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L ’inscription du "moi" dans Péronnelle et L’Enfant des Masques de Ludovic Emane Obiang


Par Clovis Elie Mouelle, Vice-Président du CRELAF.





PLAN


INTRODUCTION



I/ INSTANCES DU RECIT


a/ Le Narrateur

b/ Le Narrataire

c/ Le focalisateur


II/ LES TRACES DU "MOI"


a/ La crise de l’identité

b/ L’ancrage anthropologique


III/ STYLE DE L’AUTEUR


-Style hermétique



CONCLUSION







INTRODUCTION

Le recueil de Nouvelles l’enfant des masques et la pièce théâtrale Péronnelle de Ludovic EMANE OBIANG, écrivain gabonais de la nouvelle génération sont au cœur d’un débat. Une certaine opinion pense que se sont des œuvres autobiographiques. Autrement dit, nous pouvons lire le "moi" profond de l’écrivain dans ces (ses) œuvres. D’ailleurs les défenseurs de cette thèse soutiennent que la construction de manière musicale avec des temps forts et des temps faibles de l’enfant des masques n’est pas fortuite. Elle est révélatrice déjà de la présence du "moi". En effet, pour les tenants de cette thèse cela est en rapport avec sa formation de musicologue. Une telle thèse suscite quelques interrogations autour de l’œuvre de Ludovic EMANE OBIANG. Est- ce que l’enfant des masques et Péronnelle sont des œuvres autobiographiques ? Peut- on y déceler les traces du "moi" de l’écrivain ?
Avant que d’entreprendre notre travail d’analyse, il convient de souligner que pour nous, Péronnelle n’est pas une œuvre à caractère autobiographique. Nous pensons plutôt que les thèmes développés dans cette œuvre participent de la thématique générale de l’écrivain. Pour Ludovic EMANE OBIANG, le thème de l’identité nègre est central. Cette idée reste en effet liée dans le texte aux masques, à la culture tant incarnée par le vieux Logbo. A travers ce texte il reste que la tradition africaine, du point de vu de Ludovic EMANE OBIANG demeure le garant d’une véritable identité nègre. C’est à juste titre qu’à chaque fois le vieux Logbo, digne représentant de cette culture, invoque le masque pour découvrir sa vérité, son être propre. Au regard donc de tout ce qui précède, nous avons jugé inutile de nous attarder sur Péronnelle car, comme nous l’avons dit au préalable, nous estimons que ce n’est pas une œuvre autobiographique. Par contre, nous allons travailler sur l’enfant des masques. Pour nous il est possible de lire les traces du "moi" de l’écrivain dans cette œuvre.

I/ INSTANCES DU RECIT

Un texte narratif est un texte dans lequel une instance raconte un récit. Retrouver le narrateur dans le récit consiste à poser la question « qui parle ? », les instances focales, elles, sont déterminées par la question « qui perçoit ? » dans le récit.

a/ le narrateur dans l’enfant des masques

L’instance narrative, ou narrateur, se définit comme l’instance qui assure la narration ou la relation événementielle dans le récit. C’est une instance verbale qui prend place dans le récit et peut être envisagée comme instance typique du texte narratif littéraire. C’est une « figure autonome, créée par l’auteur, comme les personnages du roman », affirme Lintvelt.

Aussi Roland BARTHES dans « introduction à l’analyse structurale des récits », communication 8 fait- il remarquer à juste titre que « narrateur et personnages sont essentiellement des "êtres de papiers". » le narrateur set donc essentiellement intra narratif, et ne peut être ni confondu, ni assimilé à l’auteur. C’est dans cette optique que GENETTE soutient que : « la situation narrative d’un récit de fiction ne se ramène jamais à sa situation d’écriture ». Ainsi le narrateur ne peut que raconter les faits exécutés par les personnages, de sorte que l’opposition fonctionnelle entre personnage et narrateur se trouve neutralisée.

Dans le récit de l’enfant des masques, nous distinguons d’abord une première instance d’énonciation que nous appelons « narrateur I ». Il est homodiégétique, c’est - dire qu’il raconte sa propre histoire. Mais l’homodiégéticité a des degrés. Le Narrateur peut en effet, soit raconter une histoire dans laquelle il joue un rôle principal, soit raconter l’histoire dans laquelle il figure comme personnage secondaire, c’est le cas du Narrateur II dans l’enfant des masques. C’est lui qui commence la première phrase de la nouvelle « Nous sortions Eva et moi d’une exposition de masques anciens… »

Ce narrateur I installe dans le récit un Narrateur second qui se trouve être Eva Meyo, personnage centrale de la nouvelle. Ce Narrateur second raconte l’histoire dans laquelle il figure comme personnage principal. Il est autodiégétique et se consoit à la première personne "je" ; j’ai voulu P.12, je jouais, P.13.Ce narrateur second prend le relais à la page 12 de la nouvelle. (p.12).


b/ Le Narrataire dans l’enfant des masques.

Le narrataire est le partenaire de la communication linguistique. C’est l’instance à laquelle s’adresse le narrataire. Ces traces sont visibles dans le récit puisqu’il est souvent pris à partie par l’instance narrative. C’est donc le narrateur qui dessine l’image du narrataire, il est toujours au même niveau diègétique que lui, c'est-à-dire intradiègétiques et le narrateur l’est, extradiègétique et le narrateur l’est aussi. Comme le narrateur, le narrataire est donc une instance intra narrative lui aussi. Dans l’enfant des masques, nous pouvons dire que nous avons deux catégories de narrataire. La première catégorie est Emmanuelle. C’est le narrataire du narrateur second .Il s’adresse à lui afin qu’il découvre « les fadaises pour lesquelles il (se) tourmentait jadis » p.11

La deuxième catégorie du narrataire est le public, les lecteurs. C’est le partenaire de communication du narrataire premier. En effet, cela est visible à la page 11, « Les révélations de mon ancien compagnon survolèrent mes plus hautes espérances. Je fus et enchantée, si « charmée » pour entrer dans sa logique ; que je décidai d’aller plus loin encore, de me servir de son indifférence pour porter ces révélations à l’attention du plus grand nombre. J’allais en faire un livre que je publierai »


c / Le focalisateur

La narration est aussi la description du monde qui se trouve autour de soi ; elle est la capacité de décrire le monde dans lequel on vit. Lorsqu’on a une description, il y a souvent l’utilisation de la perception visuelle, la perception auditive...un récit peut être soit focalisé, c'est-à-dire qu’il s’attache à la démonstration du détail soit non focalisé, c'est-à-dire qu’il présente une large ouverture de champ. Lorsqu’il est focalisé, il peut s’attacher aux détails extérieurs, c’est la focalisation externe ou rendre compte de la vie interne des personnages. En gros, le focalisateur c’est celui qui perçoit. Notre récit est focalisé c'est-à-dire qu’il s’attache à la démonstration du détail .Nous avons pour preuve son attachement à donner les détails sur les masques, leur portrait, leur mode de vie .Et, il n’arrive pas à pénétrer les pensées des masques « Même si je crois deviner quels torrents d’amertume ma question libera en elle » p.24. En gros, nous avons une focalisation externe même s’il fait remarquer que quelquefois il plonge dans son intérieur. P.30



II/ Les traces du "moi"

Comme nous l’avons dit au préalable, nous pensons qu’il est possible de lire le "moi" de l’écrivain dans l’enfant des masques. Ce recueil de nouvelles est presque une autobiographie car les thèmes y découlant sont des thèmes chers à l’auteur à l’instar de la quête de l’identité, l’enfance, le retour à la tradition, aux masques aux valeurs essentielles. L’enfant des masques est donc l’expression de l’écrivain qui tente de revisiter, de revivre son passé, de décrypter le message des masques et de renouer avec le moi profond jadis dénaturé. Recherchons hic et nunc les traces du moi dans cette nouvelle qui donne son non au Recueil.


a/ La crise de l’identité.

Eva Meyo personnage principale de la nouvelle intitulée l’ enfant des masques et péronnelle, personnage éponyme de la pièce théâtrale de Ludovic Emane Obiang sont assimilés avec cette assimilation de la culture occidentale,Eva Meyo tout comme Péronnelle sont arrivés à renier leur propre culture.Ecoutons ce que dit le narrateur premier au sujet d’Eva Meyo : « Il aurait préféré éviter le reproche de leur regard (des masques), le mépris qu’ils n’auraient pas manqué d’affecter à l’encontre de sa propre émission, de sa lâcheté de « petit blanc ». P8 Il en ressort qu’Eva Meyo a rêvé ses valeurs traditionnelles. D’ailleurs, il parle des masques au passé : « J’ai été leur aval, je les ai connu ». Tout cela traduit une crise d’identité, une crise de personnalité. « J’ai beaucoup souffert, de ne m’en suis jamais remis » déclare Eva Meyo à la page 9.Ce qui est valable pour Eva Meyo l’est dresse pour Péronnelle : « Je ne suis plus de votre monde, je n’appartiens plus à votre peuple » P35 dit-elle à son père le vieux Logbo. Dans une interview qu’il accordât au tam-tam littéraire, Ludovic Emane Obiang déclare ceci : « Je vivais une crise de personnalité. J’ai estimé que la littérature allait m’amener à la résoudre. Et je ne me suis pas trompé puisque l’écriture a été pour moi un parcours initiatique. Elle m’a permis de renouer avec le moi profond et de retrouver une forme de stabilité ». En gros, le mythe personnel de Ludovic Emane Obiang est la quête identitaire. C’est cela que l’on rencontre dans la nouvelle l’enfant des masques. Faut-il rappeler que son travail de thèse a eu pour question centrale la quête de l’identité africaine.


b / L’ancrage anthropologique.

Les traces du "moi" peuvent être décrypté à travers l’ancrage anthropologique. Dans le texte nous avons des masques, symbole de la croyance africaine .Toutefois, il convient de souligner que dans notre texte ces masques vivent, communiquent, cela est en contradiction avec les idées que certains hommes se font des masques. Pour eux, ce ne sont que des vestiges. Mais en choisissant de faire vivre les masques dans la nouvelle, l’écrivain a mis en application sa théorie, Pour lui tout est vitalisme. Nous retrouvons dès lors l’expression du moi de l’écrivain. Dans le texte, nous avons plusieurs masques notamment : mbarle, asep, bisèbiman, nsap, odabor, bibang, bo ndong, mefe menguele, okoukoua otoughe, ngane ngome, tous ces noms sont révélateur de l’appartenance dé Eva Meyo à l’ethnie fang. De plus, nous sommes confortés dans cette idée par la phrase suivante : « j’avais donc été tout naturellement recueilli par des masques fang, pour être né parmi les fang ». Il y a là un trait commun entre Eva Meyo et l’écrivain, leur appartenance à l’ethnie fang. Mais à travers le texte nous pouvons également déterminer le pays d’Eva Meyo. En effet, les noms des masques suivants « okoukwè », « moungala », « mokuyi », « mbouanga » et le mot myèné aux pages 19 et 50 nous renseignent sur son pays, il est originaire du Gabon. Car c’est dans ce pays que nous retrouvons ces masques, le peuple fang et le peuple myèné. Eva Meyo tout comme l’écrivain sont tous originaire du Gabon.


III/ STYLE DE L’AUTEUR


- Une écriture hermétique.

Selon le dictionnaire petit Larousse, le style c’est la manière particulière d’exprimer sa pensée, ses émotions, ses sentiments. L’écriture de Ludovic EMANE OBIANG n’est pas simple. Elle set hermétique. On dit d’une chose qu’elle est hermétique lorsqu’elle elle est difficile à comprendre. Cet hermétisme couvre- corve également le sens. En effet l’expression est travaillée, élaborée. Le sens n’est pas accessible au lecteur moyen. Pour cerner ses écrits il faut être cet être dont le regard peut percer les apparences pour atteindre le monde intelligible et entrer en possession du savoir original. Toutefois, s’il est vrai que l’hermétisme est un frein à la compréhension, il n’en demeure pas moins que l’essence de la beauté réside dans son hermétisme. Si le sens était visible de prime abord, où résiderait son mystère qui fait objet de quête en littérature.



CONCLUSION

En somme, l’enfant des masques peut être considéré comme une œuvre autobiographique. Nous pouvons déceler des traces de l’auteur. Quant à Péronnelle , elle pas une œuvre autobiographique parce que les thèmes développés dans cette œuvre participent de la thématique générale de l’écrivain. Le style de l’auteur est hermétique.






BIBLIOGRAPHIE


Gérard GENETTE, Figure III, PARIS, Seuil, 1972 (collection poétique)


Roland BARTHES, « Introduction à l’analyse structurale des récits », in communication, no8, Paris, Seuil, 1966, p.19


Mielce BAL, narratologue, Paris, Klinscksieck, 1977, p.4


Ludovic EMANE OBIANG, Péronnelle Paris /Libreville, Ndzé, 1994


André Patient POKIBA, 2criture et identité dans la littérature africaine, Paris, l’harmattan, littérature, 1998


JAAP LINVELT, essai de typologie narrative, le point de vue, Paris, Josconti, 1981


Jacques FONTANILLE, les espaces subjectifs, Paris, Hachette, 1982


Ludovic EMANE OBIANG, l’enfant des masques Paris, harmattan/Ndzé,
2001






July 5, 2006 | 12:49 PM Comments  0 comments

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