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La métadiscursivité et la littérature africaine écrite.


Lire la littérature africaine d’aujourd’hui, singulièrement celle écrite par Kourouma, Moussirou Mouyama ou Sony Labou Tansi relève parfois d’une véritable gymnastique. La tendance traditionnelle à raconter une histoire avec une structure linéaire et des mots précis, facilement audible décrépite en faveur d’une littérature qui joue, jongle ou voile les mots. Chez Moussirou Mouyama, le message est constamment brouillé avec en prime une profusion de formes poétiques et des distorsions des structures du récit. Chez Ahmadou Kourouma, en l’occurrence dans Allah n’est pas oblige, il apparaît des « mots sous les mots », le discours sous le discours, le langage sous le langage.

A n’en point douter, il apparaît finalement chez ces auteurs, dans la stratégie narrative qui oriente leur production romanesque soit une volonté de dissimulation, soit un dessein hardi de dire plus qu’il n’en faut. A cet égard, se dénote une sorte de « surécriture » qui de toute évidence traduit une métadiscursivité. Pour comprendre Parole de vivant, il faudrait recourir à une double lecture du texte.

Au regard de cette donne, cette nouvelle littérature africaine utilise la langue française ou encore se l’approprie pour traduire son message, mais aussi et surtout, c’est dans le souci de pouvoir créer une spécificité de la littérature africaine à travers ce méta discours. Car, en plus de l’africanisation de la langue française dont le chantre incontestable reste Ahmadou KOUROUMA, il y a de plus en plus la tendance à la « vernacularisation » de cette langue.

Dès lors, à travers la question de la métadiscursivité ces écrivains désirent rendre possible la communication sans faire de concession lorsqu’ils s’adressent à un public linguistiquement et culturellement hétérogène. Autrement dit, ce discours multiple qui se dégage aux travers des mots exprime en filigrane l’incapacité de la langue française à penser, à voir et à dire notre monde. Il y a lieu de penser ici que ces écrivains envisagent à travers ce style africanisé de démontrer la faillite du sens et de la raison dans le monde occidental. En effet, la littérature africaine depuis la période du désenchantement telle énoncée par Jacques CHEVRIER à partir de la lecture de Les soleils des indépendances d’Ahmadou KOUROUMA ou du Devoir de violence de Yambo OUOLOGUEM, a opéré de véritables transformations tant sur le plan formel que sur celui du contenu. De cet aperçu, la recherche d’un langage poétique, aseptisé, débarrassé de tout présupposé idéologique s’arrimant à la langue d’empreint (le français), devient l’apanage de la majorité des écrivains du continent.

A ce niveau, il est évident que les œuvres d’un KOUROUMA ou d’un Sony LABOU TANSY sont susceptibles de nous traduire une identité littéraire africaine.
Derrière le précédé de métadiscours qu’utilisent ces auteurs africains, se cache un besoin de sécurité. Le principe de la métadiscursivité étant de dire plusieurs choses à la fois, on peut de toute évidence croire que le dessein de ces auteurs d’ « ipunuiser »ou de « malinkiser » le français n’est pas fortuit.
Inscrivant nos auteurs dans le sillage des écrivains anticonformistes par rapport à la langue française, leur écriture traduit avant tout le rapport que l'écrivain entretient avec la société. Le langage littéraire est en effet transformé par sa destination sociale et ses rapports avec l'histoire. A cet égard, le constat est que l’œuvre de Kourouma et de Mouyama pour ne citer que ceux-là ouvertes, sont plurivoques. Elles sont plurivoques en ce sens qu’elles autorisent plusieurs interprétations.

En partant des énoncés des théoriciens de la littérature tels Todorov, Greimas, Genette et autre Barthes, nous pouvons voir que ce traitement accordé par ces écrivains à la langue française exhume les divergences qui s’enracinent dans les différences linguistiques et les messages qui se dégagent de ces textes définissent déjà une certaine particularité de la littérature africaine qui n’est traduisible que par ce langage « malinkisé ,ipunuisé », en un mot africanisé.

Mais au delà de ces textes, c’est tout un débat qui ne fait que se prolonger sur la spécificité de la langue de la littérature africaine. C’est donc une question majeure que de faire une lecture narratologique des textes de la littérature africaine écrite, qui, en réalité mérite toute l’attention de la classe littéraire africaine. Car, la question de la spécificité de la littérature africaine dans son ensemble est récurrente et la réponse tarde à arriver. Et à ce qui nous paraît la métadiscursivité est peut-être porteuse de cette spécificité.


Désiré clitandre Dzonteu

3ième année littératures africaines écrites(Université OMAR BONGO DE LIBREVILLE-GABON).




July 27, 2005 | 11:18 AM Comments  0 comments

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