ETUDE DE PERONNELLE DE LUDOVIC E. OBIANG
Présenté par
Désire-Clitandre DZONTEU
Dieu-donné KOUMOU GNAMA
Gilles MOUNDOUNGA
Cardine NGOUSSOU
Marlène IBONDOU
Diane-Nancy MIHINDOU
PLAN
INTRODUCTION
I-L’HOMME ET SON ŒUVRE
1°) La biographie
2°) La bibliographie
3°) Le résumé
II- L’ANALYSE DES MODALITES TEXTUELLES
1°) Les personnages
2°) Le temps et l’espace
3°) L’action
III-L’ECRITURE DE PERONNELLE
1°) La thématique de l’œuvre
2°) L’étude d’un thème : la rupture d'un ordre et les rapports de force à travers Péronnelle.
3°) Le style
CONCLUSION
INTRODUCTION.
Actuellement, le théâtre africain semble se développer dans trois directions principales: la dénonciation du colonialisme et de ses séquelles, l'analyse du conflit des générations et la critique des mœurs politiques. Visiblement, le théâtre gabonais n'est pas resté en marge de cette perspective.
Péronnelle de Ludovic E. OBIANG en est une parfaite illustration. En effet, pièce contemporaine, mais nous ramenant quelques années en arrière, Péronnelle est une oeuvre qui se veut non pas seulement procès du colonialisme et du colonisateur, mais c'est aussi un vif reflet d'un monde où les individus devaient forcer sur leur personnalité, une identité, une authenticité précaire.
Ainsi, Péronnelle qui retient notre attention semble constituer un sommet dans l'univers théâtral gabonais, du moins après les productions de Vincent de Paul NYONDA avec la Mort de guykafi, Laurent OWONDO avec la folle su Gouverneur. Dès lors, se pose la question de savoir ce qui constitue la particularité de Péronnelle.
Cette perspective nous offre ainsi l'opportunité de saisir l’œuvre à travers son auteur, ses modalités de production et son écriture.
I.-) L’MOMME ET SON ŒUVRE.
1.) Biographie:
Ludovic O. naît le 21 septembre 1965 à Libreville, dans la province de l'Estuaire. Très tôt , il endosse le cartable et commence à fréquenter l'école Sainte-Marie. Elève dispersé, enfant terrible, il a fallu à sa mère beaucoup de rigueur et de tact pour le canaliser jusqu'à l'obtention du C.E.P aux alentours de 1975-1976. Ensuite Ludovic O. entame son cycle secondaire au collège Immaculée conception de Libreville et sept ans plus tard, il finissait nanti d'un bac A, en dépit de sa formation scientifique.
Comme il aime à le dire, il est donc un enfant de la mission catholique et en particulier, un enfant de la Mission Ste-Marie de Libreville. C'est pourquoi dans un interview qu'il accordât au Tam-tam littéraire ( 2003), il déclara que son prochain recueil de nouvelles aura pour cadre Ste- Marie, univers de son enfance, détenteur de ses joies et peines.
Après l'obtention du bac, il alla en France et n'y fit que trois mois. N'étant pas encore mature, ayant une crise de personnalité et n'étant pas en harmonie avec lui-même dans un pays tempéré, il entreprit de revenir au pays et s'inscrit à l'Université Omar Bongo. De cette inscription, il obtint quatre années plus tard une maîtrise de linguistique et de littérature orale. Parallèlement à cela, il fit des recherches sur les musiques tambourinées et obtint un DEA de musicologie en 1999.
Revenu au pays après cette thèse, il s'est fait recruter comme chercheur à l'Institut de Recherche en Sciences Humaines (IRSH) et il est fondateur du Groupe de Recherche sur l'Identité Négro-africaine (GRILNA-OURIKA). Il est enseignant à l'université Omar bongo, marié et père de quatre enfants.
2°) Bibliographie
Excellent dans un genre pas très connu du public gabonais, Ludovic Obiang est l'écrivain gabonais qui s'est fixé pour devoir, la promotion de la nouvelle comme genre littéraire.
Pour cela, sa première oeuvre de renom L'enfant des masques publié aux éditions Ndze et l'Harmattan en 1999 est un recueil de nouvelles construite de manière musicale avec des temps forts et des temps faibles. Un temps fort serait en conséquence une nouvelle plus longue et volumique et un temps faible serait une nouvelle plus courte et moins volumique. L'enfant des masques est presque un autobiographie car les thèmes y découlant sont des thèmes chers à l'auteur à l'instar de la quête de l'identité, l'enfance, le retour à la tradition ; aux masques aux valeurs essentielles. L'enfant des masques est donc l'expression de l'écrivain qui tente de revisiter, de revivre son passé, de décrypter le message des masques et de renouer avec le Moi profond jadis dénaturé.
Hormis cette oeuvre et Péronnelle qui sont deux oeuvres publiées individuellement, Ludovic Obiang contribue de part ses textes à la rédaction de plusieurs revues littéraires. C'est ainsi qu'il donne la vision de sa ville natale, Libreville, à travers un texte intitulé On a perdu monsieur Paul publié au Fest'Africa de Lille en 2002.
Concomitamment à cela, il écrit des textes littéraires pour des revues spécialisées telles Mots Pluriels, La Revue Notre Librairie, Francophonia...Il est également participant au Festival Etonnant voyageur organisé par l'ineffable Michel le BRIS.
Il est l'auteur de:
* L'enfant des masques et la ville endormie in Notre librairie, revue du clef N° 119, Octobre-Novembre -décembre, 1994. p.161-162.
*Pour Jouer du tambour-maître in Notre Librairie, n° 135, Septembre-décembre 1998. p.76-80
*La passeuse in Notre Librairie n° 142, Actualités Littéraires, Septembre- décembre 2000. p.114-117.
*D'ou naît le chant des oiseaux in Nouvelles voix d'Afrique (Anthologie présentée par Michel le Bris) Paris, Etonnants Voyageurs, Hoëbeke,2002. p.201-217.
* Sans père mais sans espoir, la figure de l'orphelin dans le roman africain subsaharien, in Francophonia n°11, figures de la mère dans le roman africain, année 2002. p.203-213.
3.°) Résumé de Péronnelle
Pièce théâtrale en trois actes, Péronnelle est un texte qui relate l'histoire d'une jeune servante, Péronnelle, servante devenue indispensable à Madame, la femme du Gouverneur, devenue ombre de Madame. Ada ou Péronnelle incarne l'Afrique et l'africain humiliés, aliénés et même chosifiés. Ludovic E. Obiang nous ramène donc dans l'univers colonial où les Noirs ne pouvaient encore avoir un droit de regard sur les faits de leur cité aux risques d'emprisonnements, voire de condamnation à mort. La pièce retrace les paradoxes existentiels de Péronnelle: tantôt elle manipule merveilleusement son acquis de l'éducation coloniale: la langue française, tantôt elle baragouine. De même, Péronnelle devient l'Africain qui se renie et par la même occasion, renie sa culture pour la simple raison qu'elle a côtoyé l'Homme blanc.
Enfin, Péronnelle, la pièce de Ludovic Obiang est la peinture de la relation de force qui a de tout temps régit les rapports Noir/Blanc. Parallèlement à tout cela, Péronnelle est la représentation de l'Homme blanc traumatisé par la canicule tropicale, dénaturé dans son être profond par un climat hostile au point où on le voit s'acharner dans des amours ancillaires. Amours dont fait montre Monsieur la Gouverneur.
II. ANALYSE DES MODALITES DANS PERONNELLE.
A la lecture du texte de Ludovic Emane Obiang, on remarque que l’œuvre circule dans un univers ambiguë où les choses et les personnes changent sans cesse de forme. Pour mieux saisir cette ambiguïté, une étude des modalités opérant dans l’œuvre s'avère judicieuse.
1°) Les personnages.
L'univers diégétique de Péronnelle est un champ dans lequel s'activent de nombreux personnages. Ainsi, outre le personnage Péronnelle, on a entre autre son père Le Vieux Logbo, le Gouverneur, Madame le Gouverneur, Les cariatides, Akomo,...
Etant donné que certains personnages agissent dans le même sens, pour le même objectif, nous les classons en catégorie afin de mieux les appréhender. Ainsi, nous pouvons avoir le camp des colons, celui des assimilés, des révoltés et des conservateurs.
*Les colons: représentés par Madame le Gouverneur, le Gouverneur, le Régisseur et l'Evêque, cette classe de personnages est celle qui oeuvre pour le maintien d'un ordre. Ce sont les colons et l'objectif qu'ils s'assignent est de veiller au respect des lois en vigueur dans la colonie afin de mieux tirer profit de leur statut de dominant. Ainsi, ce propos du gouverneur illustre parfaitement leurs objectifs inavoués lorsqu'il s'adresse à Péronnelle(...) p.14
En outre, ce sont aussi des gens imbus de leur pouvoir et prêts à commettre les forfaits de tout ordre sur leurs victimes. On peut le constater à travers ces mots du Gouverneur qui reste la parfaite illustration de cette catégorie de personnages. Il dit:" il s'est démasqué...je fais fusiller chacun de ses parents"p.15.
Ces colons, en plus de désirer l'appropriation des richesses naturelles des pays, souhaitent indubitablement l'assimilation de leurs sujets. Ils se plaisent à les voir manier avec dextérité la langue de Molière. C'est ainsi que ce dessein est exprimé en filigrane par ces termes de Madame." A défaut d'être une excellente cantatrice, tu reste mon imitatrice préféré..."p.7 Au vue de ce qui précède, il y a le Vieux Logbo qui fait figure de conservateur de la tradition.
*Les conservateurs: Le Vieux Logbo ou Joseph est le personnage qui vient en rupture direct avec l'idéologie du colon. Avec sa magie et ses masques, il est représentatif d'un monde spirituel noir affrontant le Dieu chrétien des Blancs. A cet effet, on peut voir à la page 24 lorsqu'il s'adresse à Péronnelle pour la convaincre d'aider à la libération d'Akomo. il dit"(...) Nous avons interrogé tous ce qui existe d'augures et ils t'ont tous désigné". Il s'ensuit que la culture reste une valeur essentielle pour le Vieux qui se présente en même temps comme conservateur des traditions et combattant pour la cause noire. Car, il atout mis en oeuvre pour libérer Akomo des serres des colons. A côté du Vieux Logbo, on peut noter cette classe d'actants oeuvrant pour le déclin total des colons.
* Les révoltés: cette catégorie de personnages de Péronnelle de Ludovic Obiang est vivement représentée par Akomo. En effet cette classe d'actants ne s'accorde pas avec les valeurs coloniales tout comme le Vieux Logbo et se refusent de succomber sous le joug de la tyrannie. C'est à ce titre que ne pouvant plus supporter les exactions des colons, Akomo finira par commettre l'irréparable. Il éliminera toute une famille de colons. Par la suite, le constat montre que tous les colons ne sont pas sur la même longueur d'ondes. Puisque nous voyons en fin de compte le couple Lapointe, aider Akomo à s'échapper et à fuir la barbarie.
* Les assimilés: protagoniste incontestée de l’œuvre, Péronnelle est le personnage éponyme de la pièce. Elle est aux antipodes de tous les autres personnages. Elle est d'abord cette africaine humiliée, chosifiée, qui, à première vue est usager d'un français approximatif. Elle baragouine. Cette phrase le prouve éloquemment: "bonjou' m'sié le réjizeu. Madam' a di twa monté. madame malade un tou piti pé" p.8.
Or il apparaît que cette mauvaise manipulation de la langue de Molière n'est qu'un avatar. Ada, Péronnelle est une parfaite assimilée au point de remplacer Madame au téléphone. Elle s'exprime avec la voix, le son et le vocabulaire de Madame le Gouverneur: "allo? C'est vous, Henri? ...Maintenant."p.27.ou encore cette scène où l'on peut voir Péronnelle tenir un discours et un langage hautement soutenus à l'endroit de son père. elle s'exprime en ces termes:" M'est avis que tu as vu l'autre marron là...les mornes."p.16
Avec cette assimilation outrancière de la culture occidentale, Ada, Péronnelle en est arrivée à la révolte contre sa propre culture. Elle ne veut plus de sa tradition et renie le langage des masques:" Je ne suis plus de votre monde, je n'appartiens plus à votre peuple."p.35
2°) Le temps et l'espace.
A la lecture de Péronnelle, l'on est tout de suite introduit au cœur de la période coloniale comme on peut le remarquer à travers cette didascalie:"Le rideau s'ouvre alors sur le salon d'une résidence coloniale..."p.6. Cette indication montre parfaitement que nous somme à l'époque de la colonisation, période au cours de la quelle la cohabitation entre Noirs et Blancs était difficile et faite de préjugée comme l'atteste ce propos acrimonieux de Madame le Gouverneur:" Péronnelle , arrête tout de suite ce raffut. je ne sais pas qui t'a mis dans le crâne que tu avais de la voix et avec ça tu persiste à copier nos divas. Mais, tu ne chanteras jamais comme elles. Les Nègres ont leurs chants, nous les nôtres."p.6 Certaines expression nous rappellent indubitablement le moment colonial. On peut citer entre autres: "résidence coloniale, négresse, bonne, domestique, sale nègre..."
En outre Ludovic Obiang se soucie du respect des règles classiques régissant l'art théâtral: la règle des trois unités édictée par Boileau. En effet, comme le veut le théâtre classique, l'action de la pièce ne doit pas excéder vingt-quatre heures. Visiblement, Péronnelle respecte cette règle. Toute fois, la temporalité n'est pas chronologique. La pièce de Ludovic Obiang pêche par le caractère vague de ses indications temporelles. Elles sont en effet vagues et imprécis. Le dramaturge indique le temps à l'aide des indications telles que "dans la nuit...aujourd'hui"p.5."l'aube, hier"p.6."Ce matin"p.21. etc.
S'agissant de l'espace, toutes les scènes de Péronnelle se déroulent dans un espace clos: la résidence du Gouverneur. En effet, Ludovic Obiang fait essentiellement usage d'un seul espace pour respecter la règle classique du théâtre qui exige que l'action se déroule en un lieu. Dans cette pièce, la résidence du Gouverneur sert de cadre à toutes les scènes. C'est dans cet espace que les personnages donnent libre cours à leurs appréhensions, au commérage, à leur joie, mais aussi à leur peine et à leur angoisse.
La résidence du Gouverneur est un espace organisé et hiérarchisé. Il y a en effet d'un côté les domestiques représentés par Péronnelle et les Cariatides et de l'autre les maîtres que sont Madame et Monsieur le Gouverneur. Certes, on peut aussi y déceler les espaces ouverts, mais ceux-ci ne figurent que de manière indicative et ne servent que de transition, de passage entre les différentes scènes de la pièce. on peut illustrer cela par le départ pour le village de Ngoumba, de monsieur le Gouverneur pour une partie de chasse qui sera d'ailleurs interrompue prématurément. Il en est de même pour la didascalie servant de prélude à l'acte 2 scène1 dans laquelle on peut lire:"Péronnelle et les Cariatides sont à la fenêtre et scrute le dehors comme s'ils voulaient en déchiffrer leur avenir immédiat. Tout à coup une forme dépenaillée vient barrer la lumière extérieure..." Comme on le constate, Ludovic Obiang fait prédominer l'espace clos sur l'espace ouvert. Car la scène commence toujours dans un espace clos ( la Résidence du Gouverneur), puis elle tend à aller vers un espace ouvert qui sert seulement de transition.
Du reste, cette pièce peut être classée dans la catégorie d’œuvres classiques. Car du point de vue du temps et de l'espace, elle respecte les règles classiques qui régissent l'art théâtrale. Mais qu'en est -il de l'action?
3°) L'action
A l’instar de l’unité de temps et de l’unité de lieu, l’unité d’action est, elle aussi, respectée. Péronnelle ne développe en effet qu’un seul sujet. L’exposition du problème se trouve déjà située dans le prologue et les trois premières scènes de l’acte 1 qui montrent la difficile cohabitation entre Noir et Blanc pendant le moment colonial. Les Noirs ne servants que de domestiques aux maîtres blancs. L’engagement de l’action est localisable à la scène 4 de l’acte 1 où Akomo et compagnie se révoltent violemment contre Grandpierre, son maître. Car celui-ci a fait manger au petit frère d’Akomo ses propres excréments. Non content de cette rébellion, les administrateurs coloniaux, amenés par le Gouverneur, lancent alors un véritable chasse à l’homme comme l’illustrent ces propos du Gouverneur au téléphone : « Allez me ramasser toute sa famille, tout le monde, le nourrisson, le vieillard. Ne me laisser personne . Prenez. Raflez-moi toute cette racaille, et vous me la rassembler dans la cours de la prison. »Scène 4, p.15.
L’acte 2 préfigure le nœud de l’action car, Joseph s’étant finalement rendu, il va falloir trouver une solution pour le sortir de là. Et c’est Péronnelle qui est sollicitée par son père pour venir à la rescousse du prisonnier qui risque d’être fusillé. Pour la persuader, le Vieux Logbo s’adresse à sa fille en ces termes : « Non, non, ma fille, nous avons interroger tout ce qui existe d’augures et ils t’ont tous désignée. » . Péronnelle accepte malgré elle d’aider Joseph. C’est ici que l’action prend toute son intensité et requiert sa dimension théâtrale. En effet, sous les conseils de son père, Péronnelle emprunte la voix de sa patronne Madame le Gouverneur qui est aussi l’amante du régisseur pour persuader ce dernier de libérer Akomo . Après moult péripéties dans lesquelles Péronnelle tourne tous le monde en dérision, nous avons à l’acte 3 le dénouement de l’action ; un dénouement heureux puisqu’il se traduit par la Libération d’Akomo Joseph.
Comme on peut le constater, l’action dans Péronnelle se résume en 4 phases à savoir : l’exposition, l’engagement, les péripéties et le dénouement.
III.) ECRITURE DE PERONNELLE
1°) la Thématique de l’œuvre.
S'il est indéniable que Péronnelle est une pièce historique nous ramenant dans l'univers pervers de la colonisation, il n'en demeure pas moins qu'elle actualise une thématique multiple et récurrente. Ainsi, examinant les nombreux problèmes qui ont sous-tendu l'idéologie colonialiste, Péronnelle commence dès l'entame à poser le problème de l'assujettissement et de l'aliénation des peuples noirs. Hormis ce thème récurrent dans la littérature africaine, on note aussi le refus de la perfectibilité de l'homme noir par les colons. dès l'entrée en scène de Madame le Gouverneur, elle manifeste déjà des aires de supériorité et de néantisation des valeurs nègres. Elle fustige le fait que Péronnelle essaie d'imiter les Chansons occidentales. Elle le souligne à travers cette proposition ironique:" Péronnelle, arrête tout de suite ce raffut ! Je ne sais pas qui t'a mis dans le crâne que tu avais de la voix. Et avec ça tu persistes à copier nos divas. Mais tu ne chanteras jamais comme elles. Les Nègres ont leurs chants, nous les nôtres."p.6
Au delà du refus de la perfectibilité de l'homme noir, Ludovic Obiang à travers Péronnelle entend parler de l'assimilation. Car Ada ou Péronnelle, Protagoniste de l’œuvre arrive à dénier totalement sa culture originelle en renonçant à son patronyme. Elle s'adresse à son père en ces termes:" Ne m'appelle pas comme ça. Ce n'est plus mon nom. Je m'appelle Péronnelle."p.23 C'est alors en cela une façon sous-jacente pour Ludovic Obiang de souligner l'absurdité du modernisme qui, au lieu d'élever l'homme, le dénature. Puisque Péronnelle arrive à parler avec désinvolture à son père(...)p.23
Toutefois, la problématique majeur de cette pièce reste liée aux rapports de force et le délitement d'un ordre colonial établi. En principe, toute la tension dramatique s'articule autour de cet univers colonial qui craint sa destruction. A partir de là, les rapports sont liés à la violence, à la force. Car, les colons en eux-mêmes sentent venir la rupture. C'est pour quoi ils ne rechignent devant aucun obstacle pour réprimer d'éventuels révolutionnaires.
Outre la thématique sus-mentionnée, Ludovic Obiang n'a pas manqué de relever le thème de l'identité nègre. Cette idée reste en effet liée aux masques, à la culture tant incarnée par le Vieux Logbo. A travers de ce texte, il reste que la tradition africaine, du point de vue de Ludovic Obiang demeure le garant d'une véritable identité nègre. C'est à juste titre qu'à chaque fois le Vieux Logbo, digne représentant de cette culture, invoque le masque pour découvrir sa vérité, son être propre.
2°) Etude d'un thème: la rupture d'un ordre et les rapports de force à travers Péronnelle.
L'entrée en scène de Madame est à l'image de la pénétration coloniale dans les pays africains. Le peuple, ne sachant que faire face à la puissance canonnière était obligé de se muer en cariatides, assistant à toutes les scènes et actions sur leur territoire sans agir. Il laissait ainsi par la même occasion le pouvoir au Blanc et nourrissait seulement dans son for intérieur le refus catégorique de l'acculturation, de l'assimilation, de l'aliénation, de l'expropriation.
L'homme noir s'imprégnait des erreurs du colonisateur pour préparer sa chute totale et la rupture de l'ordre établi. Ordre dans lequel les rapports étaient tendus et l'Homme blanc agissant en amont sur l'homme noir.
A travers un procédé que nous nommons caricaturale, Ludovic Obiang peint un univers ou un monde stéréotypé, où les personnages sont figés. Le vocabulaire est lui aussi figé et schématique. Il n'est plus que l'expression d’un univers où l'on voit d'un côté un fort et de l'autre un faible, se regardant en chien de faïence.
Les cariatides qui constituent l'arrière fond de la pièce sont justement ce monde qui vit, sans véritablement vivre puisque n'étant pas épanoui et accompli. Ludovic Obiang, en les reléguant à l'arrière plan et en les confondant avec les meubles, leur confie un rôle indéniable dans l'histoire. Car, ils sont toujours présents et se forgent une personnalité grâce à leur audition et à leur vision de l'évolution de leur cité.
Dans l'acte 1 scène 1, Madame donne le la dès son entrée sur scène. Elle somme Péronnelle d'"arrêter ce raffut" C'est l'expression typique d'un ordre que Madame le Gouverneur exprime. Ici, il s'ensuit que Ludovic Obiang dénote par là la volonté de l'homme blanc de renier de toutes les manières et par toutes les méthodes la perfectibilité de l'homme noir.
Parallèlement, bien que l'ordre soit établit et que ce soit le Blanc qui agisse en amont, le dramaturge utilise également son personnage central, Péronnelle, pour construire un avenir. C'est Ada qui manipule à merveille la langue française, c'est encore elle qui remplace Madame le Gouverneur au téléphone et dans le lit conjugal. La rupture, le délitement de cet ordre est bien sûr préparé et la révolte n'est que l'accomplissement d'un processus.
Concomitamment à ce qui précède, la rupture qui est traitée par Ludovic Obiang se manifeste aussi sur le plan spirituel. Le personnage du Vieux Logbo et sa magie, et ses masques sont représentatifs d'un univers qui n'a pas toléré la présence du christianisme. C'est un autre plan où les rapports ont été violents et l'invocation des masques et des esprits singularisent l'attachement de l'Africain à ses rites et croyances.
En fin, il ressort que l'entreprise coloniale est une entreprise qui tissait elle-même les germes de sa propre destruction. Car si Akomo arrive à rompre l'équilibre jadis placé sous le sceau de la dictature et des souffrances, c'est justement parce qu'il a compris que la colonisation avait aussi des failles.
3°) Le style de l'ouvre.
Campant son texte dans un univers colonial, le dramaturge Ludovic Obiang, permet à ses personnages l’usage d’un langage parfois policé et parfois dénudé de sens. A partir de là, on remarque que l’objectif du dramaturge est de relever à travers son style les ambivalences qui découlent de cet univers.
Si Vincent de PauL Nyonda, père du théâtre gabonais moderne a une inclination beaucoup plus historique, anthropologique et sociologique que littéraire, l’auteur de Péronnelle se démarque de cette posture. En effet, au-delà de l’historicité, localisable dans cette pièce, il faut voir que le dramaturge est conscient que le langage littéraire par opposition au langage courant doit manifester son originalité. On retrouve à certain niveau des expression travaillées, élaborées et très distinctes par leur finesse.
Il est alors question pour le dramaturge d’obtenir une expression rigoureuse, pure peaufinée, chaste fuyant l’expression triviale.
CONCLUSION
En somme, Péronnelle est très riche en rebondissements. C’est une pièce qui mérite d’être lue et représentée par la pertinence des problèmes et des thèmes qui y sont soulevés, des thèmes ayant marqué l’humanité qui sont mis en exergue et par la finesse picturale et le dynamisme scripturaire de Ludovic OBIANG.
Péronnelle se veut une pièce humaniste en ce sens qu’elle pose le problème combien difficile à résoudre de la cohabitation entre l’Homme noir et l’Homme blanc.
Aussi cette pièce se présente t-elle comme une invitation à effectuer un retour aux sources en se réinsérant dans la société traditionnelle africaine au sein de laquelle l’artiste assumait traditionnellement un rôle social.
BIBLIOGRAPHGIE.
1-Ludovic E. OBIANG, Péronnelle, Paris/Libreville, Ndzé, 1999.
2-Jacques CHEVRIER, Littérature africaine, histoire et grands thèmes, Paris, Hatier, 1990.
3- Lilyan KESTELOOT, Histoire de la littératures négro-africaine, Paris Karthala-AUF, 2003
4-André Patient BOKIBA, Ecriture et identité dans la littérature africaine, Paris, L’harmattan littératures,1998.
5- Clotilde Chantal ALLELA KWEVI-KAYISSA, Discours et représentations à travers l'écriture théâtrale de Ludovic Emane Obiang, Lecture sociocritique, Libreville-UOB, 2004-2005 (inédit).