Par:Paterne ETSELLAH;Ghislain MOUBAGOU GOLOU & Patricia MENGUE M'OYONE,3 ème Année Littératures Africaines, juin 2005.
PLAN
INTRODUCTION
I.CONDITION DE GERMINATION DE L’ŒUVRE
I.1.Contexte politique
I.2.Contexte socio-économique
I.3.Contexte culturel
II.PRESENTATION DE L’ŒUVRE
II.1.Les personnages
II.2.Les mouvements de l’œuvre
II.3.Les thèmes et le message du dramaturge
III.STYLE DE KANGNI ALEM
III.1.La tonalité
III.2.Le langage
III.3.La structure narrative
CONCLUSION
INTRODUCTION
Né au Togo en 1966, Kangni Alem fait partie de la
nouvelle génération d’écrivains africains au sein de
laquelle brillent Calixthe Béyala, Kossi Efoui,
Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Alain Mabanckou, etc.
Docteur en littérature comparée, il excelle dans le
genre théatrale dont les œuvres majeures sont : Chemin
de croix1, La Saga des rois2, Nuit de cristal3, et
Atterrissage4.
Dans cette dernière œuvre, le dramaturge aborde la
question de l’immigration qui nourrit encore
l’actualité. Chaque année, de nombreux africains sont
surpris au seuil l’eldorado européen car n’ayant pas
de papiers nécessaires.
C’est ainsi que, pour mieux comprendre cette œuvre,
notre démarche consiste à ressortir tour à tour, le
contexte de création de la pièce, son fonctionnement
interne et enfin le style de l’auteur.
I.CONTEXTE DE CREATION
Selon le sociocritique Claude Duchet : « la nature
profonde d’un texte littéraire ou sa vocation est de
reproduire le réel »5 Atterrissage de Kangni Alem
n’entend pas déroger à la règle. En effet, l’auteur
s’inspire d’un fait divers survenu le 2 août 1999 à
Bruxelles : deux adolescents de nationalité guinéenne
sont trouvés morts dans le train d’atterrissage d’un
avion de la Sabena. Le dramaturge profite également de
cette œuvre pour dénoncer l’optimisme qui anime les
jeunes africain à tel enseigne qu’ils se rendent
illégalement en Europe dans l’espoir d’y trouver le
bonheur.
Ce phénomène prend de plus en plus de l’ampleur si
bien que nous sommes conduits à nous poser la question
suivante : quels sont les raisons qui poussent ces
jeunes à l’exil ?
I.1.Le contexte politique
Les indépendances ont longtemps été souhaitées par les
écrivains africains notamment ceux de la négritude
(Senghor, Césaire, Damas, etc.). Au « soleil des
indépendances », une nouvelle thématique que Jacques
Chevrier appelle « l’ère du désenchantement »6 voit le
jour. Elle est la conséquence d’une dictature acerbe
exercée par les dirigeants noirs. Ces derniers
manifestent leur suprématie en commettant des crimes
atroces et des abus en tout genre.
Sur le plan littéraire, ces dictatures sont dénoncées
sur le ton de la dérision dans des œuvres comme Le
Pleurer-rire7, La Vie et demi8, Le Cercle des
tropiques9… Dans l’œuvre de Kangni Alem, les abus des
dirigeants africains sont également dénoncés. Ils sont
représentés par deux personnages : Zoba, le trafiquant
et le Passeur. En effet, l’on peut remarquer que l’un
et l’autre de ces personnages jouissent d’un pouvoir
dont ils se servent pour exploiter le peuple. La page
18 nous montre jusqu’où Zoba est capable d’aller afin
de parvenir à ses fins : « Il avait menacé de le
découper en petits morceaux… » En outre, le Passeur
manifeste un comportement qui relève de la dictature
lorsqu’à la page 33 il dit à Fodé : « Apprenez petit
insolent qu’on ne me parle pas comme-ça. »
Ces dictatures ont inévitablement entrainé des
guerres civiles perceptibles à la page 13 : « Tout est
fermé. La guerre a tout fermé […] Et Yaguine et moi
(Fodé) on n’a plus envie de trainer dans les rues à
rêver de cette guerre. » Les jeunes ont donc peur
d’être transformés en soldats et voir ainsi leurs
rêves d’enfants voler en éclat. Yaguine et Fodé sont
d’ailleurs invités à intégrer l’armée : « Hé, petit,
si tu venais à la guerre… » (P.14)
On voit dans ce qui précède que le contexte politique
des Etats africains sont l’une des raisons qui amènent
les jeunes à rechercher l’ailleurs. A côté de cela, il
y a également les conditions socio-économiques.
I.2.Le contexte socio-économiques
La situation politique de l’Afrique entraîne
naturellement une condition socio-économique des plus
précaires. En effet, des guerres civiles, il découle
le chômage, la famine et la fermeture de toutes les
infrastructures. C’est affirmation est justifiée à la
page 13 de l’œuvre soumise à notre appréciation : «
Tout est fermé. » Comme tous les jeunes du monde, les
jeunes africains sont ambitieux, ils rêvent de
richesse et de meilleurs conditions de vie. C’est
ainsi qu’ils entreprennent de se rendre en Europe, cet
Eldorado où, pensent-ils, tout le monde est riche. Ils
espèrent de ce fait sortir de la pauvreté qui les
accable et subvenir non seulement à leur besoins, mais
aussi à ceux de leurs proches.
Cet état de rêverie est perceptible dans Atterrissage
à travers le monologue de Fodé : « Plus rien ne marche
comme on s’y attendrait. L’école, pour apprendre à se
construire, l’hôpital […] Là-bas, au pays du blanc,
les écoles n’étaient pas fermées. »
Ces ambitions légitimes que nourrissent les jeunes
d’Afrique ne peuvent donc pas se concrétiser en
Afrique à cause du climat qui y prévaut en raison des
guerres et de la précarité matérielle et financière
qui en résultent. Ils sont attirés irrésistiblement
vers l’Europe qu’ils considèrent comme leur salut, le
lieu vers lequel ils retrouveront leur condition
humaine. Mais cette attirance n’est-il pas également
justifiée par le contexte culturelle ?
I.3.Le contexte culturel
Par contexte culturel, il convient d’entendre
l’influence que la culture blanche a eu sur l’Afrique.
En effet, pour valider l’esclavage et la colonisation,
les occidentaux ont décrété que les africains étaient
un peuple sans culture, ils avaient un néant
historique. Cette assertion non fondée s’est tout de
incrusté dans le subconscient du Noir. Il s’en est
suivi un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Autre
d’où la volonté d’acquérir cette culture à travers la
formation scolaire, le comportement vestimentaire,
etc. Mais certain, à l’instar des dirigeants
africains, se sont emparée de cette culture et en ont
fait un mauvais usage.
Les deux bourreau dépeints par Kangni Alem, Zoba et
le Passeur montrent bien cette usage abusif à travers
« les grosses voitures » que l’un exibe tandis que
l’autre porte son dévolu sur les appareils « Hi-Fi. »
Ces personnages qui sont les mauvais exemples créent
chez les jeunes une envie, une volonté de mutation.
Ils espèrent y parvenir en épousant la culture du
colonisateur à travers l’éducation scolaire, et les
autres valeurs occidentales. Mais ils ne pourront
jamais parvenir à leurs fins en demeurant en Afrique
mais en se rendant en Europe, où « même ceux qui ne
travaillent pas ont de quoi boire et manger » (p.13),
car les chefs noirs, égocentriques et nombrilistes, ne
privilégient ni l’éducation, ni toute autre valeur
occidentale susceptible de conduire au bien-être de la
jeunesse africaine. Ce comportement témoigne de
l’immaturité et l mauvais emploi de la culture
occidentale, du rejet même des valeurs communautaires
longtemps prônées par les tenants de la négritude.
Ainsi, la guerre, la précarité financière, sont
autant de maux qui développent chez les jeunes
africains une volonté manifeste de se rendre en
Europe. A ces maux s’ajoute un désir de s’imprégner de
la culture occidentale, c’est pour ces jeunes, la
condition sine qua non d’accéder au bonheur. Comment
le dramaturge présente-t-il ces facteurs, catalyseurs
du départ des jeunes africains vers l’Occident, dans
Atterrissage ?
II. PRESENTATION DE L’ŒUVRE
Dans la présentation de cette œuvre, nous parlerons
des personnages, du résumé, des thèmes et du message
du dramaturge.
2.1 Présentation des personnages
Yaguine : c’est l’un des personnages principaux,
c’est lui qui entreprend des démarches avec le passeur
pour immigrer en Europe. En gros, Yaguine incarne dans
l’œuvre la nation de l’immigration.
Fodé : c’est le camarade de Yaguine. Fodé, à l’instar
de Yaguine envisage aussi quitter le pays pour
immigrer en Europe. Il peut également représenter la
prudence car il s’avère plus averti que Yaguine.
Ma Carnélia : elle représente leur mère adoptive. Sonrôle est de veiller sur Yaguine et Fodé afin de les
guider dans leurs actions.
Le Passeur : c’est celui qui se charge de faire
voyager Yaguine et Fodé. A condition que les deux
adolescents lui versent une certaine somme d’argent.
Le Passeur représente l’Etat qui est en prise à la
corruption et à toute sorte d’escroquerie.
Les deux douaniers : ils apparaissent dans le rêve de Fodé. Ils appartiennent à la société occidentale qui
accueille les immigrés. Leur comportement témoigne aux
du mauvais traitement qui est réservé aux immigrés. Et
enfin Zoba, le trafiquant.
Ce sont ces personnages qui sont censé jouer un rôle
spécifique dans la pièce, toutefois, qu’en est-il de
l’œuvre elle-même ?
2.2 Résumé
Atterrissage raconte l’histoire de deux adolescents
guinéens. Ils nourrissent le rêve de débarquer en
Europe pour y faire fortune et revenir partager leur
réussite. Surtout avec leur mère adoptive, Ma
Carnélia, une femme tout aussi résignée et rêveuse.
Yaguine et Fodé estiment qu’ils « souffrent énormément
en Afrique », ils ont des problèmes parmi lesquels il
y a « la guerre, la maladie et la misère. »Ils
aspirent à une vie meilleure réalisable en dehors de
l’Afrique. Mais la clé de cette Europe mythique est
détenue par le Passeur, un rapace dont la gloutonnerie
exige aussi bien des dollars que des vieux disques de
rumba. En échange, il offre aux deux jeunes de les
cacher dans le train d’atterrissage d’un avion en
partance pour Bruxelles. A travers ce résume, il se
dégage un ensemble de thèmes que nous nous proposons
d’élucider.
2.3. Les thèmes et le message du dramaturge
Le thème de l’immigration : il apparaît comme
l’élément fondamental de cette pièce. Dans un
continent où l’on prend plaisir à la dictature, à la
guerre, à la corruption et aux biens materiels. Le
jeune est considéré comme un être oublié. Et lorsqu’on
pense à lui, c’est seulement pour lui donnes des armes
pour aller en guerre. Les droits de l’enfant ne sont
pas respectés. Face à ce chaos, ils sont tentés
d’immigrer en Occident. Mais cet Occident devient un «
ailleurs » inaccessible. D’abord parce qu’ils
utilisent des moyens illégaux qui leur coûtent parfois
la vie. Dans la pièce étudiée, l’on dit qu’ils
devraient se cacher dans le train d’atterrissage. Ce
qui les conduit finalement à la mort dans le rêve
prémonitoire de Fodé.
Par ailleurs, l’Occident ne leur réserve pas souvent
un accueil chaleureux. Certains sont refoulés dans
leurs pays d’origines après avoir foulé l’aéroport.
D’autres par contre sont victimes de mauvais
traitement comme le cas de la femme lorsque le
douanier 1 dit à la page 47 : « lorsque la jambe du
clandestin se trouve être une jambe de femme, il est
du devoir de la police des frontières de la
réchauffer. Je m’en occupe. » Ceci rend plus recevable
du traitement qui est réservé aux immigrés en
Occident. Par ailleurs, quelle est l’attitude des
parents lorsque les jeunes entreprennent de débarquer
en Occident ?
La naïveté des parents : pour mieux cerner le rôle
des parents, il conviendra de s’arrêter sur Ma
Carnélia, mère adoptive de ces jeunes adolescent.
A travers son comportement, le dramaturge montre que
les parents ne veillent plus vraiment sur leurs
enfants. Gagnés par la pauvreté et le goût de la
richesse, ils laissent souvent les enfants prendre des
initiatives dont ils ont eux-mêmes l’expérience. Ma
Carnélia a perdu son propre fils dans les mêmes
conditions, dit-elle : « Mon fils est mort d’une
bavure […] La police l’avait pris pour un dealer […]
Ils ont défoncé la porte, pendant son sommeille. Ils
l’ont abattu. » En effet, avec un tel témoignage, Ma
Carnélia ne devrait pas accepter que les garçons
courent un si grand risque. Elle était la personne la
mieux placée pour les en empêcher. Hélas ! elle est
tout aussi rêveuse que Yaguine et Fodé.
Cet exemple nous donne une parfaite illustration du
comportement des parents vis-à-vis de leurs enfants.
Nous avons ici l’image d’un parent plus ou moins
irresponsable, un parent qui vit dans l’illusion du
rêve et qui ne réalise pas l’impact de cette
négligence. En outre, si au niveau de la cellule
familiale nous constatons une telle défaillance, qu’en
est-il de la classe dirigeante ?
Le thème de la corruption :
Le thème de la corruption se laisse appréhender à
travers l’attitude du Passeur et de Zoba, représentant
l’Etat ou le pouvoir.
A travers leur comportement, il ressort que les
dirigeants africains versent de plus en plus dans la
corruption et l’escroquerie.
A la page 11, nous assistons à la réaction du Passeur
lorsqu’il apprend que Yaguine et Fodé ne possèdent pas
la somme demandée, il dit : « Sortez de ce bureau ! A
la seconde près, espèce de … 7 % ! Qui me les paie les
3 % restants ? Hein ? On se casse le cul pour des
petits rêveurs comme vous […] Et en retour vous cassez
les prix. »
Ici, on voit que ce n’est pas tant le devenir des
enfants qui l’interresse, mais son propre profit. Le
dirigeant africain n’a plus de dignité, il est reduit
à l’aspect matériel. Ceci est d’autant plus explicite
vers la fin de l’œuvre où il exige aux enfants de lui
donner toutes leurs économies. Sachant très bien
qu’ils avaient déjà fini de remplir toutes les
conditions. A la page 56, il dit aux enfants : « je ne
suis pas du tout content de vous, et vous allez devoir
me dédommager. Vaous avez de l’argent sur vous ? » Il
réussira à déposséder les enfants de leurs économies
sachant très bien que leur projet n’aboutira pas.
Par ailleurs, chez Zoba, il se dégage l’image d’un
être dépourvu de tout sentiment humain. Il n’hésite
pas à tuer, à détruire lorsque ses intérêts sont
menacés. A la page 18, il est écrit : « Il est sans
pitié cet homme. Une fois, il y a longtemps, un homme
lui devait de l’argent. Il n’avait pas été capable de
le rembourser à la date convenue. Il avait menacé de
le découper en petits morceaux et de vendre la femme
et les enfants du débiteur à l’armée pour récupérer
son argent. » Nous voyons clairment ici que même ceux
qui sont censés faire preuve d’une certaine éthique se
comportent comme des monstres. A cet effet, si
l’Afrique use de corruption, quel serait alors
l’attitude des occidentaux qui accueillent les
immigrés ?
2.4 Le traitement du sujet immigré en Occident
Le comportement des douaniers, qui représentent la
société occidentale, nous permet de comprendre le
traitement qui est réservé aux africains en Europe. En
effet, tout au long de nos lectures, nous nous sommes
rendus compte que l’Europe ne respecte pas souvent les
traités d’amitié qu’elle fixe avec les pays africains.
Les Etats européens se montrent très exigeants
lorsqu’ils commandent aux africains de leur fournir
des papiers tels que le passeport, la carte de séjour,
le certificat de résidence, etc.
Ils opèrent ains, un tri qui fait que ne peut aller
en Europe que celui qui a un certain statut en Afrique
(l’intellectuel, l’homme d’Etat, l’homme politique),
ceux qui ne sont pas de cette lignée devraient tout
simplement vivre une Europe utopique et psychologique,
c’est d’ailleurs ce que Fodé réalise dans son rêve
lorsqu’il vient solliciter l’aide des « responsables
de l’Europe » : « Messieurs les membres et
responsables d’Europe, c’est à votre solidarité et à
votre gentillesse que nous vous appelons au secours en
Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en
Afrique. » Les douaniers considérerons ces propos pour
une diffamation, une œuvre réalisée par une
association tiers-mondiste dont le but est de les
emmerder.
Les immigrés sont traités comme des animaux. Leur
humanité est d’autant plus reniée que la misère qu’ils
endurent en Afrique. Ils sont violés, battus, refoulés
et voire même tués. Face à cette « misère poudreuse »,
quel serait le message du dramaturge ?
En gros, il importe de rappeller le rôle de
l’écrivain africain selon les termes d’Emmanuel
Dongala : « L’écrivain africain n’est pas de ceux-là
qui ont ruiné l’Afrique. Sa tâche est d’écrire au sens
sartrien, c’est-à-dire que l’écrivain doit se servir
de la littérature comme instrument de lutte, de
combat. »
Nous comprenons aisement ici que la tâche de
l’écrivain africain consiste d’abor à dénoncer les
hommes politiques, les ingénieurs, les gestionnaires
de la santé, etc. tous ces irresponsables qui ont
conduit l’Afrique dans un chaos total où on trouve le
plus grand nombre de conflits armés, le plus grand
nombre de réfugiés, où le taux d’analphabétisme est
très élevé. L’Afrique abrite 18 des 20 pays les plus
pauvres de la planète.
L’écrivain africain doit se confondre au peuple pour
mieux comprendre sa douleur et se dresser contre les
politiques. Son rôle est de susciter la prise de
conscience de ceux qui sont censés exécuter, ou qui
ont à charge le développement du continent noir.
Il interpelle le dirigean africain à travailler de
manière à ce que les jeunes africains n’aillent plus
chercher de l’aide ailleurs. Comme le souligne
Emmanuel Dongala, mais de reposer leur espoir sur
l’Afrique afin que même lorsqu’ils auront à dire ou à
demander quelque chose, qu’ils ne s’adressent plus aux
« excellences messieurs les responsables d’Europe »,
mais s’adressent à nous leurs aînés, leurs parents,
leurs camarades.
L’écrivain africain doit apporter une vision
optimiste, il doit être en mesure de montrer aux
peuple africain que la vie n’est pas que dans les
veillées mortuaires, que la vie est également faite de
fleurs de bonheur et de jouissance. Il doit oter le
manteau de la détresse portée par le peuple, arraché
de son visage le sourire, l’espoir, la vie.
Cette partie nous a permis, en somme, de connaître
les personnages de l’œuvre soumis à notre étude, le
résumé, les thèmes et le message adressé par le
dramaturge. Toutefois, comment s’y prend-t-il ? En
d’autres termens, quel est le style de Kangni Alem ?
III. STYLE DE KANGNI ALEM
Fidèle à l’idéal esthétique de la nouvelle génération
des dramaturges négro-africains, Kangni Alem pratique
ici l’art du théâtre dit moderne. Les éléments
permettant d’affirmer qu’il s’agit d’une pièce moderne
sont la tonalité de l’œuvre, l’expression verbale des
personnages et la structure narrative de la pièce.
3.1 La tonalité
En ce qui concerne la tonalité de l’œuvre, il faut
souligner que Kangni Alem utilise l’humour et
l’ironie.
Selon le dictionnaire Le Petit Larousse : « L’humour
est une forme d’esprit qui cherche à mettre en valeur
avec drolerie le caractère le caractère ridicule,
insolite ou absurde de certains aspects de la réalité
qui dissimule sous un air sérieux une raillerie. »
Dans le cas d’Atterrissage, l’humour se laisse
percevoir à travers ces quelques phrases du Passeur
lorsqu’il s’adresse à Yaguine et Fodé : « Vous vous
pointez ici pour casser les prix comme on marchande
les épinards » (P11) ; « Vous finissez aplatis comme
les fesses d’un bébé moustique » (P35) ; « Nom d’un
cafard mal écrasé. » (P56).
Ces quelques phrases illustrent bel et bien le fait
que l’humour est partie prenante de la tonalité
manifestée par notre dramaturge, qu’en est-il de
l’ironie ?
L’ironie est avant tout un art du porte à faux, du
décalage. C’est ce qui a amenè Roland Barthes à dire
qu’elle consiste « à faire entendre autre chose que ce
que l’on dit. » Elle est aussi un art de se moquer
d’autrui en le mystifiant sans qu’il puisse en être
offenser. C’est ainsi que dans Atterrissage, l’ironie
se manifeste par les phrases suivantes (p60) : « Cabri
mort n’a plus peur du couteau. J’ai échappé au
Passeur, je crois que même la mort ne voudra pas de
moi. » Cette phrase emanant de Fodé signifie enréalité
qu’il allait mourir ; (p27) « Le gros fétiche à
l’entrée de nos rêves. » Ici, le terme « gros fétiche
» désigne le Passeur ; (p33) « Vous allez rentrer dans
l’histoire avec grand I », pour dire vous allez
rentrer dans l’histoire en devenant Immigrés
clandestins ; (p33) « Vous allez voler en umpruntant
les ailes de l’avion », pour signifier que vous
voyagerez dans le train d’atterrissage de l’avion.
Ici, nous le voyons bien, le texte de Kangni Alem est
écrit sous une tonalité faite de l’humour et de
l’ironie.
Un autre trait caractéristique du style de Kangni
Alem est l’extravagance, le langage impudique.
3.2 Le langage
L’étude stylistique de cette œuvre nous a permis de
nous rendre compte que Kangni Alem avait un langage
cru, cela est attesté par ces propos du Passeur tenus
à la page 10 : « Le caca vert, y a que ça de bon,
c’est comme toutes ces diarrhées de francs qu’ils
n’arrêtent pas de dévaluer. » Toujours à la page 10 :
« On se casse le cul pour des petits rêveurs comme
vous … » Ou encore ces propos de Yaguine à l’endroit
du Passeur : « Eh oui, c’est qu’il baiserait le cul
d’un cadavre celui-là ! », et au Passeur de retorquer
: « Bandicon » (p59). Tout cela montre que le
dramaturge togalais utilise un langage cru, impudique
et vulgaire. De plus, on peut noter cette créativité
langagière chère à Sony Labou Tansi. On notera par
exemple que Ma Carnélia parle de « voiture caméléon »
pour désigner une voiture ayant plusieurs couleurs,
que Yaguine et Fodé parlent de « casqué » pour
indiquer qu’ils ont trop dépenser.
Qu’en est-il de la structure narrative ?
3.3 La structure narrative
Dans le style de Kangni Alem il y a du point de vue
narratif cette rupture avec le théâtre classique. En
fait cette pièce n’est plus faite des subdivisions
classiques tels que les actes et les scènes.
En effet, lorsqu’on compare cette pièce à celle
d’Aimé Césaire qui s’intitule Une Saison au Congo, on
constate que la pièce d’Aimé Césaire est structurée de
façon à ce qu’il y ait des actes et des scènes.
Par ailleurs, il faut aussi noter la présence des
didascalies tout au long de la pièce ce qui nous
rappelle que Kangni Alem ne fait que prolonger le
style laboutansien.
En considération de ce qui précède, il apparaît que
le style de Kangni Alem s’identifie à l’idéal
esthétique du nouveau théâtre africain.
CONCLUSION
L’étude de l’œuvre théâtrale Atterrissage de Kangni
Alem, nous a permis de voir le contexte dans lequel il
a été produit. Un bon nombre de facteurs on joué à sa
création. Nous avons cité entre autres le facteur
politique, socio-économique et culturel. Nous avons vu
ensuite le présentation de l’œuvre avec ses différents
personnages et les thèmes qui y sont abordés tels que
la corruption, la naïveté de l’africain, etc. Enfin,
l’étude stylistique de cette œuvre nous amène à
confirmer que son auteur appartient effectivement à la
nouvelle génération des dramaturges négro-africains
qui prolongent l’esthétique de Sony Labou Tansi.
S’il nous était permis d’arbitrer de façon générale
le style de Kangni Alem, nous nous rendrons compte
qu’il se préoccupe beaucoup plus de la question
ethique qu’esthétique. L’éthique est l’attitude
consistant à plaider pour la bonne cause les problèmes
de la société. Tandis que l’esthétique en littérature
ne s’occupe que de la beauté du langage, du fait
littéraire.
Cette attitude de Kangni Alem n’est-elle pas en train
d’"instrumentaliser" la littérature ?