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L'écriture du corps de la femme dans la littérature féminine gabonaise: Cas dans "Deux bébés et l'addition" de Bessora.

Par wilfried IDIATHA



Introduction générale:


Le thème de notre exposé s’intitule : « L’écriture du corps de la femme dans la littérature féminine gabonaise : Cas dans Deux bébés et l’addition de Bessora ».

A cause de la récurrence de l’élément corporel, il nous fut permis ici, de ré-intituler ou de contextualiser notre travail ; car, au préalable notre thème portait sur : « Les aventures spécifiques au corps de la femme dans la littérature féminine gabonaise ».Or, nous savons qu’en littérature, l’obsession de l’élément corporel, la récurrence de l’élément relatif au corps devient l’écriture du corps. D’où cet intitulé de notre exposé, en nous portant sur Deux bébés et l'addition.

Mais, nous tenons toutefois à signaler, que le choix porté à l'ouvrage de Bessora, puisque nous parlons de littérature gabonaise, est plus conséquent à la nationalité de l'écrivaine qu'au récit en lui-même; car, l'ouvrage de notre corpus est, à en croire l'éditeur, une fiction française(cf.4ème de couverture).

Tout compte fait, il s’agira pour nous de relever les références et allusions au corps de la femme en nous basant sur l’ouvrage de Bessora : Deux bébés et l’addition et d’en faire une brève analyse afin de voir les causes endogènes et exogènes; les déterminismes liés à cette obsession du corps de la femme chez notre auteur. En d’autres termes, quels sont les éléments inhérents au corps de la femme mis en exergue dans Deux bébés et l’addition de Bessora ? Quels rapports pouvons nous établir entre ces éléments corporels et la vie de l’auteur ?


Ière Partie: .L’écriture du corps dans la littérature

Beaucoup plus présent dans le domaine de l’art, la peinture notamment, le corps s’est peu à peu retrouvé dans la littérature. Quelle peut donc être son histoire ?


I.1. Historiographie et évolution de l’écriture du corps

a.De l’antiquité à nos jours

L’inscription du corps dans la littérature ne date pas d’hier. Celle-ci a évolué avec son temps de génération en génération: Dans l’Antiquité avec le « mens sana in corpore sano » (une âme saine dans un corps sain) maxime de Juvénal, un poète latin qu’il écrit dans son ouvrage intitulé Satires3;au Moyen-âge avec l’oblitération de tout ce qui se rattachait à la chair au profit de la spiritualité, les Lumières avec le développement des sciences et de la médecine comme explication de l’existence humaine, le XXe siècle par obsession de l’apparence ainsi que par la libération sexuelle qui allait de paire avec l’affaiblissement progressif des convictions religieuses.

Concrètement, dans la littérature française par exemple, elle commence par les fabliaux du Moyen-âge, passe par les contrepets de Rabelais4 et devient plus absconse (obscure) dans Les folies françaises5 de Philippe Sollers. Elle passe aussi par les viols qui jalonnent l’œuvre de Sade, par exemple dans son œuvre La philosophie dans le boudoir6, jusqu’à la mise en scène d’une « catin » qui se masturbe avec une chandelle à la vue d’un homme dans l'oeuvre intitulée Margot la Ravaudeuse7 de Fourgeret de Monbron.

Dans la littérature d’Afrique subsaharienne, l’écriture y est également présente, on pensera pêle-mêle au titre de l’œuvre de Senghor « Femme nue, femme noire »8 et aux œuvres de plusieurs d’entre écrivains africains tel que Sony Labou Tansi dont les oeuvres abondent d’éléments faisant référence aux motifs du corps; à L’évocation du « bas matériel et humain » selon l’expression de Mikhaïl Bakhtine.



2. L’écriture du corps, une affaire de marges ?

Dans son article intitulé « Corps et littérature », David Blonde de l'Université d'Ottawa au Canada écrit ceci:

« L’évocation du corps est souvent revendiquée par les marges , par des personnes qui ne sentent pas compris dans et par la société ; La personne qui domine le centre aliène son corps afin de se faire entendre sur la chose publique. Citoyen de nulle part, simple individu, le Marginal n’a d’autres choix que de se recroqueviller sur ses formes. Les références et allusions au corps dans la littérature des marges sont multiples et multiformes. Aussi, ne s’étonnera-t-on point d’assister à une représentation choc des corps masculins et ou féminins. »

On entend par marge, un individu qui ne se sent pas compris dans et par la société dans laquelle il évolue. Ainsi, il utilise le corps pour se faire entendre.
Toutefois, nous devons quand même ajouter que l’écriture du corps et sa mise en abyme de façon manifestement métaphorique, montre qu’on vit bien à une époque de mise à nue totale du corps. Devons-nous placer cette manière de voir sous la tutelle des écrivains marginaux uniquement,c’est-à-dire des écrivains dénoués de toute la rigueur de la religion chrétienne tenace?


IIième Partie:Etude narrative de l'oeuvre:

Avant d'entrer de plein pied dans l'écriture du corps proprement dit, étudions d'abord sur un plan narratif, comment se structure cet ouvrage. Nous allons voir le statut et les fonctions du narrateur, la fonction narrative, la fonction de régie, la fonction de communication, la fonction d'attestation; le statut et les fonctions du narrataire, la focalisation et les niveaux narratifs.



II.1.Statut et fonction du narrateur:

Le narrateur est l'instance qui parle dans un récit. Mais quelle est son statut et sa fonction ?

II.1.1Statut du narrateur:

Nous venons de le dire, le narrateur, c'est effectivemment l'instance qui parle dans un récit. C'est l'instance de parole. C'est repondre à la question :Qui parle ? Ainsi, le narrateur se concçoit souvent à la première personne: Certains le retrouveront dans le « je », d'autres dans le « nous », son statut peut être hétérodiégétique ou homodiégétique; le narrateur sera hétérodiégétique lorsqu'il raconte une histoire dans laquelle il ne fait pas partie ou ne figure pas comme personnage;

Le narrateur est homodiégétique lorsqu'il raconte une histoire dans laquelle il figure comme personnage. Mais il peut également raconter une histoire dans laquelle il joue le rôle principal. Dans ce cas, on dira que le narrateur est autodiégétique.

Pour traiter du problème du statut du narrateur Dans Deux bébés et l'addition, il faut dire que le narrateur est autodiégétique, car il parle en assumant le récit. Il s'exprime en utilisant des embrayeurs tels que: « je »/ « me »/« moi /mon» pour le singulier et « nous »/ « mes » pour le pluriel. C'est ce que nous lisons par exemple à la page de l'ouvrage:
«Yeno Anguilé, c'est moi. 
« J'accouche des femmes qui ont du plomb dans le ventre. Quand une femme enfante avec moi, j'ai l'illusion de rejouer mon passé; la tête du bébé paraît et je me vois[...]L'enfantement est pour moi une sorte de rite qui me ramène à mes origines, sauf que je voudrais changer l'histoire. »

On peut donc dire sans risque de nous tromper que le narrateur ici, réfléchit et rend compte de la pensée du personnage. Il est donc de ce fait, autodiégétique puisqu'il participe et assume le récit dont il est l'une des composantes.



II.2.Fonctions du narrateur:

Dans son Discours du récit, Gérard Genette attribue principalement fonctions au narrateur: la fonction narrative, la fonction de régie, la fonction de communication et la fonction d'attestation qu'on appelle encore fonction testimoniale ou idéologique.


II.2.1.La fonction narrative:

Pour Gérard Genette, elle est la plus importante; car, elle est celle sans quoi, on ne peut parler de narration. C'est celle sans quoi on ne peut parler d'existence d'un narrateur puisque c'est celle qui consiste à raconter.

Dans "Deux bébés et l'addition", le narrateur assure cette fonction puisqu'on l'a dit tout à l'heure, il est autodiégétique parce qu'il joue pleinement son rôle d'instance du récit en assumant le « titre » de personnage principal en racontant sous l'identité de « je » ou de « moi » et de « nous ».

II.2.2.La fonction de régie:

La fonction de régie est celle qui souligne la capacité du narrateur à organiser son récit, c'est-à-dire à en montrer les articulations internes.
Dans l'ouvrage de Bessora, le narrateur joue ce rôle de régie. A la page 11, voici ce qu'on y lit: « J'ai rencontré une princesse naguère[...] Mais laissons là ces rêveries de gréviste solitaire et rendons l'antenne au présent ». il y a donc à travers ce passage, le rôle de régie qui veut que le narrateur situe à un moment donné le cours de son récit.


II.2.3.La fonction de communication:

Elle est celle qui souligne l'orientation vers le narrataire. Le narrateur y souligne son souci d'établir ou de garder avec le narrateur, un contact direct, un dialogue. Cette fonction de communication se lit à la page 7:


« -Je mets bats Docteur.
-Pardon ?
-Je mets bas.
-Excusez-moi, j'entends mal. »

Et aux pages 28-29 :
«- Bonjour, je suis Nidale Gemayel. Vous n'êtes pas Geoffrey Bokassa ?
-Bokassa ? Le dictateur centrafricain ? Non, je ne crois pas.
Elle semblait très déçue. Mais j'étais séduit, alors je prolongeai la conversation:[...] »

Comme on peut s'en rendre compte à travers cette interlocution, il y a une volonté du narrateur à garder la communication avec le narrataire.



II.2.4.La fonction d'attestation:

C'est la part que le narrateur prend à l 'histoire qu'il raconte. C'est celle qui permet au narrateur d'exprimer ses sentiments ou du rapport qu'il entretient avec elle. Ce rapport peut être affectif, moral ou intellectuel.

En ce qui nous concerne, la fonction d'attestation ou idéologique qu'assume le narrateur par rapport à l'histoire qu'il raconte, se résume dans cette simple phrase de la page 7: « Yeno Anguilè, c'est moi » - qui nous fait beaucoup penser à cette célèbre phrase de Gustave Flaubert: « Mme Bovary, c'est moi. » qui veut simplement signifier que Flaubert partage les souffrances de Bovary;tout comme Bessora partage les douleurs de Yeno la sage-femme ;car, en épousant sa cause, elle épouse la cause de milliers d'autres. Bessora fait donc sienne la cause des sages-femmes.



II.3. Statut et fonction du narrataire:

Le narrataire, c'est le partenaire de la communication linguistique du narrateur dans le récit. Sans narrataire et sans narrateur, il n y a pas de communication dans le récit. Il est une composante du récit, tout comme l'est le narrateur.
Dans Deux bébés et l'addition, le narrataire, c'est-à-dire l'instance à laquelle s'adresse le narrateur, existe puisqu'il est celui qui maintient la communication. Sa fonction dans cet ouvrage est extradiégétique.


II.3.1.De la focalisation:

La focalisation est une notion que Gérard Genette emprunte au cinéma et signifie restriction du champ. Cette notion nous permet d'échapper à la confusion qui régnait jusque-là entre les faits de « parole » et les faits de « mode » et que la critique désignait commodément par « vision » ou « point de vue ».

Un récit peut être de ce fait focalisé, c'est-à-dire s 'attacher à la démonstration du détail soit non focalisé. En d'autres termes présenter une large ouverture du champ. Lorsqu'il est focalisé, il peut s'attacher aux détails extérieurs, c'est la focalisation externe. Ici, c'est lorsque le narrateur saisit le personnage du dehors, sans pouvoir rendre compte de ce qu'il perçoit, ni de ce qu'il voit intérieurement. Ici, le narrateur enseigne moins que le personnage.

Lorsqu'il est focalisé, un récit peut encore rendre compte de la vie interne des personnages, c'est la focalisation interne. Ici, le narrateur se contente de raconter ce que sait le personnage. Pour Todorov qui s'est largement épanché sur la question, dans ce cas de figure, le narrateur est égal au personnage.

Enfin, il est un type de récit où le narrateur excède la connaissance du personnage. C'est la focalisation zéro. Todorov, le narrateur est ici, supérieur au personnage.

Dans le cadre de notre travail, en nous appuyant sur "Deux bébés et l'addition", il y a présence en effet, dans le récit de la focalisation externe. En effet, à la page 28, on lit par exemple: « Je ne comprends pas. Elle entre pourtant dans ma typologie amoureuse ». Ici, par l'évocation de « je ne comprends pas » on voit que le narrateur n'arrive pas à rendre compte de ce qu'il perçoit.
En outre, il y a également la focalisation zéro. En effet, à la page 53, on lit:
«- Poussez !
-Mais...
-Poussez, vous dis-je !
-Mais ce n'est pas le nom...
Si. C'est le moment. Vous hurlez. ».
Sans pouvoir l'affirmer, je crois qu'il s'agissait d'une poussée réflexe:[...] ».
Ici donc, on le voit, le narrateur sait beaucoup plus que le personnage. Comme Todorov, sous cet angle, on dit que le narrateur est supérieur au personnage.
Il y a enfin, la focalisation interne; c'est-à-dire que le narrateur sait autant que le personnage. A la page 254 de notre roman, il est écrit: « Waura est une vraie fille de la jungle. Elle est capable de vous donner le diamètre d'un arbre à vue de nez [...]. Comme on peut le voir ici, le narrateur sait autant que le personnage.


II.4.Les niveaux narratifs:


Parler de niveaux narratifs, c'est aborder les problèmes de micro-récits ou de hypo-récits ou encore pour emprunter la terminologie de Mieke Bal, parler de récits métadiégétiques.

On parle de micro-récits lorsque le cours d'un récit appelé récit 1er est interrompu pour laisser la place à un autre récit appelé récit second; c'est-à-dire hypo-récit ou méta-récit.
Dans notre ouvrage, la prise en charge du récit est assurée par une instance narrative. C'est un révit hypo-focalisé dans lequel le narrateur est aussi focalisateur.


IIIème Parti: L’écriture du corps dans l’œuvre de Bessora :

Dans l’ouvrage qui constitue notre corpus de recherche,il y a une présence récurrente et ostentatoire des termes biologiques évoquant de manière spécifique le corps de la femme, notamment l’accouchement dont seules les femmes en sont les « agents ».



III.5. L’univers de l’accouchement :

"Deux bébés et l’addition" est un ouvrage qui nous plonge d’entrée dans l’univers de l’accouchement, partant du phénomène prénatal jusque pendant.



III.5.1.La grossesse :

Bessora, d’une plume alerte nous présente dans son ouvrage, le ressentir des femmes pendant l’étape de la grossesse. Toute une taxinomie de l’état de grossesse y passe.

En effet Myrtille, enceinte et sentant ses douleurs arriver, se présente à l’hôpital de Groseilles. Son entrevue significative avec le médecin qu’elle y rencontre fait l’état de son malaise et de son accouchement imminent:

« Deux mains potelées soutiennent un ventre qui rebondit sur une vieille salopette.
-J’accouche Docteur.
- Pardon ?
-Je mets bas (…) »

Après cette entrevue, le médecin va lui faire la visite médicale pour s’enquérir de l’état d’avancée de la grossesse de Myrtille :

« Mes gants chirurgicaux cheminent le long du vagin de Myrtille jusqu’à buter contre un goulot verrouillé, complètement fermé. Normal pour un premier. Elle aurait pu rester chez elle. Les premiers sont souvent très longs. Elle demande à souffrir moins. Je ne puis satisfaire cette exigence : d’abord, avant de souffrir moins, il faut avoir souffert beaucoup. Et puis l’anesthésiste n’est toujours pas là. »13

Myrtille va finir par accoucher. Il faut dire que l’étape de la grossesse ne va pas sans que la femme n’éprouve d’énormes difficultés ou des métamorphoses physiologiques et psychologiques. Un état de chose que ne manquera pas de souligner Bessora dans Deux bébés et l’addition :

« Je suis enceinte de trois mois : J’ai accompli le tiers du chemin de croix de cette grossesse (…) »

C’est ainsi que s’exprime Waura, la sœur jumelle de Yeno Anguilè qui est enceinte pour la première fois. Comme on peut s’y entendre, elle parlera aussi de ce qu’elle vit avec sa grossesse et des transformations qu’elle constate :

« J’avais l’impression qu’un intrus squattait mon utérus. Et j’avais une de ces nausées. Je me sentais moche, gonflée. J’ai quand même pris six kilos en moins de trois mois, deux tailles de soutien-gorge. Et j’arrête pas de pisser… ».

Sans s’affoler, Waura devient, comme Yeno d’ailleurs, observatrice de ces métamorphoses qui se produisent en elle :

 « Elle (Waura) a besoin d’uriner. Elle se lève pour aller aux toilettes, se regarde marcher, se compare à un palmipède :
-Je marche comme un canard…Regarde-moi ça. ».

« Elle baille, s’étire, puis soupèse ses seins.
-J’ai la mamelle atrophiée ».

« Je sais pas ce que j’ai en ce moment…Je suis obsédée par la nourriture ».
Toutes ces marques démontrent avec suffisance, les transformations et les perturbations physiques et psychologiques que vit la femme pendant sa grossesse.


III.5.2. Pendant l'accouchement:

Bessora dans son ouvrage parle du corps de la femme, non seulement à travers la grossesse, mais aussi jusques y compris pendant l'accouchement.

L'accouchement, c'est l'acte par lequel la femme enceinte, parvient à « se libérer » de son foetus pour l'allaiter et reprendre une vie normale après neuf (9) mois de grossesse. Mais Waura craint malgré tout les grossesses à cause des douleurs et des transformations qu'elles entraînent. C'est pour cela qu'elle dit: l' « accouchement est une abomination » et encore que « accouchement égal attouchement. » Certainement parce que l'on est obligé pendant ces moments-là, de se laisser « toucher » par un autre homme que son conjoint.


Toutefois, il n'en demeure pas moins que la plume de Bessora ira jusques et y compris à s'intéresser de façon particulière, au moment où la femme parvient à mettre au monde un bébé. Un moment riche en émotion où donner naissance est également se donner de souffrir.


En effet, l'accouchement est toujours la conséquence de la poussée de l'enfant de l'utérus vers la sortie. Une étape vraiment douloureuse pour la future maman. C'est ainsi que Waura sur le lit d'accouchement dit: « PUTAIN ! J'AI MAL AU CUL ! TU VAS SORTIIIR ENFANT D'SALAUD YENO !!! AIDE-MOIIII !!!! JE VAIS MOURIIIIIR !!!!! ».


Souvent, comme le dit si bien le narrateur de Deux bébés et l'addition: 


« Il arrive que les femmes deviennent grossières au moment de la poussée: ça tire, ça appuie, ça brûle sur le périnée, alors parfois on se lâche parce que dans ces moments-là, la sage-femme, l'obstétricien et l'anesthésiste deviennent...intimes».


D'ailleurs, Bessora elle-même donne ce conseil: « Laissez-vous aller aux larmes ou aux injures, A travers les insultes, les pleurs, ou même le silence, les mères appellent au secours. Elles demandent aide et assistance»

En outre, Bessora emploie des phrases inaudibles mais qui expriment en réalité, la poussée de la future maman lorsque celle-ci veut extraire son bébé, par exemple: « Ssssssipchuuuuuuuiiiietundeuxdeuxetdeuxcinq ».


Toutefois, malgré toutes les douleurs qu'éprouvent les femmes pendant l'accouchement,le narrateur de l'ouvrage de Bessora donne ce précieux conseil à toutes celles qui passent par cette épreuve pour qu'elles ne s'abattent pas, mais se sentent fortes et courageuses:
 
« Si vous souffrez le jour de votre accouchement, dites-vous que vous n’êtes pas le bateau bringuebalé dans la tempête. Non, vous êtes la vague. Une grosse vague. Une énorme vague. un raz de marée.»


Cette phrase constitue à n'en point douter,une véritable thérapie pour celle qui est sur le point d'accoucher. Un moment douloureux dans la vie de chaque femme et dans lequel elle a parfois besoin de conseil pour ne pas se sentir seul à lutter.


A tout prendre, Bessora nous fait partager la vie de toutes les femmes au moment où elles doivent « mettre bas ». Mais encore, le rôle des sages-femmes au moment où l'on a le plus souvent besoin d'elles:l'accouchement.


III.6.BESSORA ET LE MOTIF DU CORPS



III.6.1.L'écriture du corps,une spécificité féminine:


Si Bessora a choisi le corps ou si l'on décèle chez Bessora l'écriture du corps, cela n'est pas fortuit.

En effet, dans son Mémoire de Maîtrise intitulé « Corps de femme ou femme de corps:Essai de sémiologie du corps romanesque chez Beyala », Annie-Sidonie Abomo-Zambo écrit: 


« Pourquoi les femmes écrivent-elles ? Pour trois raisons principales, semble-t-il d'abord pour satisfaire leur ego en réalisant un besoin narcissique- en parlant de leur corps par exemple- ensuite pour récquérir une connaissance auprès d'autres femmes et, vraisemblablement, d'hommes enfin, pour séduire et subvertir. ».

Ceci détermine donc que la femme en général écrit premièrement pour parler du corps ( de son corps!) parce que, renchérit encore Abomo-Zambo dans son travail, « la littérature est une production biologique:Les écrivains féminins assument, dans leurs écrits, les problèmes féminins avec leur corps ». C'est d'ailleurs ce que l'on peut penser de l'oeuvre de Bessora; car, voulant parler des vicissitudes que vit la sage-femme au quotidien,elle passe par le motif du corps.

Il faut dire en sus, que le corps effectivement a souvent été présent dans l'oeuvre de Bessora. En effet, dans son premier roman, "53 cm", Bessora traite de la situation de l'immigré en France qui doit se tirer les cheveux pour avoir une cat'de sejou' et vivre librement dans le pays des Droits de l'homme. Alors pour parler de cela, elle utilise le corps. Ainsi, les 53 cm qui ont donné son titre au roman ne sont rien d'autres que les "53 cm" du tour de taille de Zara, l'héroïne de son roman. Comme on peut le voir, le corps joue donc un rôle très important dans l'oeuvre de la romancière gabonaise. Ainsi, elle ne se démarque pas de ses congénères qui elles aussi utilisent le corps comme un prétexte pour écrire et dénoncer les tares de la société.

Le corps devient donc un moyen, un adjuvant pour écrire. Pour le philosophe Paul Ricoeur, « le corps est une manière particulière de vivre ». Par le corps donc, on s'assigne une conduite, une règle de vie et assurément l'ordonnancement du monde.


III.6.2. Du Rapport entre écriture du corps et vie de Bessora:


On l' a certainement dit dans les lignes antérieures. Le corps joue sur le plan de l'écriture de Bessora, un rôle très important dans la mesure où celle-ci devient un motif pour écrire.

De plus, on peut noter que si Bessora fait mention de façon récurrente et ostentatoire du corps, -rappelons-le de la femme-, c'est aussi parce qu'elle est fille de son temps. Nous savons qu'il y a aujourd'hui de la part des écrivains d'Afrique subsaharienne aujourd'hui, une forme de « relâchement » sur le plan de la représentation du corps dans la littérature africaine réputée très pudique jadis. Depuis les épanchements des écrivains de la Négritude avec le célèbre poème de Senghor « femme nue, femme noire »-entre autres-, en passant par les écrivains de l'école carnavalesque, emmenée par un certain Sony Labou Tansi dont l'ouvrage L'Etat honteux, accorde une trop grande importance à la hernie, une maladie congénitale qui subit plusieurs travestissments.


Dans le même ordre d'idées, Calixte Beyala va publier en 2004 Femme nue, femme noire dans lequel l'acte sexuel -qui frôle la pornographie- est évoqué de façon cru; un ouvrage fort évocateur de cette libération de l'écrivain négro-africain.

De plus, Bessora, pouvons ajouter, n'est pas enclin à la rigueur de la foi religieuse qui demande quand même que le sexe ou simplement le corps ne soit pas évoqué de façon à choquer.

L'une des raisons de cette récurrence du corps est certainement l'environnement dans lequel elle baigne. Nous savons que l'auteur vit en Occident depuis plusieurs années. Il est donc évident qu'elle ait emboîté le pas des écrivains occidentaux qui ont franchi les barrières de la pudeur depuis plusieurs siècles déjà.

Par ailleurs, il est difficile d'établir une forme de rapport autobiographique -puisque nous devons également y étudier l'autobiographie-entre l'ouvrage et son auteur; car, mis à part quelques détours de la romancière au Gabon, dans son récit et que le personnage principal Yeno Anguilè soit gabonais,on ne peut clairement établir un lien entre Deux bébés et l'addition et Bessora.


CONCLUSION



Parlant de « l'écriture du corps de la femme dans la littérature féminine gabonais », nous pouvons dire que l'écriture du corps n'est pas un fait qui date d'aujourd'hui. De plus, elle est un fait des écrivains marginaux qui tendent à s'exprimer à travers le corps pour dire leur ressentiment et leurs peines à la société dans laquelle ils sont parfois incompris.

De plus, en réfléchissant sur le statut du narrateur, il appert que le personnage principal est autodiégétique parce qu'il assume le récit.

Ensuite, Bessora dans son ouvrage Deux bébés et l'addition nous amène dans l'univers de l'accouchement, du ressentir des femmes avant et pendant l'accouchement dont elle nous fait partager les peines et les souffrances mais aussi la tâche ardue à laquelle se livre les sages-femmes du monde entier lorsqu'il leur advient d'assumer leur métier.

Finalement, il nous a semblé que le corps n'est chez Bessora comme chez d'autres écrivaines qu'un moyen pour écrire pour dénoncer les tares de la société.

En outre, l'on ne peut établir de lien entre Deux bébés et l'addition et Bessora, puisque rien ne semble démontrer un lien apparent.


Le mérite de Bessora est d'être parti d'un sujet banal tel que l'accouchement pour défendre la cause des sages-femmes qui accomplissent un travail indispensable et remarquable.







BIBLIOGRAPHIE

Corpus de base

Bessora: Deux bébés et l'addition, 2002, Paris, Ed. Le Serpent à Plumes,Coll. Fiction française.

Travaux longs consultés

Abomo-Zambo (Annie-Sidonie ), « Corps de femme et femme de corps:Essai de sémiologie du corps romanesque chez Beyala ».(Mémoire de Maîtrise), sous la direction de Nicolas Mba-Zué,2002-2003. FLSH/UOB.

Cours et articles consultés
Mba-Zué (Nicolas),Séminaire de narratologie de Licence, 2004-2005,FLSH/UOB.

Blonde (David), « Corps et littérature » in Textures création &critique& théorie. Revue littéraire étudiante uottawa.
Legault (Karine), « Le Corps de la femme chez Alain Bernard » in Textures création &critique& théorie. Revue littéraire étudiante uottawa.


May 23, 2006 | 12:48 PM Comments  0 comments

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