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La question de l'altérité dans la littérature gabonaise,le cas de "Tous les chemins mènent à l'Autre" de Janis Otsiémi .

Par Eric Bienvenu Bissiélou,4ème Année Lettres Modernes, lors du "Café-littéraire" du 4 février 2006 .



Nos investigations portent sur "Tous les chemins mènent à l'Autre" de J. Otsiémi. Texte encore peu connu en raison de sa parution récente,notre lecture sera sans doute inaugurale .

Toutefois,la saisie de notre thème de recherche :"La question de l'atérité dans la littérature gabonaise" de l'écrivain élu pour notre étude, nécéssite que soit donné l'économie terminologique de concept majeur:"L'altérité".

Pour le dictionnaire "Le Petit Larousse illustré",l'altérité dérive du latin "alter" qui renvoie à l'Autre . C'est le caractère de ce qui est autre .

André Lalande pour sa part, définit la notion de l'altérité sous deux inflexions . D'abord,elle se saisit comme le caractère de ce qui est autre . Ensuite, la notion se laisse appréhender comme le caractère de ce qui est autre que moi .

Par ailleurs, en raison du caractère ancien de la notion, elle a interpellé nombre d'hommes de lettres, jusques y compris les philosophes au nombre desquels : René Descartes qui, dans son "Discours de la méthode", à travers son "cogito ergo sum", soulignait déjà le trouble existentiel qui habite toute conscience humaine : La présence d'un autre moi .

A la suite de Descartes, Emmanuel Lévinas a lui aussi, pris une part active au débat . Pour lui, le rapport à l'autre est un rapport avec "l'absolument autre" irréductible au même rapport avec l'infini .

Comme l'exposent ces préalables définitionnelles,il ressort que la "question" dont il est question est une notion dense, se refusant toute fixation, au point d'en être une notion "nomade" . Des lors, l'altérité se laisse décliner sous différentes manières et selon les différents champs disciplinaires qui la reçoivent .

Dans notre exposé, il sera donc raison de faire sortir la résonnance du concept, selon qu'on est dans les térritoires de la réligion,de la philosophie et de l'anthropologie, avant que de voir comment la lettre gabonaise en générale, et précisément chez Janis Otsiémi, se trouve actualisé et appréhendé , la notion de l'altérité à travers "Tous les chemins mènent à l'Autre".


I.HISTORIOGRAPHIE D'UNE NOTION ERRANTE:
I.1.Déclinaison réligieuse:


La réligion s'accomode du principe de l'altérité . Sous son inclination chrétienne, l'altérité repond à une double considération : Elle implique non seulement l'idée de la tanscendance (Dieu), mais aussi celle de l'"alter ego" que la Bible consacre sous l'appelation du "prochain" . C'est cette double orientation du terme de l'altérité qui est aussi respectivement rendu par les notions de verticalité et d'horizontalité .


I.2.Acceptation philosophique:


La philosophie, avec son principe de questionnement perpétuel des choses qui sont et de celles qui ne sont pas, considère aussi le problème de l'altérité . Certes,l'altérité en philosophie n'est pas uniforme, mais il n'est pas erroné de penser qu'elle engage aussi bienle rapport de soi à soi (Descartes, en parlant de la conscience,ou de Freud en parlant de l'inconscience),que la relation soi-autre dont on parle . Jean Paul Sartre avec "le regard de l'autre qui réifit" ou encore Husserl lorsqu'il dit que "Toute conscience est conscience de quelque chose". En cela, l a philosophie, en s'intéressant aux questions liées à l'altérité réaffirme sa volonté de reposer les limites de la conscience humaine .

Derrière la banalité selon laquelle "Toute conscience est conscience de quelque chose", il faut comprendre que la conscience est toujours visée de quelque chose d'autre, alors que cet objet est autre à l'intérieur de l'intentionnalité . En d'autres termes, la conscience n'est pas fermée sur elle-même, mais ouverte à l'autre en son propre sein . Ainsi,le sujet transcendantal qui donne sens et unité au monde, est bien la subjectivité vivante, "riyaulme de l'être absolu comme être pour soi".


I.3.Acception anthropologique:


L'anthropologie, en marge de toutes les définitions qui la consacrent comme science,sera considérée comme ce champ du savoir qui s'intéresse à l'homme et son action dans le monde . Il s'agit de prospecter ce que Heidegger appelle "l'être au monde".

Dans la perspective qui est la nôtre,il s'agira pour nous de pointer toujours la relation de l'homme face à son semblable . A cette effet, deux situations qui traduisent la nature des rapports humains se dégagent :D'une part,celle qui procède de la communion comme le postule Senghor et certains critiques et théoriciens africains;d'autre part, celle qui privilégie la distance, la subjectivation radicale, apanage du sujet occidental . Cette situation à l'homme est tantôt "sociable" , tantôt "associable". Dans le dernier cas cité,l'autre deviendra obstacle.


II.L'ALTERITE:UNE SOURCE D'ALIENATION
II.4.L'altérité et le désenchantemlent:


Etablir un rapporchement entre "l'altérité" et le désenchantement paraît au premier abord, assez surprenant . En procédant à la "déconstruction" de l'adverbe "désenchantement", il ressort que trois syllabes le compose. D'abord, le préfixe "des-",ensuite le radical "enchante" et du suffixe "-ment".

Or, pour le Micro Robert,l'enchantement est le caractère de ce qui produit une joie extrême . En revanche,l'adverbe préfixé exprime son contraire et se définit comme cela qui génère le mécontement .

Aussi,est-il un truisme d'affirmer face à une difficulté recourt souvent à l'"autre" pour tenter de résoudre son aporie . L'Autre ici, pris dans sa "protéiformité"; c'est-à-dire aussi bien comme prochain qu'Etre transcendantal .

En restant fidèle à notre texte de base:"Tous les chemins mènent à l'Autre", la rencontre que le personnage principale, Loye, effectue avec son "antra" rentrait,nous nous entendions à priori dans ce droit fil . Mais chez Otsiémi, la rencontre avec "l'autre" dans sa dimension humaine se solde par le forfait que Loye commet à l'endroit de son "bienfaiteur".C'est d'ailleurs pourquoi nous avons choisi de sous-titrer cette partie:L'altérité et le désenchantement pour justifier le caractère absurde du geste de Loye. Car,la question qui tarode l'esprit du lecteur est celle de la justification du crime du personnage principal sur son "donneur".


II.5.L'altérité comme limite de soi:


En partant des postulats de la théorie freudienne, nous pouvons mettre en relief, la singularité d'une problématique dans "Tous les chemins mènent à l'autre"; "celle de la connexion entre la puissance affirmative et de la vulnérabilité".

Aussi, est-il nécéssaire de rappeler que la limite ou la vulnérabilité n'est pas imputable à un être pris isolément, mais elle apparaît au lieu de confrontation ou de comparaison entre le "moi" et "l'autre", l'autre toujours compris dans sa dualité.

Dans notre texte, Loye veut s'affirmer comme "soi-même", mais pour y parvenir, il doit passer par la confrontation avec l'autre . C'est seulement au terme de la disparition du "donneur" que Loye se réalisme . En nous basant sur la logique freudienne et en nous situant précisément dans l'intertexte,ou puis affirmer que la quête de soi suppose la prise de conscience de toute terminaison, de toute finition .


II.6.La quête de l'altérité:Une fenêtre vers l'Ailleurs:

La mise en rapport des notions d'altérité et de l'Ailleurs nécéssite de cerner le sens du terme:Ailleurs.

Pour le Micro Robert,Ailleurs est un adverbe qui signifie un autre lieu ( différent de celui où l'on est).
Mais le mot va connaître une évolution sémantique pour s'appréhender différement .

En effet,des le 19ème siècle avec le romantisme, le mot prend un sens nouveau et s'assimile au voyage . Au cours de cette période,"romantisme et exotisme" sont deux concepts qui vont de paire . Car, les voyages constituent pour les écrivains romantiques,un réfuge voire un rémède pour fuir le mal et l'angoisse existentielle du siècle qui les menaçaient .C'est ce qui justifie l'autorité du thème du voyage au 19ème siècle fait connaître un "délire" sémantique et se saisit comme refus du monde qutotidien et le dessein de s'évader pour entrer dans le royaume de l'absurde du rêve et de l'indéfinissable .

Dans le geste d'écriture de Janis Otsiémi, le concept de l'Ailleurs redouble de sens et s'économise sous le prisme d'un "voyage" particulier,un voyage vers l'au-delà .

La quête de l'autre ouvre généralement le sujet à sa propre mort;car, dès qu'il regarde l'autre,il est transporté dans un au-delà qui relève de l'infini et qu'il ne pourrait jamais trouver en lui-même,Infini de l'autre . Ce qui demeure en présence de l'Autre, c'est l'abîme, la béance .La quête de l'Autre est toujours déjà orientée vers l'Ailleurs, vers l'au-délà,infine vers Dieu .


CONCLUSION

Il serait osé au terme de notre analyse à la circonspection totale et l'exhaustive du sens de l'altérité .

Aussi,nous importe-t-il de signaler que la portée herméneutique des investigations que nous venons de mener, permet d'inscrire notre travail dans le cadre d'une pré-élaboration des pistes qui restent à developper .

En examinant "Tous les chemins mènent à l'Autre" de Janis Otsiémi,il se révèle que la "quête de l'altérité" quant à sa saisie rélève de l'utopie.Car autrui,comme l'affiramait François Poirie est "toujours au-délà et en dehors de moi".

Cependant,le mérité de notre travail aura été,en dépit du caractère antérieur de la notion et du style alerte que l'on reconnaît à l'écrivain d'avoir essayé de débrouiller et mettre à nu, les différentes variables de la notion de l'altérité chez Otsiémi .

D'abord,l'autre apparît chez l'écrivain comme le prochain, et donc relevant de la dimension humaine;mais ensuite,comme "visage" transcendantal,métaphysique et qui passe pour l'atteindre par la mort.

La quête de l'altérité,comme on a pu le constater ouvre le sujet sur l'abîme de l'étrangeté absolue .

Ainsi,l'utopie de la quête de l'autre peut s'énoncer comme une ouverture perpétuelle vers l'inatteignable,à l'image de la littérature qui serait,selon Maurice Blanchot comme du "phosphore qui brille le plus au moment où elle se retire".L'altérité se donne à nous en même temps qu'elle se dérobe .



February 4, 2006 | 6:48 AM Comments  0 comments

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