulier.


II.2 A travers le temps

Le temps est l’ensemble des valeurs que l’on peut
assigner aux éléments qui caractérisent l’état de
l’atmosphère (pression, température, insolation,
humidité…) C’est un état passager. Dans le cadre de
notre analyse nous nous intéresserons essentiellement
au temps vécu.

Ainsi, dans le temps vécu existe-t-il une frontière
entre le temps qui s’écoule indépendamment de la
volonté des personnages et conduit à la mort, et la
perception que ces derniers en ont. On pourra appeler
le premier le temps « objectif » et le second le temps
« subjectif ». Dans les deux œuvres, le temps dit «
subjectif » est apprécié positivement, il est source
de fascination et de charme.

Dans Le Désert des Tartares, ce temps fascine parce
qu’il est comme figé, suspendu, immobile. Il apparaît
comme un temps sans limite dont on peut user à son gré
l’attitude du maître tailleur Prosdocimo qui après
avoir passé quinze années au Fort continue de
proclamer qu’il n’est là que provisoirement : « Drogo
s’assit, se préparant à attendre. Les trois apprentis,
une fois le patron parti, avaient interrompu leur
travail. Le petit vieux leva finalement les yeux de
sur ses paperasses, se mit debout et s’approcha en
boitant de Giovanni : vous l’avez entendu, lui
demanda-t-il avec un accent bizarre, faisant d’un
geste allusion au tailleur qui venait de sortir. Vous
l’avez entendu ? Savez-vous mon lieutenant depuis
combien d’années il est au Fort ? Non, je ne le sais
pas. Quinze ans mon lieutenant, quinze maudites années
et il continue de repeter l’histoire habituelle : je
ne suis là que provisoirement, d’un jour à l’autre… »
(p57)

A l’instar du Désert des Tartares, le temps dans Le
Rivage des Syrtes est caractéristique de la torpeur
qui englue hommes et choses à l’Amirauté ; c’est un
temps qui semble statique. Mais progressivement
jusqu’à la violation des eaux territoriales du
Farghestan par Aldo on va assister à un éveil «
lugubre » et « mécanique » de ce temps arrêté : « Mais
le visage maintenant vivait terriblement, une espèce
d’éveil lugubre et mécanique, où l’esprit ne connaît
aucune part, où les traits revenaient étrangement,
involontairement contractiles dans leur immobilité
tendue de plantes sensitives, comme s’ils n’eussent
plus servi qu’à amplifier, qu’à renforcer les
vibrations exacerbées de l’ouïe. » (p121) C’est ainsi
qu’on pourra entendre « le battement d’une pendule
perceptible qui griffait à coups légers ce silence. »
(p310)

Le temps qui prévaut à l’Amirauté après la croisière
d’Aldo renonce à l’immobilisme. C’est donc un temps
dynamique, synonyme de vie c’est en cela qu’il est
fascinant.

Contrairement au temps subjectif, le temps objectif
c’est-à-dire celui qui coule indépendamment de la
volonté humaine est apprécié négativement.

Dans Le Désert des Tartares celui-ci est fluide et
conduit infailliblement à la mort. Dans le roman de
BUZZATI, l’action et le passage du temps sont
explicitement par des fréquentes allusions à tout ce
qui scande objectivement le temps en dehors de la
signification que celui-ci peut avoir pour l’homme :
pendules, horloges, déplacement des aiguilles… La
première vision du Fort évoque une pendule dont les
soldats seraient les éléments : « Tel le mouvement
d’une pendule, ils scandaient le cours du temps sans
rompre l’enchantement de cette solitude qui semblait
infinie .» (p22)

Ce rapprochement entre l’instrument qui mesure le
temps et les sentinelles est repeté tout au long du
roman : « Il y avait aussi une horloge qui marquait
deux heures et sur la dernière terrasse, une
sentinelle qui marchait de long en large, le fusil sur
l’épaule. » (p27) Et bien des années plus tard : «
Une horloge sonna quelques coups. A l’extrême droite
la sentinelle eût dû lancer maintenant son cri
nocturne de soldat en soldat… » (p187)

Au fur et à mesure que les années passent et que
l’attente change de sens (l’attente de la gloire
devient l’attente de la mort), Drogo perçoit le
mouvement de plus en plus rapide des aiguilles : « sa
confiance commençait à se lasser et son impatience
croissait, et, tout le temps, il entendait l’horloge
qui sonnait des coups de plus en plus rapprochés .»
(p201)

Alors que dans Le Désert des Tartares le temps
objectif est fluide et conduit infailliblement à la
mort, celui-ci semble être figé dans Le Rivage des
Syrtes : « à l’atmosphère de délaissement presque
accablante », qui caractérise l’Amirauté, correspond
un temps sans arrêt, du moins pour Aldo : « un temps
qu’au lieu de se dévorer, semblait ici se décanter et
s’épaissir comme la lie d’un vin vieux. » (p300)

La suspension du temps semble avoir pour but de
maintenir Orsena dans un sempiternel présent, sans
communication avec son passé ni son futur, ni encore
moins avec l’extérieur : « L’Amirauté et puis la mer
(vide) , et puis rien… hier, et puis aujourd’hui, et
puis ce soir… et puis rien » (p267) Ce qui donne ainsi
l’impression que le temps est suspendu à l’Amirauté
c’est la monotonie et la routine qui caractérisent la
vie des marins.

A la lumière de ce qui précède, il apparaît
clairement que l’espace et le temps participent de
l’absurdité dans Le Désert des Tartares et dans Le
Rivage des Syrtes.

L’espace malgré son caractère hostile et
inhospitalier suscite tout de même la fascination. Le
temps quant à lui est perçu négativement dans l’œuvre
de Dino BUZZATI alors que dans Le Rivage des Syrtes il
apparaît positivement après la transgression de
l’interdit.


III - L’ABSURDE A TRAVERS LE COMPORTEMENT DES
PERSONNAGES

III.1 La psychologie des personnages

La psychologie est l’ensemble des manières de penser,
des sentiments, des états de conscience ; l’analyse de
ces sentiments.

Dans Le Désert des Tartares, les personnages brillent
par leur caractère insensé, étrange. Le cas le plus
frappant est celui de Drogo, le héros du roman. En
effet, le comportement absurde de celui-ci se
manifeste à travers plusieurs domaines. D’abord sur le
plan professionnel : Drogo donne l’impression que sa
venue dans le camps militaire n’est que le fruit du
hasard : « Pensant aux journées lugubres de l’académie
militaire, il se rappela les tristes soirées d’étude
où il entendait passer dans la rue des gens libres que
l’on pouvait croire heureux… » (p07) Ces propos
montrent que Drogo s’ennuyait à l’académie, pour lui
être à l’académie signifiait être en malheur ; donc un
curieux destin l’a amené à faire carrière dans
l’armée.

Ensuite, sur le plan social Drogo apparaît comme
totalement étranger dans son cadre familial. Ainsi,
après quatre années passées au Fort il revient dans sa
famille mais il trouve que celle-ci n’a pas une
importance à ses yeux : « Tandis que, assis au salon,
il essayait de répondre à toutes les questions qu’on
lui posait, il sentait sa joie se transformer en une
tristesse désabusée. » (p155) En effet, Drogo était
triste parce qu’il ne trouvait pas une joie dans sa
famille, tout lui semblait indifférent.

Enfin, Drogo nous présente les caractères d’un être
inhumain, insensible en amour : son indifférence face
à Maria sa petite ami qui pourtant semble heureuse de
le retrouver après plusieurs années d’absence : « Oh !
Tu me dis ça parce que tu me trouves enlaidie. Dis-moi
la vérité ! », « laide, oui, je te trouve laide .»
(p160-161) Cela montre que Drogo après ces longues
années de séparation arrive encore à déprécier Maria.
Il trouve que cette dernière n’a plus de qualités
positives, elle est laide. C’est étrange de constater
qu’une fille avec qui on a entretenu une relation
sentimentale devienne tout à coup laide après quelques
années de séparation. Cela montre que Drogo n’est plus
habité par le sentiment humain.

Tout cela démontre que Drogo est un personnage
absurde. Cette caractéristique s’apparente à celle de
Meursault, le héros de L’Etranger d’Albert CAMUS. En
effet, Drogo et Meursault sont étroitement liés.
D’abord par la sonorité de leurs noms. Puis sur le
plan professionnel : tout comme Drogo, Meursault donne
l’impression que son travail est un forçat d’où la
relation conflictuelle avec son patron : « En me
réveillant, j’ai compris pourquoi mon patron avait
l’air mécontent quand je lui ai demandé mes deux jours
de congé… Mon patron, tout naturellement à penser que
j’aurais quatre jours de vacances avec mon dimanche et
cela ne pouvait pas lui faire plaisir. » (p33) Ensuite
sur le plan social Meursault tout comme Drogo
n’entretient pas de bons rapports avec sa famille. A
la suite de la mort de sa mère qui est sensée être
l’être le plus cher que l’on a, Meursault trouve le
moyen d’aller à la plage, au cinéma, tout se déroule
normalement. Enfin sur le plan sentimental Meursault
manifeste de l’indifférence vis-à-vis de Marie tel que
le montre ces propos : « Un moment après, elle m’a
demandé si je l’aimais. Je lui ai répondu que cela ne
voulait rien dire mais qu’il me semblait que non. »
(p55)

Au regard de ce qui précède, on remarque que Drogo se
signale par son attitude absurde qui fait penser à
celle de Meursault dans L’Etranger d’Albert CAMUS.

Un autre personnage qui se singularise par
l’absurdité de son caractère dans Le Désert des
Tartares, est Angustina. Celui-ci fait office de
lieutenant au Fort Bastiani. C’est ainsi qu’un jour il
devait faire une expédition dans les montagnes avec le
capitaine Monti à la tête d’un groupe de soldats. Mais
Angustina s’entête à porter les bottes, alors qu’on
l’a averti du danger que cela représente lors des
promenades en montagnes : « Il marchait depuis une
demi heure quand le capitaine dit : vous allez avoir
du mal à marcher avec ces machines-là et il montrait
du doigt les bottes d’Angustina. Maintenant il est
trop tard mon capitaine, répondit Angustina. » Il va
par la suite mourir de façon étrange pour n’avoir su
supporter la marche avec les bottes et surtout sur la
neige : « Trois mots et la tête d’Angustina retomba en
avant, abandonnée à elle-même » (p42)

A la différence du Désert des Tartares où le destin
fixe de façon irrévocable le cours des évènements et
afflige l’homme de sa toute puissance, dans Le Rivage
des Syrtes au contraire, il n y a pas de place pour le
destin et la fatalité.

En quittant Orsenna pour l’Amirauté, Aldo sait que «
ce poste perdu » est une « frontière » entre l’état
d’Orsenna et celui du Farghestan . Aussi est-il
interdit de franchir la frontière.

Aldo enfreint gravement les règlements de la
seigneurie qu’en tant qu’observateur il était pourtant
chargé de faire respecter.

D’abord, il viole la chambre des cartes à plusieurs
reprises, il s’y est retrouvé sans en obtenir
l’autorisation : « un soir (…) j’allais quitter la
pièce après une visite plus longue qu’à l’accoutumée »
(p45) .Peu après, il affirme : « Marino connaissait
mes fréquentes visites à la chambre des cartes, et il
les désapprouvait secrêtement » (p34). Dans la chambre
des cartes, Aldo est frappé par la bannière de saint
Jude, l’emblème d’Orsenna qui avait flotté sur la
poupe de la galère amirale lors des combats du
Farghestan. Il examine aussi avec curiosité les cartes
de la mer des Syrtes. Il a alors le sentiment de se
trouver aux avant-postes, face à des territoires
sauvages et inconnus, aux noms étranges, frappés d’un
interdit magique. L’irruption dans la chambre des
cartes et les découvertes qu’il y fait, mettent en
branle les rêves de guerre et d’aventure d’Aldo. Il
scrute inlassablement la mer dans l’attente d’un
signal. Et voici que dans la torpeur mécanique du
quotidien vient surgir à l’improviste l’apparition
dérangeante : au bord de la mer, Aldo aperçoit dans la
nuit « au travers des flaques de lune, l’ombre à peine
distincte d’un petit bâtiment (...) Celui-ci piqua
vers le large et se perdit bientôt à l’horizon .»
(p41) Aldo est persuadé qu’il s’agit d’une incursion
de la part du Farghestan, ce pays hostile qui prend de
plus en plus d’importance dans ses rêveries et ses
préoccupations. De toute façon, pour Aldo, « il y
avait là quelque chose qui n’était plus dans l’ordre.»
Aussi décide-t-il de désobéir aux ordres de Marino. Au
moment où il viole les eaux territoriales du
Farghestan, ce dernier se trouve en ville : « Il
m’avertissait en me remettant la charge de l’Amirauté
qu’il avait donné des ordres pour une patrouille de
nuit. » (p182) Aldo veut profiter de l’occasion pour
franchir la ligne-frontière et aller le plus loin
possible vers le Farghestan. « Ce qui me restait à
faire, je l’accomplirais maintenant. » (p217),
dira-t-il. Arrive à proximité de la côte de Rhages, au
cœur du territoire ennemi et fonce sur le Tangri.


En laissant la violation de l’interdit impuni, sans
doute que GRACQ voulait signifier que l’homme est
responsable de ses actes, de sa vie. En ce sens, il
adhère à la notion de liberté telle que la conçoit
SARTRE. Par les actes qu’il pose, l’homme forge
lui-même son destin et marque de son empreinte
l’histoire mais ne la subit point.

Maremma que l’on surnomme ironiquement « la Venise
des Syrtes » (p82) « est une ville morte, une main
refermée, crispée sur ses souvenirs, une main ridée et
lépreuse, bossuée par les croûtes et les pustules de
ses entrepôts effondrés et de ses places mangées par
le chiendent et l’ortie » (p83). « Elle n’est pas très
saine » (p92)

Mais quel appel attirait Vanessa vers ce repaire de «
vases noises » ? En effet, on se demande bien ce
qu’une fille aussi belle et aussi riche que Vanessa
Aldobrandi est venue faire à Maremma, une ville
sinistre. « Et je pense que Marino se demande comme
moi ce que tu es venue au juste y faire », dira Aldo à
Vanessa à la page 101.

Il sera difficile à Vanessa de satisfaire la
curiosité d’Aldo et de Marino car elle-même ignore ce
qu’elle est venue y faire comme l’atteste sa réponse à
la page 101 : « Ce que je suis venue y faire ? Mais
rien (…) je suis restée plus longtemps que je ne le
pensais c’est tout.»

Cependant elle est persuadée que quelque chose doit
arriver à Maremma : « Les choses ne peuvent plus
durer » (p101), car « les équipages d’Orsenna ne sont
pas voués de toute éternité au sarclage des pommes de
terre » (p204).

Tout en sachant que la violation de l’interdit
pourrait provoquer une reprise des hostilités entre
les deux peuples, Vanessa utilisera tout de même à ses
fins l’envoûtement amoureux qu’elle exerce sur Aldo
pour l’amener à franchir les eaux côtières du
Farghestan. En effet, Vanessa est la principale
inspiratrice de l’équilibre dont Marino est le garant.
Les amours de Vanessa et d’Aldo sont liés au
Farghestan. L’excursion à l’île Vezzano constitue une
étape vers la transgression finale. Cette excursion
permet à Aldo de quitter l’espace confiné, immobile de
l’Amirauté, pour gagner furtivement un avant poste
d’observation, où l’on dirait que nul, depuis des
éternités, n’a osé s’aventurer aussi profondément.
Certes, ce n’est pas encore le viol décisif de
l’interdit, mais Aldo sait déjà ce qu’il y a lieu de
faire : « Ce qu’il t’es donné à présent de faire, toi
aussi tu le sais maintenant. » Avant de pousser Aldo
vers l’aventure qui déclenchera l’irréparable, elle
offre à celui-ci une nuit qui est comme leur première
nuit d’amour : « Cette nuit-là, dit Aldo, je ne me
rendormit pas et je la passai tout entière dans le
trouble et la terrible exaltation nerveuse d’une
première nuit d’amour. » (p167-168)


III.2 L’attente

L’attente désigne le fait de rester dans un lieu
jusqu’à l’arrivée de quelqu’un ou de quelque chose ;
temps qui s’écoule ainsi indépendamment de ce qui
arrive ou n’arrive pas.

L’attente est le thème central des deux œuvres. En
effet, dans Le Désert des Tartares l’attente de la
guerre est la seule raison d’être des officiers et
soldats du Fort Bastiani. La guerre peut éclater tôt
ou tard, ou peut ne pas éclater. « Officiers et
soldats respiraient à fond l’air matinal pour sentir
eux-mêmes leur jeune vie. Les artilleurs se mirent à
préparer les canons, échangeant les plaisanteries, ils
s’afféraient autour d’eux comme autour des bêtes qu’il
eût fallu calmer ; et ils regardèrent avec une
certaine appréhension : peut-être qu’après tant de
temps les pièces n’étaient plus bonnes pour tirer,
peut-être que, dans le passé, le nettoyage n’avait pas
été fait avec assez de soins, et il fallait en un
certain sens remédier à cela, car sous peu tout allait
se décider. » (p114)

Les personnages du Fort n’ont ni passé, ni présent :
ils se projettent plutôt dans l’avenir, obnubilé par
l’espoir de voir arriver les Tartares. C’est l’espoir
de ce fut hypothétique qui les rend aveugle au passage
du temps : « Cela fait plus de trente ans que je suis
ici à attendre (…) trente ans, c’est quelque chose, et
tout ça pour attendre l’ennemi. » (p228)

Comme dans Le Désert des Tartares , l’attente est la
principale motivation dans Le Rivage des Syrtes. En
effet, ils sont persuadés que « quelque chose doit
arriver ». Cependant cette attente n’est qu’éphémère
car les personnages vont rompre avec elle en allant
provoquer la guerre.

A la lumière de ce qui précède il apparaît que
l’attente telle qu’elle se manifeste dans ces deux
œuvres s’identifie à la conception beckettienne de
l’absurde. Si l’attente peut être considérée comme
l’une des figures essentielles de l’œuvre de BECKETT
c’est peut-être parce qu’elle est le mode de
révélation de l’existence. Dans cet univers figé,
statique, l’homme se découvre témoin de son propre
effacement, il ne se connaît que pour constater qu’il
n’est rien. Il n’attend pas parce que quelque chose
arrive, il attend parce qu’ il attend ; c’est cela
l’absurde beckettien .

III.3 : Le règlement militaire

L’armée représente l’ensemble des forces militaires
d’un état. Elle a pour principale mission de veiller à
la sécurité et à l’intégrité territoriale d’un pays
considéré. Pour arriver à remplir cette lourde mission
elle dispose d’un ensemble de lois et de commandements
applicables à tous les éléments du groupe qui
régissent les rapports entre eux. Cet ensemble de lois
et de commandements, autrement appelés règlement
militaire, vise entre autres à assurer la discipline
au sein du groupe et à créer l’esprit de corps
indispensable à la bonne marche de l’institution.

Dans Le Désert des Tartares et Le Rivage des Syrtes,
cet ensemble de règlements revêt un caractère absurde.

En ce qui concerne l’œuvre de BUZZATI « le
formalisme militaire semblait avoir créer un
chef-d’œuvre insensé ». En effet, Tronk apparaît comme
le spécialiste des règlements, il semble trouver dans
le respect minutieux et intransigeant du règlement un
bonheur ineffable. Au cours d’une discussion avec
Drogo, il explique à celui-ci les dispositions du
règlement jusque dans les moindres détails avec une
aisance ahurissante, comme un élève réciterait une
leçon bien apprise : « Jadis à la nouvelle redoute, la
relève s’effectuait deux heures avant celle du Fort.
Et toujours de jour, même en hiver et puis le système
de mots de passe était simplifié (…) mais ensuite, ils
ont eu peur, il est imprudent de laisser en
circulation, hors des limites du Fort, tant de soldats
qui connaissent le mot de passe. On ne sait jamais,
disaient-ils, il est plus facile qu’un soldat sur
cinquante trahisse qu’un seul officier (…) alors ils
se sont dit il vaut mieux que le commandant soit le
seul à connaître le mot de passe. » (p43) C’est ainsi
que Lazzari sera victime de ce règlement absurde. Il
n’a nullement l’intention de pénétrer dans le Fort
sans prononcer le mot de passe. Une circonstance
néfaste l’amène à regagner le Fort avec un peu de
retard. Mais au moment de le réintégrer, il se rend
compte qu’il ignore le mot de passe. Il fut incapable
de répondre à la question « Qui vive ?» posée
rituellement à trois reprises. Le fait que la
sentinelle soit le « copain » de Lazzari ne l’empêcha
pas de respecter le règlement sous le regard sévère de
Tronk : il l’envoya « ad partres ».

En outre on a des lois si scrupuleuses au Fort qu’il
est encore interdit de chanter ou de parler pendant le
service : « parler et, ce qui était pire, chanter
pendant le service était sévèrement.»

Contrairement au Fort Bastiani, où le règlement est
drastique, ferme, l’Amirauté se caractérise par un
règlement assez souple. Les personnages y jouissent
d’une certaine liberté. Ils sortent parfois de
l’Amirauté pour des réjouissances : « Je vivais sans
règle » (p28), « Nous pêchions au harpon les gros
poissons qui se hasardent dans les lagunes, nous
forcions un lièvre au galop de nos chevaux sur les
espaces dénudés de la steppe (…) quelques fois nous
étions conviés dans une jeune ferme voisine, c’était
là l’occasion de grandes fêtes.» (p29)

Nous remarquons la perméabilité de l’Amirauté qui
contraste avec l’image d’une base militaire digne de
ce nom. Cela est d’ailleurs confirmé par les propos de
Vanessa : « On ne peut pas dire que l’Amirauté soit
excessivement gardée.» (p77)

Par ailleurs, la transgression de l’interdit par Aldo
n’est pas suivie d’une sanction. Au contraire, rappelé
à la ville pour s’expliquer avec le vieux Danielo, il
bénéficie d’une surprenante immunité. Au cours d’une
conversation avec le vieux Danielo, celui-ci avoue
qu’il l’a secrètement amené à commettre l’acte qui
devait précipiter le changement : « Je t’ai suivi de
loin, Aldo. Je savais ce que tu avais en tête, et que
seulement lâché la bride était suffisant. Il y avait
devant moi cet acte (pas même un acte, à peine une
permission, un acquiescement) et tout le possible à
travers s’écoulant en avalanche, tout ce qui fait que
le monde sera moins plein, si je ne le fais pas. A
jamais moins plein si je ne le fais pas. Et derrière
il n’y avait rien : le repos de momie, ce vague
fantôme… » (p311)


CONCLUSION

En définitive, l’étude de la notion d’absurde dans
ces deux oeuvres semble nous révéler que Dino BUZZATI
et Julien GRACQ ont voulu mettre leurs personnages
dans les mêmes conditions d’existence. Ces conditions
sont représentées par le Fort Bastiani dans Le Désert
des Tartares et l’Amirauté dans Le Rivage des Syrtes.
Ces deux milieux participent de l’absurde en ce sens
qu’ils sont à la fois hostiles et fascinants pour les
personnages. Par ailleurs, il y a entre autres points
de similitude le thème de l’attente. Il s’agit pour
nos deux auteurs de montrer comment l’attente d’une
guerre utopique constitue un non-sens. Cette attitude
s’apparente à la conception beckettienne de l’absurde.


Toutefois, à travers la psychologie des personnages
on peut noter des nombreux écarts entre Dino BUZZATI
et Julien GRACQ. On remarque que le personnage
buzzatien est absurde parce qu’il est mû par des
forces qui lui sont supérieures. La situation de
l’homme dans le monde est particulièrement
affligeante. C’est à peine si celui-ci peut décider de
son avenir car il est victime de l’arbitraire du
destin. Rejoignant ainsi la conception camusienne de
l’absurde.

A l’inverse, chez Julien GRACQ, nous relevons la
capacité des personnages à prendre en charge leur
destin. Ici c’est l’homme qui est au centre de tout,
c’est lui qui est à l’origine de sa rupture. L’homme
marque de son empreinte les actes qu’il pose, que
ceux-ci lui soient préjudiciables ou non. Il fait ce
qu’il désire, cela est confirmé par Aldo. L’absurde
vient du fait qu’il est un anti-conformiste, et, ne se
soumettant pas à l’ordre social, il n’est pas puni.
Cela semble rejoindre le point de vue de SARTRE sur la
condition d’existence de l’homme.

A travers ces deux œuvres, ne pouvons-nous pas lire
en filigrane le prolongement de la querelle
SARTRE/CAMUS au sujet du déterminisme ?




February 24, 2006 | 12:44 PM Comments  0 comments

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Lire "Attérissage" de Kangni Alem



Par:Paterne ETSELLAH;Ghislain MOUBAGOU GOLOU & Patricia MENGUE M'OYONE,3 ème Année Littératures Africaines, juin 2005.




PLAN

INTRODUCTION

I.CONDITION DE GERMINATION DE L’ŒUVRE

I.1.Contexte politique

I.2.Contexte socio-économique

I.3.Contexte culturel


II.PRESENTATION DE L’ŒUVRE

II.1.Les personnages

II.2.Les mouvements de l’œuvre

II.3.Les thèmes et le message du dramaturge


III.STYLE DE KANGNI ALEM

III.1.La tonalité

III.2.Le langage

III.3.La structure narrative


CONCLUSION







INTRODUCTION

Né au Togo en 1966, Kangni Alem fait partie de la
nouvelle génération d’écrivains africains au sein de
laquelle brillent Calixthe Béyala, Kossi Efoui,
Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Alain Mabanckou, etc.
Docteur en littérature comparée, il excelle dans le
genre théatrale dont les œuvres majeures sont : Chemin
de croix1, La Saga des rois2, Nuit de cristal3, et
Atterrissage4.

Dans cette dernière œuvre, le dramaturge aborde la
question de l’immigration qui nourrit encore
l’actualité. Chaque année, de nombreux africains sont
surpris au seuil l’eldorado européen car n’ayant pas
de papiers nécessaires.

C’est ainsi que, pour mieux comprendre cette œuvre,
notre démarche consiste à ressortir tour à tour, le
contexte de création de la pièce, son fonctionnement
interne et enfin le style de l’auteur.



I.CONTEXTE DE CREATION

Selon le sociocritique Claude Duchet : « la nature
profonde d’un texte littéraire ou sa vocation est de
reproduire le réel »5 Atterrissage de Kangni Alem
n’entend pas déroger à la règle. En effet, l’auteur
s’inspire d’un fait divers survenu le 2 août 1999 à
Bruxelles : deux adolescents de nationalité guinéenne
sont trouvés morts dans le train d’atterrissage d’un
avion de la Sabena. Le dramaturge profite également de
cette œuvre pour dénoncer l’optimisme qui anime les
jeunes africain à tel enseigne qu’ils se rendent
illégalement en Europe dans l’espoir d’y trouver le
bonheur.

Ce phénomène prend de plus en plus de l’ampleur si
bien que nous sommes conduits à nous poser la question
suivante : quels sont les raisons qui poussent ces
jeunes à l’exil ?


I.1.Le contexte politique

Les indépendances ont longtemps été souhaitées par les
écrivains africains notamment ceux de la négritude
(Senghor, Césaire, Damas, etc.). Au « soleil des
indépendances », une nouvelle thématique que Jacques
Chevrier appelle « l’ère du désenchantement »6 voit le
jour. Elle est la conséquence d’une dictature acerbe
exercée par les dirigeants noirs. Ces derniers
manifestent leur suprématie en commettant des crimes
atroces et des abus en tout genre.

Sur le plan littéraire, ces dictatures sont dénoncées
sur le ton de la dérision dans des œuvres comme Le
Pleurer-rire7, La Vie et demi8, Le Cercle des
tropiques9… Dans l’œuvre de Kangni Alem, les abus des
dirigeants africains sont également dénoncés. Ils sont
représentés par deux personnages : Zoba, le trafiquant
et le Passeur. En effet, l’on peut remarquer que l’un
et l’autre de ces personnages jouissent d’un pouvoir
dont ils se servent pour exploiter le peuple. La page
18 nous montre jusqu’où Zoba est capable d’aller afin
de parvenir à ses fins : « Il avait menacé de le
découper en petits morceaux… » En outre, le Passeur
manifeste un comportement qui relève de la dictature
lorsqu’à la page 33 il dit à Fodé : « Apprenez petit
insolent qu’on ne me parle pas comme-ça. »

Ces dictatures ont inévitablement entrainé des
guerres civiles perceptibles à la page 13 : « Tout est
fermé. La guerre a tout fermé […] Et Yaguine et moi
(Fodé) on n’a plus envie de trainer dans les rues à
rêver de cette guerre. » Les jeunes ont donc peur
d’être transformés en soldats et voir ainsi leurs
rêves d’enfants voler en éclat. Yaguine et Fodé sont
d’ailleurs invités à intégrer l’armée : « Hé, petit,
si tu venais à la guerre… » (P.14)

On voit dans ce qui précède que le contexte politique
des Etats africains sont l’une des raisons qui amènent
les jeunes à rechercher l’ailleurs. A côté de cela, il
y a également les conditions socio-économiques.


I.2.Le contexte socio-économiques

La situation politique de l’Afrique entraîne
naturellement une condition socio-économique des plus
précaires. En effet, des guerres civiles, il découle
le chômage, la famine et la fermeture de toutes les
infrastructures. C’est affirmation est justifiée à la
page 13 de l’œuvre soumise à notre appréciation : «
Tout est fermé. » Comme tous les jeunes du monde, les
jeunes africains sont ambitieux, ils rêvent de
richesse et de meilleurs conditions de vie. C’est
ainsi qu’ils entreprennent de se rendre en Europe, cet
Eldorado où, pensent-ils, tout le monde est riche. Ils
espèrent de ce fait sortir de la pauvreté qui les
accable et subvenir non seulement à leur besoins, mais
aussi à ceux de leurs proches.

Cet état de rêverie est perceptible dans Atterrissage
à travers le monologue de Fodé : « Plus rien ne marche
comme on s’y attendrait. L’école, pour apprendre à se
construire, l’hôpital […] Là-bas, au pays du blanc,
les écoles n’étaient pas fermées. »

Ces ambitions légitimes que nourrissent les jeunes
d’Afrique ne peuvent donc pas se concrétiser en
Afrique à cause du climat qui y prévaut en raison des
guerres et de la précarité matérielle et financière
qui en résultent. Ils sont attirés irrésistiblement
vers l’Europe qu’ils considèrent comme leur salut, le
lieu vers lequel ils retrouveront leur condition
humaine. Mais cette attirance n’est-il pas également
justifiée par le contexte culturelle ?


I.3.Le contexte culturel

Par contexte culturel, il convient d’entendre
l’influence que la culture blanche a eu sur l’Afrique.
En effet, pour valider l’esclavage et la colonisation,
les occidentaux ont décrété que les africains étaient
un peuple sans culture, ils avaient un néant
historique. Cette assertion non fondée s’est tout de
incrusté dans le subconscient du Noir. Il s’en est
suivi un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Autre
d’où la volonté d’acquérir cette culture à travers la
formation scolaire, le comportement vestimentaire,
etc. Mais certain, à l’instar des dirigeants
africains, se sont emparée de cette culture et en ont
fait un mauvais usage.

Les deux bourreau dépeints par Kangni Alem, Zoba et
le Passeur montrent bien cette usage abusif à travers
« les grosses voitures » que l’un exibe tandis que
l’autre porte son dévolu sur les appareils « Hi-Fi. »
Ces personnages qui sont les mauvais exemples créent
chez les jeunes une envie, une volonté de mutation.
Ils espèrent y parvenir en épousant la culture du
colonisateur à travers l’éducation scolaire, et les
autres valeurs occidentales. Mais ils ne pourront
jamais parvenir à leurs fins en demeurant en Afrique
mais en se rendant en Europe, où « même ceux qui ne
travaillent pas ont de quoi boire et manger » (p.13),
car les chefs noirs, égocentriques et nombrilistes, ne
privilégient ni l’éducation, ni toute autre valeur
occidentale susceptible de conduire au bien-être de la
jeunesse africaine. Ce comportement témoigne de
l’immaturité et l mauvais emploi de la culture
occidentale, du rejet même des valeurs communautaires
longtemps prônées par les tenants de la négritude.

Ainsi, la guerre, la précarité financière, sont
autant de maux qui développent chez les jeunes
africains une volonté manifeste de se rendre en
Europe. A ces maux s’ajoute un désir de s’imprégner de
la culture occidentale, c’est pour ces jeunes, la
condition sine qua non d’accéder au bonheur. Comment
le dramaturge présente-t-il ces facteurs, catalyseurs
du départ des jeunes africains vers l’Occident, dans
Atterrissage ?


II. PRESENTATION DE L’ŒUVRE

Dans la présentation de cette œuvre, nous parlerons
des personnages, du résumé, des thèmes et du message
du dramaturge.

2.1 Présentation des personnages

Yaguine : c’est l’un des personnages principaux,
c’est lui qui entreprend des démarches avec le passeur
pour immigrer en Europe. En gros, Yaguine incarne dans
l’œuvre la nation de l’immigration.

Fodé : c’est le camarade de Yaguine. Fodé, à l’instar
de Yaguine envisage aussi quitter le pays pour
immigrer en Europe. Il peut également représenter la
prudence car il s’avère plus averti que Yaguine.

Ma Carnélia : elle représente leur mère adoptive. Sonrôle est de veiller sur Yaguine et Fodé afin de les
guider dans leurs actions.

Le Passeur : c’est celui qui se charge de faire
voyager Yaguine et Fodé. A condition que les deux
adolescents lui versent une certaine somme d’argent.
Le Passeur représente l’Etat qui est en prise à la
corruption et à toute sorte d’escroquerie.

Les deux douaniers : ils apparaissent dans le rêve de Fodé. Ils appartiennent à la société occidentale qui
accueille les immigrés. Leur comportement témoigne aux
du mauvais traitement qui est réservé aux immigrés. Et
enfin Zoba, le trafiquant.

Ce sont ces personnages qui sont censé jouer un rôle
spécifique dans la pièce, toutefois, qu’en est-il de
l’œuvre elle-même ?


2.2 Résumé

Atterrissage raconte l’histoire de deux adolescents
guinéens. Ils nourrissent le rêve de débarquer en
Europe pour y faire fortune et revenir partager leur
réussite. Surtout avec leur mère adoptive, Ma
Carnélia, une femme tout aussi résignée et rêveuse.
Yaguine et Fodé estiment qu’ils « souffrent énormément
en Afrique », ils ont des problèmes parmi lesquels il
y a « la guerre, la maladie et la misère. »Ils
aspirent à une vie meilleure réalisable en dehors de
l’Afrique. Mais la clé de cette Europe mythique est
détenue par le Passeur, un rapace dont la gloutonnerie
exige aussi bien des dollars que des vieux disques de
rumba. En échange, il offre aux deux jeunes de les
cacher dans le train d’atterrissage d’un avion en
partance pour Bruxelles. A travers ce résume, il se
dégage un ensemble de thèmes que nous nous proposons
d’élucider.


2.3. Les thèmes et le message du dramaturge

Le thème de l’immigration : il apparaît comme
l’élément fondamental de cette pièce. Dans un
continent où l’on prend plaisir à la dictature, à la
guerre, à la corruption et aux biens materiels. Le
jeune est considéré comme un être oublié. Et lorsqu’on
pense à lui, c’est seulement pour lui donnes des armes
pour aller en guerre. Les droits de l’enfant ne sont
pas respectés. Face à ce chaos, ils sont tentés
d’immigrer en Occident. Mais cet Occident devient un «
ailleurs » inaccessible. D’abord parce qu’ils
utilisent des moyens illégaux qui leur coûtent parfois
la vie. Dans la pièce étudiée, l’on dit qu’ils
devraient se cacher dans le train d’atterrissage. Ce
qui les conduit finalement à la mort dans le rêve
prémonitoire de Fodé.

Par ailleurs, l’Occident ne leur réserve pas souvent
un accueil chaleureux. Certains sont refoulés dans
leurs pays d’origines après avoir foulé l’aéroport.
D’autres par contre sont victimes de mauvais
traitement comme le cas de la femme lorsque le
douanier 1 dit à la page 47 : « lorsque la jambe du
clandestin se trouve être une jambe de femme, il est
du devoir de la police des frontières de la
réchauffer. Je m’en occupe. » Ceci rend plus recevable
du traitement qui est réservé aux immigrés en
Occident. Par ailleurs, quelle est l’attitude des
parents lorsque les jeunes entreprennent de débarquer
en Occident ?

La naïveté des parents : pour mieux cerner le rôle
des parents, il conviendra de s’arrêter sur Ma
Carnélia, mère adoptive de ces jeunes adolescent.

A travers son comportement, le dramaturge montre que
les parents ne veillent plus vraiment sur leurs
enfants. Gagnés par la pauvreté et le goût de la
richesse, ils laissent souvent les enfants prendre des
initiatives dont ils ont eux-mêmes l’expérience. Ma
Carnélia a perdu son propre fils dans les mêmes
conditions, dit-elle : « Mon fils est mort d’une
bavure […] La police l’avait pris pour un dealer […]
Ils ont défoncé la porte, pendant son sommeille. Ils
l’ont abattu. » En effet, avec un tel témoignage, Ma
Carnélia ne devrait pas accepter que les garçons
courent un si grand risque. Elle était la personne la
mieux placée pour les en empêcher. Hélas ! elle est
tout aussi rêveuse que Yaguine et Fodé.

Cet exemple nous donne une parfaite illustration du
comportement des parents vis-à-vis de leurs enfants.
Nous avons ici l’image d’un parent plus ou moins
irresponsable, un parent qui vit dans l’illusion du
rêve et qui ne réalise pas l’impact de cette
négligence. En outre, si au niveau de la cellule
familiale nous constatons une telle défaillance, qu’en
est-il de la classe dirigeante ?

Le thème de la corruption :

Le thème de la corruption se laisse appréhender à
travers l’attitude du Passeur et de Zoba, représentant
l’Etat ou le pouvoir.

A travers leur comportement, il ressort que les
dirigeants africains versent de plus en plus dans la
corruption et l’escroquerie.

A la page 11, nous assistons à la réaction du Passeur
lorsqu’il apprend que Yaguine et Fodé ne possèdent pas
la somme demandée, il dit : « Sortez de ce bureau ! A
la seconde près, espèce de … 7 % ! Qui me les paie les
3 % restants ? Hein ? On se casse le cul pour des
petits rêveurs comme vous […] Et en retour vous cassez
les prix. »

Ici, on voit que ce n’est pas tant le devenir des
enfants qui l’interresse, mais son propre profit. Le
dirigeant africain n’a plus de dignité, il est reduit
à l’aspect matériel. Ceci est d’autant plus explicite
vers la fin de l’œuvre où il exige aux enfants de lui
donner toutes leurs économies. Sachant très bien
qu’ils avaient déjà fini de remplir toutes les
conditions. A la page 56, il dit aux enfants : « je ne
suis pas du tout content de vous, et vous allez devoir
me dédommager. Vaous avez de l’argent sur vous ? » Il
réussira à déposséder les enfants de leurs économies
sachant très bien que leur projet n’aboutira pas.

Par ailleurs, chez Zoba, il se dégage l’image d’un
être dépourvu de tout sentiment humain. Il n’hésite
pas à tuer, à détruire lorsque ses intérêts sont
menacés. A la page 18, il est écrit : « Il est sans
pitié cet homme. Une fois, il y a longtemps, un homme
lui devait de l’argent. Il n’avait pas été capable de
le rembourser à la date convenue. Il avait menacé de
le découper en petits morceaux et de vendre la femme
et les enfants du débiteur à l’armée pour récupérer
son argent. » Nous voyons clairment ici que même ceux
qui sont censés faire preuve d’une certaine éthique se
comportent comme des monstres. A cet effet, si
l’Afrique use de corruption, quel serait alors
l’attitude des occidentaux qui accueillent les
immigrés ?


2.4 Le traitement du sujet immigré en Occident

Le comportement des douaniers, qui représentent la
société occidentale, nous permet de comprendre le
traitement qui est réservé aux africains en Europe. En
effet, tout au long de nos lectures, nous nous sommes
rendus compte que l’Europe ne respecte pas souvent les
traités d’amitié qu’elle fixe avec les pays africains.
Les Etats européens se montrent très exigeants
lorsqu’ils commandent aux africains de leur fournir
des papiers tels que le passeport, la carte de séjour,
le certificat de résidence, etc.

Ils opèrent ains, un tri qui fait que ne peut aller
en Europe que celui qui a un certain statut en Afrique
(l’intellectuel, l’homme d’Etat, l’homme politique),
ceux qui ne sont pas de cette lignée devraient tout
simplement vivre une Europe utopique et psychologique,
c’est d’ailleurs ce que Fodé réalise dans son rêve
lorsqu’il vient solliciter l’aide des « responsables
de l’Europe » : « Messieurs les membres et
responsables d’Europe, c’est à votre solidarité et à
votre gentillesse que nous vous appelons au secours en
Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en
Afrique. » Les douaniers considérerons ces propos pour
une diffamation, une œuvre réalisée par une
association tiers-mondiste dont le but est de les
emmerder.

Les immigrés sont traités comme des animaux. Leur
humanité est d’autant plus reniée que la misère qu’ils
endurent en Afrique. Ils sont violés, battus, refoulés
et voire même tués. Face à cette « misère poudreuse »,
quel serait le message du dramaturge ?

En gros, il importe de rappeller le rôle de
l’écrivain africain selon les termes d’Emmanuel
Dongala : « L’écrivain africain n’est pas de ceux-là
qui ont ruiné l’Afrique. Sa tâche est d’écrire au sens
sartrien, c’est-à-dire que l’écrivain doit se servir
de la littérature comme instrument de lutte, de
combat. »

Nous comprenons aisement ici que la tâche de
l’écrivain africain consiste d’abor à dénoncer les
hommes politiques, les ingénieurs, les gestionnaires
de la santé, etc. tous ces irresponsables qui ont
conduit l’Afrique dans un chaos total où on trouve le
plus grand nombre de conflits armés, le plus grand
nombre de réfugiés, où le taux d’analphabétisme est
très élevé. L’Afrique abrite 18 des 20 pays les plus
pauvres de la planète.

L’écrivain africain doit se confondre au peuple pour
mieux comprendre sa douleur et se dresser contre les
politiques. Son rôle est de susciter la prise de
conscience de ceux qui sont censés exécuter, ou qui
ont à charge le développement du continent noir.

Il interpelle le dirigean africain à travailler de
manière à ce que les jeunes africains n’aillent plus
chercher de l’aide ailleurs. Comme le souligne
Emmanuel Dongala, mais de reposer leur espoir sur
l’Afrique afin que même lorsqu’ils auront à dire ou à
demander quelque chose, qu’ils ne s’adressent plus aux
« excellences messieurs les responsables d’Europe »,
mais s’adressent à nous leurs aînés, leurs parents,
leurs camarades.

L’écrivain africain doit apporter une vision
optimiste, il doit être en mesure de montrer aux
peuple africain que la vie n’est pas que dans les
veillées mortuaires, que la vie est également faite de
fleurs de bonheur et de jouissance. Il doit oter le
manteau de la détresse portée par le peuple, arraché
de son visage le sourire, l’espoir, la vie.

Cette partie nous a permis, en somme, de connaître
les personnages de l’œuvre soumis à notre étude, le
résumé, les thèmes et le message adressé par le
dramaturge. Toutefois, comment s’y prend-t-il ? En
d’autres termens, quel est le style de Kangni Alem ?


III. STYLE DE KANGNI ALEM

Fidèle à l’idéal esthétique de la nouvelle génération
des dramaturges négro-africains, Kangni Alem pratique
ici l’art du théâtre dit moderne. Les éléments
permettant d’affirmer qu’il s’agit d’une pièce moderne
sont la tonalité de l’œuvre, l’expression verbale des
personnages et la structure narrative de la pièce.


3.1 La tonalité

En ce qui concerne la tonalité de l’œuvre, il faut
souligner que Kangni Alem utilise l’humour et
l’ironie.

Selon le dictionnaire Le Petit Larousse : « L’humour
est une forme d’esprit qui cherche à mettre en valeur
avec drolerie le caractère le caractère ridicule,
insolite ou absurde de certains aspects de la réalité
qui dissimule sous un air sérieux une raillerie. »
Dans le cas d’Atterrissage, l’humour se laisse
percevoir à travers ces quelques phrases du Passeur
lorsqu’il s’adresse à Yaguine et Fodé : « Vous vous
pointez ici pour casser les prix comme on marchande
les épinards » (P11) ; « Vous finissez aplatis comme
les fesses d’un bébé moustique » (P35) ; « Nom d’un
cafard mal écrasé. » (P56).

Ces quelques phrases illustrent bel et bien le fait
que l’humour est partie prenante de la tonalité
manifestée par notre dramaturge, qu’en est-il de
l’ironie ?

L’ironie est avant tout un art du porte à faux, du
décalage. C’est ce qui a amenè Roland Barthes à dire
qu’elle consiste « à faire entendre autre chose que ce
que l’on dit. » Elle est aussi un art de se moquer
d’autrui en le mystifiant sans qu’il puisse en être
offenser. C’est ainsi que dans Atterrissage, l’ironie
se manifeste par les phrases suivantes (p60) : « Cabri
mort n’a plus peur du couteau. J’ai échappé au
Passeur, je crois que même la mort ne voudra pas de
moi. » Cette phrase emanant de Fodé signifie enréalité
qu’il allait mourir ; (p27) « Le gros fétiche à
l’entrée de nos rêves. » Ici, le terme « gros fétiche
» désigne le Passeur ; (p33) « Vous allez rentrer dans
l’histoire avec grand I », pour dire vous allez
rentrer dans l’histoire en devenant Immigrés
clandestins ; (p33) « Vous allez voler en umpruntant
les ailes de l’avion », pour signifier que vous
voyagerez dans le train d’atterrissage de l’avion.

Ici, nous le voyons bien, le texte de Kangni Alem est
écrit sous une tonalité faite de l’humour et de
l’ironie.

Un autre trait caractéristique du style de Kangni
Alem est l’extravagance, le langage impudique.


3.2 Le langage

L’étude stylistique de cette œuvre nous a permis de
nous rendre compte que Kangni Alem avait un langage
cru, cela est attesté par ces propos du Passeur tenus
à la page 10 : « Le caca vert, y a que ça de bon,
c’est comme toutes ces diarrhées de francs qu’ils
n’arrêtent pas de dévaluer. » Toujours à la page 10 :
« On se casse le cul pour des petits rêveurs comme
vous … » Ou encore ces propos de Yaguine à l’endroit
du Passeur : « Eh oui, c’est qu’il baiserait le cul
d’un cadavre celui-là ! », et au Passeur de retorquer
: « Bandicon » (p59). Tout cela montre que le
dramaturge togalais utilise un langage cru, impudique
et vulgaire. De plus, on peut noter cette créativité
langagière chère à Sony Labou Tansi. On notera par
exemple que Ma Carnélia parle de « voiture caméléon »
pour désigner une voiture ayant plusieurs couleurs,
que Yaguine et Fodé parlent de « casqué » pour
indiquer qu’ils ont trop dépenser.

Qu’en est-il de la structure narrative ?


3.3 La structure narrative

Dans le style de Kangni Alem il y a du point de vue
narratif cette rupture avec le théâtre classique. En
fait cette pièce n’est plus faite des subdivisions
classiques tels que les actes et les scènes.

En effet, lorsqu’on compare cette pièce à celle
d’Aimé Césaire qui s’intitule Une Saison au Congo, on
constate que la pièce d’Aimé Césaire est structurée de
façon à ce qu’il y ait des actes et des scènes.

Par ailleurs, il faut aussi noter la présence des
didascalies tout au long de la pièce ce qui nous
rappelle que Kangni Alem ne fait que prolonger le
style laboutansien.

En considération de ce qui précède, il apparaît que
le style de Kangni Alem s’identifie à l’idéal
esthétique du nouveau théâtre africain.


CONCLUSION

L’étude de l’œuvre théâtrale Atterrissage de Kangni
Alem, nous a permis de voir le contexte dans lequel il
a été produit. Un bon nombre de facteurs on joué à sa
création. Nous avons cité entre autres le facteur
politique, socio-économique et culturel. Nous avons vu
ensuite le présentation de l’œuvre avec ses différents
personnages et les thèmes qui y sont abordés tels que
la corruption, la naïveté de l’africain, etc. Enfin,
l’étude stylistique de cette œuvre nous amène à
confirmer que son auteur appartient effectivement à la
nouvelle génération des dramaturges négro-africains
qui prolongent l’esthétique de Sony Labou Tansi.

S’il nous était permis d’arbitrer de façon générale
le style de Kangni Alem, nous nous rendrons compte
qu’il se préoccupe beaucoup plus de la question
ethique qu’esthétique. L’éthique est l’attitude
consistant à plaider pour la bonne cause les problèmes
de la société. Tandis que l’esthétique en littérature
ne s’occupe que de la beauté du langage, du fait
littéraire.

Cette attitude de Kangni Alem n’est-elle pas en train
d’"instrumentaliser" la littérature ?




February 24, 2006 | 12:26 PM Comments  0 comments

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"Parole de vivant", 1992, Paris, L'Harmattan/Coll. "Encres noires"( Auguste Moussirou-Mouyama )

Résumé:


Ytsia-Moon est un jeune orphélin qui s'abreuve essentiellement des paroles ancestrales par le biais de Ma-Kaandu, sa grand-mère. Mais, lorsqu'il naît, la montagne de Moukongou-Dinzambou, jadis site sacré par excellence de la parole de l'ancien "pays des deux fleuves", a déjà été profanée par un peuple étranger, celui de Fouturama . Les Fouturamais ont pour principal complice le Patriarche Mani. Ce dernier,après avoir bu abondamment du vin rouge, " s'est mis àparler pire encore que deux femmes" jusqu'à ce qu'il propose le nom de la Grande Porte du Temple aux Fouturamais. L'ancien pays est baptisé Demi-Pays, un canton comme les autres entre Mwabi-Lung et Lemb pour donner les Lemb-a-reni,Lemba-a-Ntem,Lemb-a-Souan...Le Demi-Pays est ainsi dirigé par la suite sous la direction d'un chef de canton " à l'appétit rampant", Moukélébembé, sauropode e marécage . Il installe une tyrannie féroce et cruelle .

Déterminée à sauvegarder la parole, Ma-Kaandu ne cesse de rappeler à Ytsia-Moon que l'heure est plus que jamais à la veille. Admis à achever ses études supérieures à Fouturama, il se lie à une ressortissante de Métochine, Julie. Un jour, elle l'invite à dîner. Pour mieux apprécier le plat qu'elle a spécialement préparé pour son amant, Julie recommande à Ytsia-Moon de fermer tendrement ses yeux. Cependant, il se rend tardivement compte qu'il vient de briser un interdit, la consommation non souhaitée d'un oiseau sacré, le totem de son clan.

Conscient de la gravité de son acte, Ytsia-Moon rentre rapidement au Demi-Pays pour un traitement spécifique auprès de la dernière autorité de la parole,Ma-Kaandu. Malheureusement à peine arrivé à l'aéroport,Ytsia-Moon se fait arrêter et emprisonner.Il est accusé injustement d'adhésion aux idéologies communistes qui semblent subversives pour le régime en place . Un procès expéditif le condamne illégitimement à perpétuité.

Touefois,un coup d'Etat militaire annihile le régime ubuesque de Moukélébembé et Ytsia-Moon assiste à sa libération. Les membres du Comité du Salut National rapatrient le nom Demi-Pays et le rebaptisent sous l'appelation de"Biguina-Bango" ou la pays retrouvé...


Gilles Moundounga,3ème Année Littératures Africaines.

February 21, 2006 | 1:56 PM Comments  0 comments

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"Les exilés de la forêt vierge ou le grand complot": 1974, Paris,L'Harmattan,Coll."Encres noires" ( Jean Pierre Makouta-Mboukou)

Résumé:


Dans cette oeuvre,Jean Pierre Makouta-Mboukou, auteur congolais, fait le procès des pouvoirs politiques des indépendances africaines. Toutefois, la thématique de l'enracinement se dévoile à travers l'image de la forêt qui sympbolise la permanence de l'espoir.

Kinatonga, poète insoumis, est condamné à mort par le Président de la République du Durmen. Il se réfugie dans la forêt où il récueille quelques années plus tard, le Président Damongo qui l'avait condamné, banni à son tour par le peuple révolté . Aussi, l'exil va-t-il constituer le thème central de ce texte. Kinatonga et Damongo vont vivre une sorte de retraite pour que l'Afrique retrouve son équilibre, ses valeurs authentiques, ancestrales fondées sur : la liberté, l'amour et l'égalité des hommes.

L'oeuvre "Les exilés de la forêt vierge", s'inscrit dans la perspective d'une réintégration et d'une réconciliation du héros avec lui-même et avec son environnement . Un cheminement symbolique qui conduit vers une réconciliation du peuple nègre avec lui-même, à travers la forêt .




Lyly Menvola N'nang,4ème Année Littératures Africaines.

February 21, 2006 | 12:02 PM Comments  0 comments

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"Adia":1985,Editions Akpagnon ( Okoumba Nkoghé)

Résumé:


Mulélé, le personnage central d' "Adia" de Maurice Okoumba Nkoghé, est étudiant en Espagne dépuis déjà plusieurs années. Sans succès. Dépité, il reviendra à Mbatavia avec sa charmante épouse Saïlé et leur fille Vicinia.

Malgré des efforts inlassables pour offrir à sa petite famille une vie décente, Mulélé est en proie à la rudesse d'une société mbataviaise qui n'offre de réelles opportunités qu'à ceux qui ont des diplômes. La vie de galère à laquelle est confrontée la famille Mulélé, plonge Saïlé, sa femme, fille de Colonel et qui a toujours vécu à l'abri de tout besoin, dans la frustration et le repli d'elle-même. Agacée, elle pense souvent à Lamba, un amour de jeunesse,médécin de renom, qui, contrairement à Mulélé, a plutôt bien réussi sa vie . Indépendante et libérale, elle rompt avec Mulélé qui,depuis leur retour d'Espagne, se perd dans l'alcool pour noyer ses difficultés.

Mulélé finit par trouver un "travail" très lucratif grâce à Mme Le Censeur avec qui, Vicinia, sa fille , entretient des "amours interdits".

Mulélé qui est encore très touché par son divorce avec Saïlé trouve la mort alors qu'il s'execute à son nouveau travail.

"Adia" est un ouvrage riche en thèmes. On peut y exploiter l'image de la femme( Saïlé,Vicinia, Mme Le Censeur...); l'échec permanent de Mulélé; de même que celui de l'homosexualité qui peuvent également être explorés .


Wilfried Idiatha .

February 13, 2006 | 5:44 AM Comments  0 comments

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"Tous les chemins mènent à l'Autre":2000,Libreville,éditions Raponda Walker et Ndzé,102p.,( Janis Otsiémi )

Résumé :


"Tous les chemins mènent à l'autre" est une véritable révélation et explosion du verbe "écrire",un jaillissement de sens. A la recherche de nouvelles techniques narratives et discursives,Janis Otsiémi avec son roman, recentre l'écriture au coeur de sa problématique moderne. Déja , le texte s'ouvre in media res,par une interrogation problématique:"Où suis-je ?" (p.7) qui tonitrue l'actant central dece texte.

Dans une structure ternaire,le narrateur de "Tous les chemins mènent à l'autre" nous relate en 102 pages, l'histoire de Loye. Grièvement blessés des suites d'un accident de circulation.Il est dans un coma profond qui le conduira dans un monde autre que celui dans lequel il vit. Dans cet autre monde, il rencontre son petit-frère Paul, décédé à l'âge de sept ans, il y a une dizaine d'années;Jacques Fotso, son voisin assassiné au feu rouge d'Akébé deux ans plus tôt et maman jeanne, la maman de son copain décédée huit mois avant lui .

C'est donc entre ces deux mondes que le narrateur nous parle de ce qui est arrivée à Loye.

Admis à l'hôpital Jeanne Ebori de Libreville, des soins sont administrés au patient et grâce auxquels il finit par sortir de son coma et retrouver par la suite, la mémoire. Entré en possession de toutes ses facultés psychiques, Loye apprend avec stupéfaction, au cours des différents entretiens qu'il a avec le personnel médical de cette institution hospitalière, qu'il a subi une transplantation d'organe par le truchement duquel, il a eu la vie sauve . Cette vérité crée en lui, une angoisse existentielle qui le conduira, sans doute, vers une quête effrenée de son être .

Vivant désormais dans le trouble, dans l'angoisse, Loye cherche à retrouver à tout prix, celui qui a fait don de cet organe par lequel , il a échappé à la mort, pour le remercier. Mais contre toute attente, après l'avoir retrouvé, Loye l'étrangle et lui ôte la vie . Tout compte fait, en lui ôtant la vie, Loye se rend bien compte qu'il vient inéluctablement de s'arracher à sa propre vie . En fait, cet homme connu sous le nom d'Albert Lambi, qui a sauvé le jeune Loye, n'est autre que le double de ce dernier :

"Ce corps, cette peau noire d'ébène qui se confond à l'ombre et que je porte et qui me juge nègre, n'est plus qu'un manteau . Je ne suis plus qu'érrance. Que silence, qu'un relent inodore, qu'une ombre sans jour,une ombre sans ombre.Ce corps gisant là sous mes yeux,c'est le mien-c'est moi.Mes sourires.Mes rires.Mes angoisses.Mes chimères.Mes amours printaniers.Mon histoire.C'est ma vie, ma menu vie,à moi.L'Autre,l'Ombre étrangère dont j'ai cru mutiler,briser les rires cyniques, le front olympien, le menton fuyant, brûler,tordre le cou,enfin tuer pour retrouver m:on véritable moi,c'est bien moi,c'est le côté de moi que je ne vois pas. J'ai creusé mon propre sépulcre comme un poète..." (p.101)

L'ouvrage de Janis Otsiémi "Tous les chemins mènent à l'Autre" qui s'ouvre par une interrogation et se termine par cette quête de son autre pour se réaliser, pose à n'en point douter , le problème de l'altérité . Cette valeur essentielle et complexe si chère dans les sciences humaines.



Dacharly Mapangou et Eric Bienvenu Bissiélou,4ème Année Lettres Modernes.


February 13, 2006 | 2:53 AM Comments  0 comments

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La question de l'altérité dans la littérature gabonaise,le cas de "Tous les chemins mènent à l'Autre" de Janis Otsiémi .

Par Eric Bienvenu Bissiélou,4ème Année Lettres Modernes, lors du "Café-littéraire" du 4 février 2006 .



Nos investigations portent sur "Tous les chemins mènent à l'Autre" de J. Otsiémi. Texte encore peu connu en raison de sa parution récente,notre lecture sera sans doute inaugurale .

Toutefois,la saisie de notre thème de recherche :"La question de l'atérité dans la littérature gabonaise" de l'écrivain élu pour notre étude, nécéssite que soit donné l'économie terminologique de concept majeur:"L'altérité".

Pour le dictionnaire "Le Petit Larousse illustré",l'altérité dérive du latin "alter" qui renvoie à l'Autre . C'est le caractère de ce qui est autre .

André Lalande pour sa part, définit la notion de l'altérité sous deux inflexions . D'abord,elle se saisit comme le caractère de ce qui est autre . Ensuite, la notion se laisse appréhender comme le caractère de ce qui est autre que moi .

Par ailleurs, en raison du caractère ancien de la notion, elle a interpellé nombre d'hommes de lettres, jusques y compris les philosophes au nombre desquels : René Descartes qui, dans son "Discours de la méthode", à travers son "cogito ergo sum", soulignait déjà le trouble existentiel qui habite toute conscience humaine : La présence d'un autre moi .

A la suite de Descartes, Emmanuel Lévinas a lui aussi, pris une part active au débat . Pour lui, le rapport à l'autre est un rapport avec "l'absolument autre" irréductible au même rapport avec l'infini .

Comme l'exposent ces préalables définitionnelles,il ressort que la "question" dont il est question est une notion dense, se refusant toute fixation, au point d'en être une notion "nomade" . Des lors, l'altérité se laisse décliner sous différentes manières et selon les différents champs disciplinaires qui la reçoivent .

Dans notre exposé, il sera donc raison de faire sortir la résonnance du concept, selon qu'on est dans les térritoires de la réligion,de la philosophie et de l'anthropologie, avant que de voir comment la lettre gabonaise en générale, et précisément chez Janis Otsiémi, se trouve actualisé et appréhendé , la notion de l'altérité à travers "Tous les chemins mènent à l'Autre".


I.HISTORIOGRAPHIE D'UNE NOTION ERRANTE:
I.1.Déclinaison réligieuse:


La réligion s'accomode du principe de l'altérité . Sous son inclination chrétienne, l'altérité repond à une double considération : Elle implique non seulement l'idée de la tanscendance (Dieu), mais aussi celle de l'"alter ego" que la Bible consacre sous l'appelation du "prochain" . C'est cette double orientation du terme de l'altérité qui est aussi respectivement rendu par les notions de verticalité et d'horizontalité .


I.2.Acceptation philosophique:


La philosophie, avec son principe de questionnement perpétuel des choses qui sont et de celles qui ne sont pas, considère aussi le problème de l'altérité . Certes,l'altérité en philosophie n'est pas uniforme, mais il n'est pas erroné de penser qu'elle engage aussi bienle rapport de soi à soi (Descartes, en parlant de la conscience,ou de Freud en parlant de l'inconscience),que la relation soi-autre dont on parle . Jean Paul Sartre avec "le regard de l'autre qui réifit" ou encore Husserl lorsqu'il dit que "Toute conscience est conscience de quelque chose". En cela, l a philosophie, en s'intéressant aux questions liées à l'altérité réaffirme sa volonté de reposer les limites de la conscience humaine .

Derrière la banalité selon laquelle "Toute conscience est conscience de quelque chose", il faut comprendre que la conscience est toujours visée de quelque chose d'autre, alors que cet objet est autre à l'intérieur de l'intentionnalité . En d'autres termes, la conscience n'est pas fermée sur elle-même, mais ouverte à l'autre en son propre sein . Ainsi,le sujet transcendantal qui donne sens et unité au monde, est bien la subjectivité vivante, "riyaulme de l'être absolu comme être pour soi".


I.3.Acception anthropologique:


L'anthropologie, en marge de toutes les définitions qui la consacrent comme science,sera considérée comme ce champ du savoir qui s'intéresse à l'homme et son action dans le monde . Il s'agit de prospecter ce que Heidegger appelle "l'être au monde".

Dans la perspective qui est la nôtre,il s'agira pour nous de pointer toujours la relation de l'homme face à son semblable . A cette effet, deux situations qui traduisent la nature des rapports humains se dégagent :D'une part,celle qui procède de la communion comme le postule Senghor et certains critiques et théoriciens africains;d'autre part, celle qui privilégie la distance, la subjectivation radicale, apanage du sujet occidental . Cette situation à l'homme est tantôt "sociable" , tantôt "associable". Dans le dernier cas cité,l'autre deviendra obstacle.


II.L'ALTERITE:UNE SOURCE D'ALIENATION
II.4.L'altérité et le désenchantemlent:


Etablir un rapporchement entre "l'altérité" et le désenchantement paraît au premier abord, assez surprenant . En procédant à la "déconstruction" de l'adverbe "désenchantement", il ressort que trois syllabes le compose. D'abord, le préfixe "des-",ensuite le radical "enchante" et du suffixe "-ment".

Or, pour le Micro Robert,l'enchantement est le caractère de ce qui produit une joie extrême . En revanche,l'adverbe préfixé exprime son contraire et se définit comme cela qui génère le mécontement .

Aussi,est-il un truisme d'affirmer face à une difficulté recourt souvent à l'"autre" pour tenter de résoudre son aporie . L'Autre ici, pris dans sa "protéiformité"; c'est-à-dire aussi bien comme prochain qu'Etre transcendantal .

En restant fidèle à notre texte de base:"Tous les chemins mènent à l'Autre", la rencontre que le personnage principale, Loye, effectue avec son "antra" rentrait,nous nous entendions à priori dans ce droit fil . Mais chez Otsiémi, la rencontre avec "l'autre" dans sa dimension humaine se solde par le forfait que Loye commet à l'endroit de son "bienfaiteur".C'est d'ailleurs pourquoi nous avons choisi de sous-titrer cette partie:L'altérité et le désenchantement pour justifier le caractère absurde du geste de Loye. Car,la question qui tarode l'esprit du lecteur est celle de la justification du crime du personnage principal sur son "donneur".


II.5.L'altérité comme limite de soi:


En partant des postulats de la théorie freudienne, nous pouvons mettre en relief, la singularité d'une problématique dans "Tous les chemins mènent à l'autre"; "celle de la connexion entre la puissance affirmative et de la vulnérabilité".

Aussi, est-il nécéssaire de rappeler que la limite ou la vulnérabilité n'est pas imputable à un être pris isolément, mais elle apparaît au lieu de confrontation ou de comparaison entre le "moi" et "l'autre", l'autre toujours compris dans sa dualité.

Dans notre texte, Loye veut s'affirmer comme "soi-même", mais pour y parvenir, il doit passer par la confrontation avec l'autre . C'est seulement au terme de la disparition du "donneur" que Loye se réalisme . En nous basant sur la logique freudienne et en nous situant précisément dans l'intertexte,ou puis affirmer que la quête de soi suppose la prise de conscience de toute terminaison, de toute finition .


II.6.La quête de l'altérité:Une fenêtre vers l'Ailleurs:

La mise en rapport des notions d'altérité et de l'Ailleurs nécéssite de cerner le sens du terme:Ailleurs.

Pour le Micro Robert,Ailleurs est un adverbe qui signifie un autre lieu ( différent de celui où l'on est).
Mais le mot va connaître une évolution sémantique pour s'appréhender différement .

En effet,des le 19ème siècle avec le romantisme, le mot prend un sens nouveau et s'assimile au voyage . Au cours de cette période,"romantisme et exotisme" sont deux concepts qui vont de paire . Car, les voyages constituent pour les écrivains romantiques,un réfuge voire un rémède pour fuir le mal et l'angoisse existentielle du siècle qui les menaçaient .C'est ce qui justifie l'autorité du thème du voyage au 19ème siècle fait connaître un "délire" sémantique et se saisit comme refus du monde qutotidien et le dessein de s'évader pour entrer dans le royaume de l'absurde du rêve et de l'indéfinissable .

Dans le geste d'écriture de Janis Otsiémi, le concept de l'Ailleurs redouble de sens et s'économise sous le prisme d'un "voyage" particulier,un voyage vers l'au-delà .

La quête de l'autre ouvre généralement le sujet à sa propre mort;car, dès qu'il regarde l'autre,il est transporté dans un au-delà qui relève de l'infini et qu'il ne pourrait jamais trouver en lui-même,Infini de l'autre . Ce qui demeure en présence de l'Autre, c'est l'abîme, la béance .La quête de l'Autre est toujours déjà orientée vers l'Ailleurs, vers l'au-délà,infine vers Dieu .


CONCLUSION

Il serait osé au terme de notre analyse à la circonspection totale et l'exhaustive du sens de l'altérité .

Aussi,nous importe-t-il de signaler que la portée herméneutique des investigations que nous venons de mener, permet d'inscrire notre travail dans le cadre d'une pré-élaboration des pistes qui restent à developper .

En examinant "Tous les chemins mènent à l'Autre" de Janis Otsiémi,il se révèle que la "quête de l'altérité" quant à sa saisie rélève de l'utopie.Car autrui,comme l'affiramait François Poirie est "toujours au-délà et en dehors de moi".

Cependant,le mérité de notre travail aura été,en dépit du caractère antérieur de la notion et du style alerte que l'on reconnaît à l'écrivain d'avoir essayé de débrouiller et mettre à nu, les différentes variables de la notion de l'altérité chez Otsiémi .

D'abord,l'autre apparît chez l'écrivain comme le prochain, et donc relevant de la dimension humaine;mais ensuite,comme "visage" transcendantal,métaphysique et qui passe pour l'atteindre par la mort.

La quête de l'altérité,comme on a pu le constater ouvre le sujet sur l'abîme de l'étrangeté absolue .

Ainsi,l'utopie de la quête de l'autre peut s'énoncer comme une ouverture perpétuelle vers l'inatteignable,à l'image de la littérature qui serait,selon Maurice Blanchot comme du "phosphore qui brille le plus au moment où elle se retire".L'altérité se donne à nous en même temps qu'elle se dérobe .



February 4, 2006 | 6:48 AM Comments  0 comments

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L’immigration en question dans "Et Dieu seul sait comment je dors" d’ Alain MABANCKOU

Par:Désire-Clitandre DZONTEU,Valérie ChimèneZOULA ,Dieu-donné KOUMOU-GNAMA et Gilles MOUNDOUGA, 3 ème Année Littératures Africaines.


PLAN


INTRODUCTION



I- POURQUOI L’IMMIGRATION ?

1°) La quête du mieux-être
2°) La quête de l’exutoire
3°) La quête de la personnalité

II- QUE DIRE DE L’IMMIGRATION ?

1°) L’immigration comme avatar
2°) L’immigration comme perte de repères
3°) L’immigration comme échec

III- QUE FAIRE DE L’IMMIGRATION ?

1°) La Prise de conscience
2°) La création de conditions optimales de vie
3°) Le retour aux sources

Conclusion



En remontant dans l’histoire, on remarquera que l’immigration constitue un temps fort dans l’existence des peuples. Elle se traduit par le déplacement d’un ou de plusieurs individu(s) du pays d’origine vers un autre pour s’y installer.
Phénomène crucial des temps modernes, l’immigration gagne en amplitude au point même d’intégrer le domaine littéraire. Dans les années 60, le thème de l’immigration se lisait déjà dans certaines productions littéraires dont Chemin d’Europe du Camerounais Ferdinand OYONO, Un nègre à Paris de l’Ivoirien Bernard DADIE pour ne citer que ces deux cas. Il s’en est suivie avec les écrivains dits de la migritude une intense activité littéraire autour de ce thème que l’on retrouve dans Nègre de paille de Yodi Karone, Prisonnier du regard de Lamine Diakhaté, Les honneurs perdus de Calixte Béyala, Place des fêtes de Sami Tchak, Et Dieu seul sait comment je dors d’Alain Mabanckou, etc.
Dans la dernière œuvre citée, le thème de l’immigration occupe et éclabousse presque la totalité de la diégèse. De cette forte représentation de l’immigration se dégage un questionnement ternaire qui s’articule de la manière suivante : pourquoi l’immigration, que dire de l’immigration, et que faire contre l’immigration ?



°) POURQUOI L’IMMIGRATION ?


Pour beaucoup d’Africains, l’immigration représente le fait par excellence de la réussite. Le quotidien très difficile au pays natal occasionne l’obsession de l’ailleurs et du départ. C’est ainsi qu’en essayant de fuir un lourd passé, les sujets africains vont à la quête d’un mieux-être et d’une certaine personnalité, qu’ils croient trouver dans une société d’accueil.


1°)- La quête du mieux-être


A la lecture du texte d’Alain Mabanckou, il ressort que l’immigré est généralement un être ayant vécu dans la précarité matérielle, affective et même spirituelle. Confronté à tous ces maux qui se présentent de manière récurrente à lui, le protagoniste décide de quitter sa région natale afin d’aller rechercher les meilleures conditions de vie.
Ainsi on remarquera que le prêtre Moupélo était « cet homme venu de la Guyane » p.228, qui a fui sa localité natale pour aller prêcher à Vieux-habitants. Car l’auditoire et la notoriété qui lui manquaient à la Guyane, il les a facilement acquis sur sa terre d’accueil. Il dit d’ailleurs, comme pour justifier son immigration, «nul n’est prophète en son pays ».p.28
Makabana quant à lui revient de l’Afrique et a séjourné en France. Incapable de s’adapter à la terre hexagonale, il profitera d’une visite touristique aux Antilles pour prendre la tangente. Il avait retrouver quelque chose qui lui donnait le goût de vivre. Il s’exprime ainsi à la page 86 : « Vous ne pouvez imaginez combien je me sens ici comme chez moi. » Outre ces deux personnages, le Syrien et le personnage de Cornelius Molasso sont deux êtres venus quêter fortune aux Antilles.
En outre Auguste Victor et Mouloki étaient eux aussi à la quête d’un mieux être en dépit de l’inhospitalité de la ville d’accueil à leur égard. N’étant pas parvenus à s’intégrer dans leurs villes natales respectives, ils ont pensé qu’à Vieux-Habitants, leurs aspects physiques ne constitueraient pas un obstacle à leur intégration sociale.
A partir de ce qui précède, le désir d’immigration est animé par une quête hardie d’ un mieux-être qui ne se retrouve pas chez soi. Car, c’est à l’issue d’un découragement que ces héros décident de quitter leurs terres natales pour d’autres horizons plus prometteurs.
Mais au delà de toutes proportions, l’immigration peut aussi être un exutoire.


2°) La quête d’un exutoire

Depuis l’Antiquité, les humanistes proposaient le voyage comme remède aux problèmes existentiels qui les accablaient, à savoir l’angoisse, la détresse, l’ennui, la mélancolie, etc. Aujourd’hui encore, cette pratique est de mise. En effet, à la lumière de l’œuvre d’Alain MABANCKOU, on constate que le personnage principal, Auguste-Victor quitte sa ville natale pour Vieux-Habitants, afin de faire table rase de son lourd passé et de se faire bonne conscience, car « en venant à Vieux-Habitants, il était persuadé que l’éloignement était son salut »p.41. En fait, Auguste-Victor est tourmenté par le souvenir de son triste vécu dans sa ville natale : l’hostilité de madame Ayassami consécutive à la mort de Pauline et son enfant, sa vie d’alcoolique qui le conduit au viol de Madiana sa nièce, puis la prison. Pour oublier tous ces déboires, Auguste-Victor finit par quitter définitivement sa ville natale pour aller se réfugier ailleurs. Cet ailleurs est pour lui un exutoire, un lieu de repli, un lieu d’oubli. Ainsi, l’immigration se présente comme une potion susceptible de raviver l’individu en proie au mal, à la souffrance, à l’indifférence etc. Pour Auguste-Victor, Vieux-Habitants était « l’endroit où il allait conquérir l’oubli et la tranquillité de vivre »p.221. Autrement dit, c’est en s’éloignant de sa localité, de son triste passé, qu’il peut retrouver la paix.
Du reste, cette quête de l’exutoire est en fait un prélude à la quête d’une personnalité.


3°) La quête de la personnalité

Tout homme a toujours éprouvé le besoin d’être considéré à sa juste valeur. De ce fait, l’immigration de certaines personnes dans Et Dieu seul sait comment je dors n’est pas neutre.
En effet, lorsqu’on analyse le parcours du prêtre Moupélo, on se rend à l’évidence que c’est à Vieux-Habitants qu’il acquiert une certaine personnalité, ce qui n’était pas le cas dans sa ville natale. Car « les Habissois lui vouent de l’admiration, de la vénération(…), on l’aime, on l’adule. Sans doute parce qu’il n’est pas né ici. Parce qu’il est venu d’ailleurs, de la Guyanne »p.28. Il en est de même pour le syrien, un enfant né d’un viol, mais qui, à Vieux-Habitant, est une personnalité autour de laquelle gravitent bon nombre d’Habissois, en cela qu’il est « l’influent commerçant de la localité »p.17.
En outre, il y’a Auguste-Victor qu’on peut considérer comme un personnage à la quête de la personnalité. En fait, si Auguste-Victor est en mal de personnalité, c’est parce que son image a été ternie dans sa ville natale. En effet, le passé d’Auguste-Victor semble irréversible dans la mesure où ce dernier ne fait aucun effort pour se débarrasser du poids de son passé. On remarque qu’il subit un double exil : l’exil social et l’exil intérieur. Or, pour acquérir une certaine personnalité, il faut s’ouvrir au monde et chercher les éléments susceptibles de procurer une notoriété.


II. QUE DIRE DE L’IMMIGRATION ?

1°) L’immigration comme avatar

La majorité des sujets mis immigrés en scène dans Et Dieu seul sait comment je dors présentent généralement une image négative. De ce constat, on peut en déduire que l’immigration est un avatar, c’est-à-dire un leurre. L’immigration est considérée comme un avatar en ce sens qu’elle illusionne le sujet immigré car bien souvent la terre d’accueil ne ressemble pas toujours au paradis qu’on s’imaginait.
Auguste-Victore dans Et Dieu seul sait comment je dors en a fait la triste expérience. En effet, « en venant à Vieux-Habitants il était persuadé que l’éloignement était son salut » mais, hélas, il n’y trouvera qu’inhospitalité, indifférence et rejet. En venant à Vieux-Habitants, il pensait fuir son lourd passé, mais hélas, ce dernier le suit comme son ombre et finit par le rattraper.
Hormis Auguste-Victor , il y a aussi Mouloki qui sera chassé de la ville parce qu’on le considère comme un diable.
En outre, l’itinéraire de Makabana n’est guère reluisant car, ayant quitter sa terre natale pour Vieux-Habitants dans l’espoir d’une vie meilleure, il sera désillusionné. A Vieux-Habitants, il n’a pour logement qu’une vieille cabane. Le pire c’est qu’il est contraint de vivre dans le solitude car son physique n’est pas de nature à plaire aux Habissois. Pour autant que nous puissions en juger, il apparaît dans tous les cas que l’immigration à un caractère illusionniste. L’idée selon laquelle la vie ailleurs est la meilleure n’est pas toujours avérée et pertinente. Bien au contraire, elle est un leurre, voire un avatar.


2°) L’immigration comme perte de repères


La perte des repères est l’un des maux auxquels sont confrontés les immigrés. En allant à la quête d’un mieux-être ou d’un exutoire, ceux-ci se rendent compte que la situation d’immigré rend difficile l’intégration dans une société d’accueil qui ne croit pas à la cohabitation des diverses cultures.
Dans Et Dieu seul sait comment je dors, Alain MABANCKOU nous présente un sujet africain qui immigre en Occident. En effet, Makabana, adopté par une famille blanche, la famille de Rochambaud, est victime d’une immigration involontaire qui occasionne la pertes de ses repères. Car, déjà, on lui donne le nom de ses parents adoptifs, Olivier de Rochambaud. Le pire c’est qu’il n’ avait qu’une vague idée de l’Afrique, cette Afrique qui lui était décrite par les Occidentaux avec les mots tels que « maladies, famine, pauvreté, corruption et guerres ethniques pour des raisons de pouvoir politique »p.72. Par ailleurs, son village natal lui était inconnu, car « il fut adopté à dix mois (…), il n’a aucune idée de ce village et ne pourrait le situer dans aucune carte d’Afrique »p.7